L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Etrange Europe ! En ayant parcouru en moins de 15 jours la Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie, l'Italie à titre personnel, j'ai la désagréable impression d'une uniformité désarmante de la vie politique. En fait, il n'y a plus de débat idéologique, mais des affrontements via la pub, via les effets d'annonce, via les vies privées, via les révélations sans intérêt. Une constante qui traverse les frontières et se répand comme un cancer dans les médias. Plus rien ne concerne véritablement les peuples puisque la « pipolisation » a succédé à la politisation, le marketing a supplanté la force des convictions, l'admiration béate a mis à mal la lutte des classes... Dramatique quand, par exemple, on examine la manière dont est désormais traité un voyage officiel, comme celui du couple Sarkozy en Espagne. Cette construction européenne, reposant sur les vies de couple qui s'aiment ou ne s'aiment pas, va conduire à l'effondrement de la citoyenneté ! En Italie, où je viens de passer un week-end prolongé, il faut bien constater que Berlusconi a une longueur d'avance. Il ne gouverne que par le spectacle permanent, donnant du grain à moudre aux médias qu'il contrôle; il s'affranchit de tout pour devenir populiste afin de rester populaire, il n'hésite pas à fondre sa vie privée, ses intérêts privés dans ce qu'il considère comme la vie publique ou l'intérêt général. Depuis une semaine, Berlusconi, moins soucieux que son « ami » français de la valorisation de son épouse, a atteint le sommet de la pipolisation. Sa femme avait en effet dénoncé, la semaine dernière, la présence de plusieurs jolies filles sur la liste du parti du chef du gouvernement pour les européennes, contraignant ce dernier à en exclure certaines. Il avait pourtant choisi de promouvoir des « Veline » comme on les appelle en Italie, ces dames qui sont une illustration des proportions, bien différentes de celles du code électoral. Impossible, de l'autre côté des Alpes, d'échapper à la polémique de la semaine.
LES BELLES DE STRASBOURG
Le drame de l'Aquila est oublié, les conditions de plus en plus précaires de logement des sans-abri, le sort réservé aux immigrés, le rachat d'Opel par Fiat, le sacre probable de l'Inter et la grippe porcine, ont presque été relégués au second plan par les indiscrétions qui ont filtré sur les noms des futurs candidats et surtout des candidates que le PDL, parti de Silvio Berlusconi, devrait présenter aux prochaines élections européennes. Ce dernier, entendant réformer l'image du parti avec la présentation de jolies et avenantes jeunes femmes et de "nouveaux" visages, on pouvait penser que ce très louable projet aurait enfin permis de combler le retard italien en matière de rajeunissement et de féminisation de la classe politique... C'est louable. En apparence, car la sélection des "euro-candidates" a été effectuée en partant du constat suivant : les belles milanaises légèrement vêtues qui font les potiches à la télé font monter l'audimat. Elles sont donc parfaitement utiles pour le résultat des élections. Dramatique pour la politique, mais tellement révélateur de notre époque.
La présence d'avenantes jeunes femmes sur les listes du PDL devrait donc avoir le même effet sur le nombre de voix, et du coup, de "possibles" candidates ont été apparemment retenues plus pour leurs mensurations (plutôt avantageuses) que pour leur expérience en politique (aucune). Mais pas de panique, les journaux berlusconiens ont rapporté que les candidates avaient suivi une formation accélérée de droit communautaire et de culture générale, histoire de savoir ce qu'est l'OTAN, la BCE, le traité de Lisbonne, et où se trouve Strasbourg, au cas où elles se tromperaient à Linate et qu'elle partent à Salzbourg ! Les cours ont été dispensés par le ministre des Affaires étrangères, Franco Frattini, par le candidat à la présidence du Parlement européen, Mario Mauro, et par le Monsieur Propre de la Fonction Publique, Renato Brunetta, très célèbre pour son combat contre l'inefficacité des services publics italiens, et pour avoir affirmé que les femmes fonctionnaires passeraient leur temps à faire du shopping pendant leurs heures de travail. Effarant, mais passionnant pour un électorat qui ne vit que pour les apparences, et qui voue désormais un culte au plus macho de tous les chefs d'état en exercice ! Plus il est macho, outrancier, agressif, dominateur et plus l'Italie le bade !
DE TOUS LES AGES
La goutte d'eau qui a fait déborder le vase semble être la présence de Silvio Berlusconi au 18e anniversaire d'une jeune fille blonde, Noemi, qui appelle Berlusconi "papounet" (ça ne s'invente pas, et rappelons qu'il a 72 ans !)"Je ne peux pas rester avec un homme qui fréquente des mineures", a lancé Veronica Lario, sa femme, qui est évidemment cataloguée par les fans du Cavaliere de « femme de gauche » dangereuse !
Veronica avait déjà fait parler d'elle il y a deux ans, pour avoir exigé, dans une lettre ouverte à la presse de gauche, des excuses publiques de son mari, après que celui-ci eût proposé en plaisantant à une jeune députée de l'épouser. Il ne l'a pas fait, mais si elle avait obtenu les excuses de son époux et celles de la députée très accorte, elle a été humiliée, puisque Mara Carfagna est aujourd'hui ministre de l'Egalité des chances ! Si ce n'est pas de l'humour ! Il aurait pu la nommer Ministre des promotions « canapé » !
La Stampa affirmait lundi que l'entourage du Cavaliere était préoccupé par les conséquences politiques de ce scandale, à un mois des européennes, mais la plupart des analystes doutent de répercussions importantes sur une partie de son électorat, catholique et pratiquant régulier. Selon le dernier sondage de l'Institut Ipsos, le Parti du peuple de la liberté (PDL) de Silvio Berlusconi améliore encore son score des législatives d'avril 2008 avec 40% de soutien contre le Parti démocrate (PD, gauche), qui continue de s'effondrer, avec 26,2% des intentions de vote. Berlusconi a dit que cette affaire était un complot... de la gauche et les Italiens le croient.
Au bord du divorce, les époux Berlusconi se déchirent en public par presse interposée, une situation inédite dans la vie politique italienne, mais qui ne devrait pas trop nuire à la popularité du Cavaliere, selon des experts.
Le chef du gouvernement italien est passé lundi à la contre-attaque. Doutant fortement d'une réconciliation avec son épouse, il lui a demandé de s'excuser publiquement de ses accusations. Toute l'Italie suit le match avec passion, comme elle le ferait pour une rencontre sportive !
MIREILLE DUMAS ET DELARUE
C'est effroyable. On en arrive à une vie politique qui ne s'intéresse même plus au « pain » mais uniquement aux « jeux » ! Il faut maintenant se demander si la France est réellement à l'abri de ce type de télé-réalité permanente. Envoyer Mireille Dumas ou l'ineffable Delarue en Italie constituerait un acte de soutien à l'Europe ! Toute cette histoire autour de sa femme, de son divorce, est certainement orchestrée par Berlusconi lui-même. Il ne laisse rien au hasard, et il sait que lorsque les journaux parlent de sa vie privée, c'est bon pour sa popularité. Pour beaucoup d'Italiens, ses infidélités font de lui un « figo », un homme à femmes, sympathique et viril. Ils admirent davantage son style que celui d'un Prodi, par exemple, dont la femme est plus vieille et moins belle. Les gens se disent « Prodi ne pourrait pas avoir les femmes qu'a Berlusconi ». Bien évidemment, toute ressemblance avec d'autres chefs d'Etat existants ou ayant existé ne serait que pure coïncidence.
Deux ans après l'élection de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, près de deux Français sur trois (65%) se déclarent déçus de son action, tandis que moins d'un sur quatre (24%) s'en dit satisfait, selon un sondage TNS Sofres paru lundi dans Metro. Les personnes interrogées sont 63% à juger son bilan plutôt négatif, 28% à le trouver plutôt positif. Par contre, Carla fait un tabac avec 64 % des français qui considèrent qu'elle représente bien la France à l'étranger (64 %) et renouvelle bien sa fonction (60 %). Ils étaient un peu moins nombreux (52 %) à considérer qu'elle exerce une influence positive sur son époux de président. Signe, sans doute, que la personnalité et l'action de Nicolas Sarkozy restent un motif de préoccupation et de mécontentement dans l'opinion, deux ans seulement après une élection pourtant incontestable. Du coup, les Français sont 54 % à souhaiter que Carla soit moins en retrait.
Il ne lui reste donc plus qu'à montrer son épouse partout, à faire les signes d'un gamin de CM2 s'ennuyant dans un cours vers son « amoureuse », à vanter sa beauté, à lui demander de mettre en valeur ses formes, pour éclipser les réformes et pour espérer se sortir de ce mauvais pas. Il est vrai qu'il a déjà utilisé le divorce pour incompatibilité d'humeur (mais seulement après les élections), et qu'une réconciliation serait bien malvenue... mais dans le fond, une réconciliation serait du plus bel effet. Tenez il y a fort à parier que Berlusconi la vendra, après les élections, à ses journaux, à ses radios et à ses télés !
Mais je déblogue...