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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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UN GOUVERNEMENT DE TOURISTES

Les vacances inquiètent déjà tout le monde. Elles sont dans toutes les conversations, puisque celles et ceux qui espèrent en prendre sont censés être dans la période où ils choisissent leur destination, ou même la manière de les prendre. En fait, plus personne n'a véritablement de certitudes sur ces deux points. Une seule approche est commune à l'ensemble des foyers : chercher à faire des économies pour espérer partir ! Cette tendance, si elle se généralise, va peser sur l'économie en 2009, car on sait combien la fréquentation estivale pèse sur les résultats de centaines d'entreprises, et plus encore sur des milliers d'emplois. Les premiers indicateurs laissent présager une modification profonde des anciens repères. Il va falloir vite s'adapter sous peine de voir des dizaines de faillites dans le secteur de l'hôtellerie ou de la restauration, et il n'y a pas une grande marge de manœuvre pour redresser une situation préoccupante.
Pour 2009, le secrétaire d'Etat chargé du Tourisme a évoqué des « perspectives incertaines », tout en notant une « excellente » saison de sports d'hiver. Les statistiques de 2008 constituaient une véritable alerte ! Les arrivées de touristes étrangers avaient en effet diminué de 3% l'an dernier, avec un retournement de tendance marqué au second semestre, et une baisse significative du nombre de personnes transitant par l'Hexagone. Les Européens, clientèle la plus importante, ont été 4% moins nombreux à visiter la France. Le recul est de 16% pour les Japonais, mais le nombre d'Australiens est en hausse. Le tourisme des Français est en recul de 3,4% par rapport à l'année précédente, alors que la crise ne battait pas son plein comme ce sera le cas probablement au début de l'été !
Pour 2009, le secrétaire d'Etat s'est dit « conscient qu'il y a des difficultés lourdes, que le ralentissement économique frappe aussi les activités touristiques même si celles-ci sont beaucoup plus résistantes que d'autres activités ». Quand on sait que le tourisme représente 6% du Produit intérieur brut (PIB) en France, contre 3% pour l'automobile, on ne peut que se montrer inquiet, et demander quelles mesures ont été prévues dans le plan de relance pour tenter d'enrayer ce phénomène inquiétant.
« Tout va se jouer cet été », a-t-il estimé. « Certes, 40% ou 45% des Français indiquent ne pas pouvoir partir en vacances. Nous verrons bien. L'année dernière, il y avait une proportion à peine inférieure qui déclarait ne pas pouvoir partir et nous avons enregistré une belle saison touristique ». Si ça ce n'est pas la politique de l'autruche, qu'est-ce que c'est ! Le projet de loi de développement et de modernisation des services touristiques prévoit notamment de faciliter la diffusion des « chèques vacances » dans les entreprises de moins de 50 salariés. De quoi encourager certains Français hésitants à prendre finalement des congés, espère le gouvernement, mais sans se rendre compte des difficultés qu'auront les entreprises à accorder cette aide financière en période de crise.

PAS DE COMPENSATION
Le secteur des cafés, hôtels, restaurants et de l'hôtellerie a continué de créer des emplois l'an dernier, avec un effectif en hausse de 1,2% (contre 2,7% en 2007) à 889.000 personnes. Du côté des tarifs, le rapport du secrétariat d'Etat note une hausse de 4,2% des prix à la consommation des activités touristiques en glissement annuel, un chiffre bien supérieur à celui de l'indice des prix à la consommation (1,0%). Autant d'éléments qui devraient nourrir les discussions en cours entre le gouvernement et les professionnels de la restauration, en vue d'une baisse du taux de TVA dans le secteur, comme Bruxelles l'a récemment autorisé. Quel sera l'impact de cette mesure, quand on sait que les restaurateurs ont annoncé maintes et maintes fois qu'ils ne baisseraient pas pour autant les prix ?
Le gouvernement demande des contreparties à la profession, qui réclame une TVA ramenée de 19,6% à 5,5%... mais il n'obtiendra que de bonnes intentions, qui ne résisteront pas à la conjoncture. Comment, en effet, espérer qu'un restaurateur embauche, alors que son nombre de couverts est en baisse de manière importante.
« La France, les Français, les contribuables vont faire un geste fort en direction des restaurateurs », a dit Hervé Novelli. « Il reste aux professionnels à saisir cette chance, à faire en sorte qu'en matière de prix, d'emploi, d'embauche des jeunes, ils soient au rendez-vous ». On peut toujours rêver, car pour compenser une chute de leur chiffre d'affaires, les restaurateurs se garderont la marge nouvelle obtenue à prix constants. Il semble que le gouvernement autiste continue à considérer que la non revalorisation du pouvoir d'achat ne constitue pas dans ce secteur comme dans d'autres la clé de la relance. Que l'on continue à penser que des entreprises ne licencieront pas et embaucheront alors que la demande n'existe pas, relève de l'aberration idéologique !
Dans le tourisme, comme dans tous les services, s'il n'y a pas de clients, il n'y a pas de travail ! Le principe est simple, et Hervé Novelli devrait en tirer les conclusions qui s'imposent : les Françaises et les Français peuvent éventuellement sauver la saison en se tournant vers des vacances de proximité ! Exit les rêves de charters japonais, de contingents américains, de bataillons allemands ou anglais : les réservations le démontrent dans tous les secteurs, hormis l'hôtellerie de plein air qui semble préservée !

RESTRICTIONS GENERALES
Ce secteur jusqu'alors relativement épargné (croissance forte, taux de départ en progression...), montre aujourd'hui que les français font des arbitrages très nets. Ils se traduisent par des baisses de demande sur de nombreux types de séjours et de prestations. Le Baromètre annuel Opodo1 2008 (réalisé par le Cabinet Raffour Interactif), fait ressortir 4 points essentiels. Le tourisme de loisirs s'installe dans une crise structurelle. Le taux de départ des français en vacances poursuit son érosion (58% des français sont partis en 2008 en tourisme de loisir, contre 64% en 2003). Cette observation est plutôt surprenante au regard des données diffusées par la Direction du tourisme, qui affiche un maintien du taux de départ en vacances.
Les français économisent pour préserver leurs vacances principales : le taux de départ pour les séjours en hébergement non marchand est de 29% (28% en 2007), alors que celui pour les séjours marchands passe de 32% en 2007 à 28% en 2008. Le succès de l'e-tourisme se confirme : 31% des vacanciers ont acheté leurs voyages en ligne ! Les classes moyennes sont les principales victimes de la crise des vacances : le décrochage est sévère en 2008 avec un taux de départ de 66%, contre 71% en 2007. Si l'on regarde 2009, les vacances demeureront une priorité, mais la consommation sera plus raisonnée.
En mars, la plupart des centrales de réservation et distributeurs indiquaient une nette baisse des réservations pour cet été, comparativement à l'an dernier, à la même date. Ce mois marque pourtant traditionnellement les engagements pour les vacances d'été : réservation des colos pour les enfants, location de gîte ou d'appartement et, pour les plus prévoyants, réservation des vacances en tout compris qui sont toujours moins chères 3 ou 4 mois avant le départ. Les familles vont manifestement attendre la dernière minute pour se décider, quitte à partir... chez mamie, ou rester finalement à la maison ...55 % des français ont manifesté l'intention de partir en vacances en 2009 selon le Baromètre annuel OPODO. L'enquête montre que l'arbitrage budgétaire se fera au profit des vacances principales. Selon l'enquête récente Ipsos-France Bleu, 51% des Français ne partiront pas en vacances cet été. Ce taux grimpe à 82% pour les foyers les plus modestes. Outre les 40% de Français qui disent ne jamais partir en vacances d'été, 11% déclarent que s'ils partent habituellement en vacances d'été, ce ne sera pas le cas cette année. Le pouvoir d'achat, vous dis-je !

UN IMPACT TRES FORT
En fait, ce sont 894 000 emplois salariés, en moyenne annuelle, qui sont générés localement par la présence de touristes (de 686 000 en janvier à 1 184 000 en août), ce qui équivaut à 661 000 équivalents temps plein sur l'année. Dans les hôtels, cafés, restaurants, au 31 décembre 2007, on dénombrait 880 400 salariés , et environ 170 000 non salariés. Fin 2007, le secteur comptait 28 600 emplois salariés de plus qu'à la fin de l'année 2006. C'est révolu !
En fait, le gouvernement, malgré son agitation permanente (profitez-en la semaine prochaine, car Nicolas Sarkozy est en vacances) ne prend pas en compte les réalités économiques. Il a choisi la méthode Coué comme axe de sa politique. Il se contente de jouer au pompier pyromane. Il allume les incendies dans de multiples secteurs d'activités tributaires du seul pouvoir d'achat, pour ensuite proposer des solutions de raccroc pour les éteindre. Dans le tourisme, ce sera de la même veine...
Les jeunes vont traverser une année terrible, car c'est ce secteur qui, essentiellement, leur permet de trouver ces jobs durant l'été, qui mettent du beurre dans les épinards du quotidien.  Cette année, les opportunités d'embauche sont déjà extrêmement rares. Les contrats saisonniers sont en stand-by dans de nombreuses stations qui s'attendent à des chiffres d'affaires en baisse. Le problème, c'est que cette activité économique non-délocalisable, ne se voit pas, car elle est parsemée sur le territoire. On ne verra donc pas les licenciements, les non-embauches et les défaillances en fin de saison ! Il faut déjà envisager une rentrée extrêmement difficile, quoi que disent les Ministres ou les Sous ministres, car l'industrie touristique apporte toujours un bonus positif, avec 834 millions de nuitées (2007) et surtout un bilan positif pour la balance commerciale, puisque si les Français dépensaient 26, 8 milliards à l'extérieur, les étrangers apportaient un pactole de 39,6 milliards (2007). Il va falloir tirer un trait sur plus de 12 milliards d'excédents, ce qui va arranger le déficit actuel !
Mais je déblogue...

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