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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA TRISTESSE DU QUOTIDIEN

Serge July, PDG et fondateur du quotidien Libération, a annoncé, hier, lors d'une assemblée du personnel, qu'il quittait, "contraint et forcé", ses fonctions dans le journal dont il était le symbole depuis des années. La Société civile du personnel de Libération (SCPL), qui représente le personnel du quotidien et détient 18,45% des actions, ainsi qu'une minorité de blocage, s'est réunie mardi en début d'après-midi, avant une assemblée générale du personnel. Un texte d'hommage a été rendu public.
Depuis plusieurs jours, des rumeurs faisaient état d'une violente crise -liée aux pertes du journal- entre, d'un côté, le principal actionnaire, Edouard de Rothschild, et, de l'autre, Serge July et le directeur général Louis Dreyfus, tous deux gérants de la société. Ce dernier quitte aussi le journal. Le directeur de la rédaction, Antoine de Gaudemar, s'est dit "solidaire" de l'équipe partante, sans préciser pour autant s'il quittait, lui aussi, son poste. Le torchon brûle, non pas sur un quelconque contenu éditorial, mais sur la dure réalité économique de cette presse écrite quotidienne en proie, dans sa grande majorité, au doute. Le départ de Serge July n’arrangera pas forcément la faiblesse actuelle d’un journal en chute libre. En " marchandisant " outrancièrement l’information sans trouver, par le lectorat, les moyens de son indépendance, les " patrons " emblématiques des quotidiens se sont suicidés. Après France Soir, le tour de Libé est arrivé… Les investisseurs ne sont pas des philanthropes ou des ardents partisans du pluralisme. Que ce soit Serge Dassault, Edouard De Rothschild ou n'importe quel autre!
Le renoncement possible de Serge July va, en effet, marquer la fin d’une époque, celle où les journalistes étaient les véritables patrons du journal qu’ils fabriquaient. Ils faisaient vivre leur quotidien, leur hebdo, leur radio, sur le fondement même de leur métier : la qualité de l’info et rien d'autre ! Désormais, ils ne sont que les obligés de financiers, qui achètent un média comme autrefois les nantis entretenaient une danseuse.
MOUVEMENT DE LA GAUCHE PROLETARIENNE
La création de Libération avait été décidée il y a 34 ans par la direction du mouvement… la Gauche prolétarienne. Il y avait, entre autre, Jean-Claude Vernier, ou encore Benny Lévy, et le journal a été lancé en mai 1973. Il s'est monté avec des militants et des journalistes professionnels. Serge July arrive, lui, comme commissaire politique. Il a peu à peu joué un rôle de plus en plus important, et réussi à survivre à toutes les crises. Avec tous les problèmes que cela a pu poser, il a réussi à incarner la légitimité du journal.
Il était son inspirateur global, mais il menait aussi les intrigues de pouvoir, toujours préoccupé de sauver son rôle de mentor. Historiquement, il a mené le passage d'un organe militant au vrai journal, qu'il est devenu en 1981. A ce moment-là, Libération était à la fois le journal du pouvoir et le journal des élites. Serge July est alors tout puissant dans la rédaction. L'épisode de Libé 3, en 1993, marque le début de la fin de l'ère July. C'est un désastre financier, et un ratage journalistique majeur… il en paye l’addition avec du décalage. Libération va mal. Moins de 100.000 exemplaires sont vendus chaque jour, et la situation est devenue intenable, car la fin totale menace à terme.
Le problème, c’est que tôt ou tard, les artifices destinés à majorer le lectorat et donc à surfacturer de rares publicités, finissent par ne plus dissimuler les échecs. D’autant que, partout, les luttes intestines de pouvoir que la presse est si prompte à dénoncer au gouvernement, dans les partis politiques, y sont encore plus terribles qu’ailleurs. Croire qu’un journal serait un lieu paisible où les clans, les tendances, les ambitions, les complots, l’espionnage ou la mégalomanie n’existent pas relève de la naïveté militante ! Il n’y a que les journalistes pour vous le faire croire…ou pour sanctionner ceux qui osent le révéler !
LA GUERRE AU SOMMET FAIT RAGE
Des affaires " courant clair " seraient à diffuser chaque jour ou presque dans la vie interne et feutrée des grands quotidiens, mais comme la presse ne se tire pas de balle dans le pied, on ne le sait pas ! Tenez, même si je dois en prendre plein la gueule, je vous annonce que la guerre au sommet fait rage entre les diverses " motions " présentes dans notre grand quotidien régional d’information.
Le départ de Pierre Jeantet pour Le Monde (soit disant secret mais révélé à bon escient pour hâter les règlements de comptes), génère des exécutions capitales et une vague d'épuration. Il y a plusieurs " présidentiables " qui devront désormais obtenir le soutien de la famille Lemoine, désireuse pour une part de réaliser une excellente opération financière en cédant éventuellement ses parts au groupe Hachette. Les journalistes, en entrant, pour certains, dans des enjeux de pouvoir au sens véritablement politique du terme, accentuent le poids de l’économique sur le contenu rédactionnel. Il fut en effet une époque où l’on affirmait que le quotidien faisait financièrement vivre le groupe. Dans bien des cas, désormais, c’est le groupe qui permet au quotidien de survivre. Sud-Ouest illustre cette mutation économique redoutable.
Dans quelques jours, des mouvements internes au sommet de la pyramide rédactionnelle de Sud Ouest devraient donc être annoncés. Ils reflèteront de vieilles querelles de personnes ou de générations. On offre des " charentaises " à l’un, une entrée dans le " Saint du Saint " de la gestion à l’autre… ,on joue des coudes pour ajouter une fonction sur sa carte de visite, on se cache derrière son bureau par prudence, on dîne en ville pour finaliser des pactes inavouables, mais rassurez-vous, il n’y a absolument aucune arrière-pensée dans ces mouvements internes. Tout n'est qu'une question de déontologie journalistique, et de franche camaraderie.
Lentement, mais sûrement, apparaîtront les dessous d’une transaction éventuelle autour du titre. Nous verrons bien alors, à la rentrée, quels seront les " virés " et les " promus ". Ces derniers pourront alors délivrer des éditoriaux saignants sur la course à la candidature au sein du PS ou de l’UMP. Leurs auteurs seront d’autant plus sévères, qu’ils auront participé à tous les complots genre " Clearstream ", pour conquérir leur poste.
PLURALISME PEAU DE CHAGRIN
La presse française entre dans une période très délicate, sans que les citoyens en soient outre mesure émus. Le pluralisme, déjà extrêmement relatif, va devenir une peau de chagrin. Actuellement, la seule référence positive tourne autour du "Parisien" dont les ventes augmentent, mais la tendance générale est à la chute plus ou moins libre. On va inexorablement au crash financier.
L’arrivée des gratuits va achever les plus " mal en point " nationalement et, même chez ces nouveaux venus, les parts du marché publicitaire n’étant pas extensibles, quelques-uns abandonneront les stations de tram ou de métro.
Bruno Frappat, directeur de la rédaction à La Croix, a parfaitement résumé la situation avec ce constat d’une extrême lucidité : " il faut savoir que les actionnaires ont toujours raison. Ce sont eux qui ont la légitimité à partir du moment où le journal est devenu une entreprise. Il y a des journaux qui vous quittent avant que vous ne les quittiez." Serge July et d’autres, plus proches de nous, à Bordeaux, devraient méditer sur cette nouvelle donne du journalisme. A la logique du projet éditorial, succède souvent la bonne logique financière pure et dure.
La presse française est, à cet égard, dans une situation périlleusee ce qui malheureusement n'entraîne pas l'intérêt suffisant des gens responsables de cette situation. L'époque du mécénat est révolue, et il faut trouver un autre modèle économique, et les sociétés civiles de journalistes devraient reprendre du poil de la bête. A condition que les journalistes eux-mêmes soient solidaires. Et croyez-moi, c’est comme si vous demandiez à Jack Lang, DSK, Laurent Fabius, Lionel Jospin et Ségolène Royal de constituer un front commun cohérent contre le libéralisme.
Mais je déblogue…
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