Le Parti socialiste découvre le supplice de l'étau ou des chaussures de fer que l'on réservait aux supposés hérétiques en période inquisitoriale. Cette torture consistait à serrer de plus en plus fort l'espace initial où l'on avait placé ses pieds destinés à la marche en avant. Les socialistes découvrent en effet chaque jour davantage que ,de tous les côtés, on les réduit à la portion politique congrue. Sur leur droite, la vis est méthodiquement tournée par un François Bayrou omniprésent dans les médias comme ce fut le cas lors des présidentielles, et sur sa gauche deux bourreaux s'évertuent à le pressurer pour transformer son électorat en peau de chagrin : Mélenchon et Besancenot ! Dans un tel contexte, le repli sur soi, sur ses souffrances, et son incapacité à sortir du piège, devient inévitable. D'autant que derrière ce processus, on devine sans cesse la main de l'Elysée.
En effet, les tacticiens Sarkozytes extrêmement habiles, ont monté une opération millimétrée consistant à sécuriser d'abord, par diverses annonces, et une méthodique tournée des popotes UMP, la Droite basique qui ne changera jamais d'avis et qui tourne en France à un tiers de l'électorat. Ensuite, valoriser au maximum les rivaux potentiels du PS en les laissant libres de faire monter la mayonnaise anti-Sarkozy. De cette manière, les voix vont se concentrer sur... les listes européennes marginales, et réduire fortement l'impact socialiste. Rappelons pour la petite histoire politique que s'il y a des accord électoraux envisageables pour les Régionales (listes à la proportionnelle), ils devront être calculés sur la base des scores réalisés le 7 juin prochain ! Il ne sera visiblement pas facile de répartir les postes à gauche. A droite, ce sera infiniment plus facile, car le Modem dont le chef vitupère sur le Président de la « République UMP » laissera ses troupes, à la base, faire amis-amis avec les leaders déjà désignés dans chaque région. Personne de lucide ne peut en effet nier que si médiatiquement François Bayrou est soit-disant le meilleur opposant à Nicolas Sarkozy, localement, ses rares militants s'accommodent fort bien d'alliances dites de gestion avec l'UMP. Si, par exemple, on prend l'opposition de Droite au Conseil Général de la Gironde, elle peut compter sans failles sur les voix Modem !
Enfin, il est indispensable de laisser le champ libre à Besancenot en « le » présentant comme un révolutionnaire intransigeant, beaucoup plus « dangereux » que des socialistes empêtrés dans leurs divergences internes. Cette stratégie politique, qui renforce artificiellement la « radicalité » du NPA, permet dans le même temps de marginaliser le PS et de compacter la peur de l'électorat UMP. Du « gagnant-gagnant » pur sucre !
TAPIE ET BAYROU
Martine Aubry voit se profiler un score un peu supérieur à celui de Michel Rocard en juin 1994. Il avait choisit d'être tête de liste aux élections européennes durant lesquelles il dut subir la concurrence de la liste radicale d'un certain Bernard Tapie. À la suite du mauvais score de sa liste (14%), une coalition Emmanuelli-Fabius l'avait mis en minorité au Conseil national du PS, et l'avait contraint à démissionner de son poste de Premier secrétaire le 19 juin. Bernard Tapie avait tout simplement joué le rôle de... François Bayrou, avec des listes médiatiques regroupant des vedettes diverses qui avaient capté les voix d'un Peuple déjà subjugué par le bling-bling.
La première secrétaire nationale du PS a donc intérêt à se sortir très vite par le haut de la nasse. Après les atermoiements de la campagne qui a fait passer la communication socialiste du vote « sanction » contre Nicolas Sarkozy au vote « efficace » en faveur des listes PS, tous assurent que cela était en fait très calculé. « Nous entrons dans une nouvelle phase de la campagne. Maintenant que l'idée du vote sanction est installée, on passe aux propositions », raconte un proche de Martine Aubry.
Cette dernière en a présenté, hier, une partie dans les quartiers nord de Marseille où elle rencontrait les responsables associatifs de la cité, dans une salle de boxe thaïe. « Si, le 7 juin, les socialistes renversent la majorité au Parlement européen, dès le 8 juin, nous nous sommes mis d'accord avec les 27 PS européens pour un plan de relance à 100 milliards d'euros. Si ce n'est pas le cas, MM. Sarkozy et Gaudin continueront comme avant », a lancé la première secrétaire du parti. Dans la campagne européenne, l'objectif des socialistes est désormais d'engager la confrontation directe avec l'UMP pour polariser le débat autour des deux formations. On oublie Bayrou que l'on tente, en musclant l'affrontement, de marginaliser comme un vulgaire opportuniste ayant découvert, pour son image personnelle, qu'il devait monopoliser le duel avec Sarkozy, ce qui agace fortement l'intéressé, qui n'aime pas cet adversaire dont il a bien peur d'avoir besoin lors des Régionales !
SONDAGE ANNONCIATEUR
Dans un tel contexte, les sondages s'en donnent à cœur joie. L'UMP avance en tête des intentions de vote avec 28% des intentions de vote, contre 27% il y a une semaine, selon le baromètre OpinionWay réalisé pour... TF1, LCI, Le Figaro et RTL, diffusé hier. Le PS perd du terrain (21% contre 22%). Une manière de vérifier que le piège fonctionne parfaitement.
A la question « si les élections européennes avaient lieu dimanche prochain, pour laquelle des listes suivantes y aurait-il le plus de chances que vous votiez? », 28% des personnes interrogées répondent UMP (+1% par rapport au 12 mai) et 21% PS (-1%). Le Modem est troisième avec 13% (inchangé), suivi d'Europe Ecologie, 10% (+1%) dont on ne parla pas beaucoup mais qui « laboure » le terrain, avec José Bové en vedette non américaine !
Le NPA et le Front national recueillent chacun 6% des intentions de votes, reculant tous les deux d'un point. Ils sont suivis de Libertas (MPF-CPNT) 5,5% (+0,5) et du Front de Gauche (PCF-Parti de Gauche) 5% (inchangé).
Lutte ouvrière (inchangé) et l'Alliance écologique indépendante (+1) obtiennent 2% et Debout la République 0,5% (-0,5). L'ensemble des "autres listes" totalise 1%. En fait, si on cumule les scores de la Gauche dite de « gouvernement », on arrive à 37 % ce qui rend Bayrou incontournable pour dépasser les 50 % et lui donnera la légitimité pour faire ou défaire une élection ! Le problème, c'est que pour les régionales le dilemme va être shakespearien ! Autant de sondés disent vouloir voter en fonction des enjeux nationaux (49%, -4) qu'en fonction des enjeux européens 49% (+4). 2% ne se prononcent pas et on peut prédire que ce sera identique dans quelques mois. Pour 45% (inchangé), donner son opinion sur l'action du président et du gouvernement ne sera pas l'essentiel, alors que 36% (-3) voudront exprimer leur « insatisfaction vis à vis de l'action du président de la République et du gouvernement », et 16% (+2) voudront exprimer leur « soutien » à cette action. 14% (=) des personnes interrogées voudront exprimer leur accord avec la manière dont est dirigée l'Union européenne, 38% (-3) leur désaccord et 44% (+1) ne voteront pas en fonction de la manière dont est dirigée l'UE. Les politiques peuvent s'époumoner : la résignation est telle que l'évolution de ces scores devraient être faible. L'espace socialiste risque donc de se transformer en une flaque d'eau sous le soleil, au niveau national comme au niveau européen !
COUPER L'HERBE SOUS LES PIEDS
Afin de réduire encore plus cette place du PS sur l'échiquier politique national, Nicolas Sarkozy utilise tous les moyens médiatiques en sa possession. Il se complait à brouiller au maximum les cartes avec un malin plaisir. Ainsi, en janvier 2008 : grande conférence de presse de Nicolas Sarkozy. Une journaliste demande au chef de l'Etat s'il souhaite que « cette année soit celle de la fin des 35 heures ». Réponse sans ambages du président : « pour dire les choses comme je les pense, oui ». Le Premier ministre François Fillon enfonce le clou quelques heures après, en déclarant à l'Assemblée nationale que les 35 heures sont « l'une des erreurs économiques et sociales les plus graves qui aient été commises dans notre pays depuis 25 ans ».
Mai 2009 : les 35 heures sont toujours là. Hier à Urmatt (Bas-Rhin), le président Sarkozy a clairement nuancé sa position. « Le problème n'est pas les 35 heures en soi. Le problème, c'est qu'elles aient été imposées au pays, seul dans le monde », a-t-il affirmé. Une déclaration qui va à l'encontre même... de son programme de campagne, dans lequel il prévoyait la fin des 35 heures. La durée légale reste toujours en effet identique à celle décidée en 1997, même si de grandes facilités de dérogations ont été instaurées : le fameux « travailler plus pour gagner plus » avec des heures supplémentaires, exonérées de cotisations et d'impôts sur le revenu. La loi sur le temps de travail donne pratiquement toute latitude aux entreprises pour augmenter et organiser le temps de travail, sous réserve d'un accord avec les syndicats ou représentants du personnel.
Le 29 novembre dernier, Nicolas Sarkozy intervenait à la télévision pour expliquer la réforme du temps de travail. « La question pour moi n'est pas de supprimer les 35 heures, mais d'arriver au plein emploi, je ne veux pas revenir sur un acquit social », disait-il. Pourquoi de tels revirements ? D'abord parce que les 35 heures se sont ancrées dans le mode de vie des Français. Par ailleurs, la crise économique a paradoxalement remis au goût du jour la réduction du temps de travail : les jours de RTT ont permis dans un premier temps à beaucoup d'entreprises de retarder licenciements ou chômage partiel, même s'ils n'ont pas tous été évités. Et il faut provisoirement enlever un argument de campagne aux socialistes, en affirmant que, dans le fond, ce qu'ils risquent d'annoncer ne tient pas face au « néo-socialisme » sarkozyste. D'ailleurs, Claude Allègre et Bernard Kouchner qui l'ont compris voteront UMP aux européennes. Si ce n'est pas une preuve, ça !
Mais je déblogue...