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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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ON CRAINT LES MEUTES SOCIALES

Après avoir déballé des tonnes d'autosatisfaction sur les deux années du mandat présidentiel sarkozyste qui viennent, ne l'oublions pas, après des années de participation aux postes clés du gouvernement, les gens qui comptent à l'Elysée vont encore se réunir pour effectuer un décompte des jours du mois de mai. Ils craignent, en effet, une explosion sociale qui s'appuierait sur une émeute, toujours possible, dans une banlieue. Tous les indicateurs sont au rouge car la crise économique touche fortement les foyers les plus en difficulté : loyers impayés avec menaces d'expulsion, dossiers de surendettement, factures d'énergie non réglées, chômage qui culmine à des niveaux jamais atteints, économie parallèle de plus en plus convoitée, disparition de la police de proximité, échec scolaire grandissant, services publics laminés... La situation est explosive et la moindre étincelle peut relancer une violence latente mais souvent passée sous silence par les médias pour ne pas « l'exemplariser ». On sait, dans les cellules de prospective, qu'il faut tenir jusqu'à l'arrivée du RSA, dont on ignore totalement le coût réel pour les conseils généraux qui auront à le mettre en œuvre. Ce sera peut-être une bouée de sauvetage provisoire, qui permettra de passer le début de l'été. Les analystes de la majorité gouvernementale ont encore en mémoire les émeutes grecques. Elles ont affolé les cabinets des Ministère concernés.
Comme nous l'avons déjà rapporté dans des chroniques antérieures, les privatisations sauvages, tant du système de santé que du régime des retraites grecques, avaient créé, en 2008, une situation de grogne sociale généralisée, mais légitime. Plus d'une semaine avant l'éclatement des violentes émeutes pour lesquelles la mort du jeune Alexis Grigoroupoulos a servi d'étincelle, les médecins, les infirmières et le personnel médical, qui manifestaient devant les ministères pour obtenir le paiement de leurs salaires, furent violemment matraqués.
Un journaliste du grand quotidien proche de la gauche Ta Nea souligne que, d'après tous les témoins oculaires, l'adolescent fut froidement abattu par un policier, et non pas lors d'une altercation. La réalité de la provocation est confirmée par le rapport des légistes, prouvant que la balle provenait d'un tir direct et non pas d'un ricochet. Le policier fut d'ailleurs immédiatement inculpé pour « homicide volontaire » et « utilisation de la gâchette ». Cependant, beaucoup d'observateurs se sont interrogés sur la rapidité étonnante avec laquelle les émeutes ont suivi la mort de ce jeune. Un membre des services des renseignements généraux affirme qu'il aura fallu moins de 20 minutes pour faire descendre les gens dans la rue. La mort du jeune, abattu à 21h03, fut annoncée sur Indymedia dès 21h30, accompagnée de mots d'ordre du type « vengeance pour le mort » et « tous dans la rue ». Ainsi, les émeutes étaient déjà énormes à 22h. La télévision grecque et les medias locaux, d'après des informations invérifiables, n'auraient appris la mort du jeune que quand les émeutiers les ont appelé en direct des rues d'Athènes ! Et c'est la hantise des spécialistes du Ministère de l'Intérieur français.

UNE SIMILITUDE INQUIETANTE
Les émeutes se sont en effet répandues, en Grèce, d'une façon quasiment instantanée à l'ensemble du pays. Dès le lendemain, près d'une cinquantaine de villes subissaient des batailles de rue, et des groupes d'émeutiers allaient de ville en ville pour allumer des conflits. La police grecque s'attendait à des émeutes pour la période de Noël depuis août 2008, et la nôtre les craint pour cet été, mais avec encore plus de certitude pour le dernier trimestre de 2009. La crise frappe, et le ton monte dans les conflits sociaux. Au moindre dérapage on ira au conflit musclé.
Si l'on croit que les mêmes causes peuvent provoquer les mêmes effets, il faut signaler la similitude, en termes de chômage des jeunes, entre la Grèce (22% pour les 15-24 ans) et d'autres pays européens ayant une tradition de protestation populaire, en particulier la France, l'Italie et l'Espagne.
Le 20 décembre dernier, le journal britannique l'Indépendant détaillait comment le « Syndrome grec » gagnait l'Europe : « Quand un étudiant grec éternue ou se fait arroser de gaz lacrymogène, les jeunes descendent dans la rue en France et maintenant en Suède. Hier, des jeunes cagoulés ont jetés deux bombes incendiaires sur l'Institut français d'Athènes. Les vitres ont été cassées mais le bâtiment ne fut pas trop endommagé. Ensuite des jeunes ont taggé deux slogans sur les murs. L'un disait : ‘Etincelle à Athènes, incendie à Paris, c'est l'insurrection qui vient' tandis que l'autre affirmait : ‘France, Grèce, soulèvement partout' ».
En Suède, à Malmö, une centaine de jeunes avait caillassé la police et allumé les poubelles pour protester contre la fermeture d'une mosquée. Comme en Grèce, la police suédoise pensait que des casseurs avaient cherché délibérément à « criminaliser » une contestation légitime. L'Independant examinait ensuite ce que pouvaient avoir en commun les étudiants grecs, les lycéens français et les jeunes suédois : « Les protestations ont des caractéristiques communes : un mépris pour les institutions gouvernementales et le monde des affaires, aggravé par l'effondrement du système bancaire provoqué par leur cupidité ; une alliance large, pas forcément confortable entre des jeunes étudiants blancs de gauche et des jeunes d'origine étrangère de la deuxième génération ; tous se pensent comme faisant partie de la ‘génération sacrifiée', celle des ‘600 euros' ». En France, dit l'auteur de cette enquête que l'on ne risque pas de lire chez nous, « trois facteurs supplémentaires : une hostilité envers le capitalisme et la globalisation, et le malaise persistant qui règne dans les banlieues des villes françaises. Après que Sarkozy eut reporté sa réforme de l'éducation, les étudiants furent encore plus nombreux qu'auparavant. Les étudiants interrogés dans les rues de Paris ne veulent rien savoir. Le président Sarkozy n'y peut rien, disent-ils. Il agit ‘sous les ordres de Bruxelles et de Washington' pensent-ils. Pour eux, le vrai motif des coupes dans l'éducation c'est ‘le renflouement des banques'. » C'est révolutionnaire comme analyse, mais c'est de plus en plus vrai, et l'inquiétude grandit notamment si la fin des remous universitaires n'arrivent pas très vite. D'ailleurs dès ce matin on se penchera sur les... émeutes qui viennent d'éclater au Portugal !

LE PORTUGAL S'ENFLAMME
Douze personnes ont été interpellées dans la nuit de samedi à dimanche dans le quartier Bela Vista, dans la banlieue de Lisbonne, théâtre d'émeutes pour la troisième nuit consécutive, ont annoncé des sources policières citées hier par les médias portugais. Elles ont été arrêtées pour violence, injures ou trafic de drogue, a indiqué la police de sécurité publique (PSP) dans un communiqué précisant avoir également saisi de la drogue, une arme à feu et une arme blanche sur un jeune de 12 ans.
Trois voitures et dix conteneurs d'ordures ont été notamment incendiées ces dernières heures à Setubal (environ 40 kilomètres au sud de Lisbonne). La situation a été « rapidement maîtrisée par les pompiers évitant ainsi la propagation des incendies », selon la police, qui reste en état d'alerte et est prête à renforcer sa présence dans le quartier pour contenir d'éventuelles « menaces pouvant mettre en péril l'ordre public ».
Ces émeutes ont débuté jeudi dernier, lorsque des jeunes du quartier se sont rassemblés devant un poste de police afin, selon eux, de protester contre la mort, quelques jours plus tôt, de l'un de leurs amis au cours d'une poursuite avec la police, après le cambriolage d'un distributeur de billets. Une étincelle qui s'appuie sur une détresse sociale extrêmement forte.
« Les incidents à Paris et Athènes ont commencé avec des épisodes identiques: la mort de jeunes, causée par la police », rappelle le quotidien Diario de Noticias à la une. « Bien qu'il n'y ait pas d'indices qu'il existe au Portugal des mouvements comme dans ces pays, capables de s'organiser à grande échelle, il faut être attentif. La police a demandé aux services de renseignements des informations sur la présence éventuelle d'éléments extrémistes », poursuivait le quotidien. Eux aussi sont à la recherche d'une « ultra-gauche » qui exploiterait la situation.

UN DUO GAGNANT-GAGNANT
En attendant, on valorise les extrêmes et notamment Olivier Besancenot, présenté comme un épouvantable comploteur, surfant sur la crise. La stratégie actuelle, qui consiste à s'appuyer sur le modèle de la Guadeloupe pour faire du NPA un parti de luttes, va être très utile au gouvernement. «On n'est pas dans une logique d'alternance, mais d'alternative», rappelait récemment un de ses proches .
En préparant le renversement du capitalisme, le bras de fer avec le président de la République a été jusqu'à présent du «gagnant-gagnant» pour les deux protagonistes. Le chef de l'Etat et l'UMP érigent Besancenot en leader de la radicalité pour diviser la gauche. « On va vous faire avec Besancenot ce que vous nous avez fait avec Le Pen », avait ainsi lancé Nicolas Sarkozy, le 7 juin 2008, à François Hollande, alors premier secrétaire du PS, dans un avion au retour de Beyrouth. Un NPA à 10 % qui, en ne s'alliant avec personne, empêche la gauche d'être majoritaire dans toutes les prochaines échéances électorales.
De son côté, Besancenot a vu tout le parti à tirer d'une stratégie «d'opposition frontale» en réponse à «la présidence de combat de Sarkozy», explique son entourage. Cette posture permet au facteur de Neuilly d'être régulièrement sacré « meilleur opposant » dans les sondages, au coude à coude avec Ségolène Royal. Elle pourrait néanmoins trouver ses limites avec, à terme, la disparition de la gauche d'alternance, mangée sur sa droite par Bayrou, et incapable de trouver des forces vives sur sa gauche.
Mais je déblogue...
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M
Je ne crois pas que la situation soit si explosive que vous le pensez. Mais je partage votre opinion sur le déclin de la gauche d'alternance comme vous l'appelez. C'est vrai, que la quasi disparition du PS, déchiré en factions rivales, siphonné sur sa gauche par NPA et le parti de Gauche, et sur sa droite par Bayrou (et par la Gauche Moderne, qui n'est d'ailleurs pas à droite), incapable deux ans après la défaite de 2007, de commencer le moindre semblant de rénovation...est plus rapide qu'on ne pouvait le penser. Où s'arrêtera-t-il dans sa chute? Cela en devient inquiétant pour la démocratie qui a besoin d'une opposition structurée et raisonnable!
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