Je crois plus que jamais que dans " La Sauterelle bleue " se trouve l’essentiel de ma vie, et surtout la majorité des explications de mon comportement. Si je cherche bien, j’ai placé dans ces lignes les raisons qui font les spécificités de mon quotidie
n actuel. Il est vrai que, par exemple, comme le faisait remarquer Serge Raffy dans son commentaire du Nouvel Obs sur le livre, j’ai parfois l’impression d’avoir une vocation rentrée d’entomologiste.cette volonté d’expliquer les comportements, de chercher les aspects dissimulés d’un être, d’observer silencieusement ses habitudes, de tenter de le voir autrement que dans un milieu artificiel. Tous les secteurs me passionnent, Elle se manifeste en effet, souvent, par mais celui de la vie publique, sous toutes ses facettes, plus que les autres.
Les femmes et les hommes politiques ont tous des "apparences" différentes et des "attitudes" méritant l’étude. On y trouve, avec un brin de recul, les abeilles besogneuses, les termites dévastateurs, les papillons éphémères, les bousiers obstinés, les moustiques agaçants, les araignées habiles, les libellules fragiles, les mantes religieuses, les cigales étourdies, les grillons du foyer ou les fourmis infatigables… Toutes et tous me captivent et, c’est vrai, je prends un immense plaisir à les approcher et à simplement les regarder vivre. Seule, l’observation discrète permet en effet de connaître les véritables facettes de ces " êtres " qui donnent en permanence le change, dissimulant, dans le fond, leurs réalités, sous les feuilles de leurs discours.
DES DETAILS SIGNIFICATIFS
Il faut souvent des heures et des heures de patience pour saisir des instants dévoilant les détails significatifs permettant d’apprécier ou de repousser celle ou celui que vous observez. Malheureusement, le système médiatique, censé délivrer la vérité, se contente de rapidement survoler les êtres pour ne donner d'eux qu’une image sommaire. Ayant pratiqué cette technique de l’entrée dans le monde réel de l’autre, je me prends trop souvent à persister dans sa mise en œuvre. Je me sens même coupable de leur voler ces détails qui font mon régal. L’entomologiste entre dans la confidentialité des insectes. Microcosmos demeure, pour moi, le parangon du documentaire politique, car vous y trouvez absolument tous les comportements d’un monde se voulant tantôt secret, tantôt spectaculaire.
Le bon journaliste part du particulier pour aller au général. Il cherche les détails qui font les défauts de la cuirasse. Il écoute les bruits les plus minces, pour les transformer en tintamarre médiatique. Il a ses lieux, de lui seul connus, pour dénicher les " pièces rares " de passage. Il adore être le seul à percevoir les événements que personne ne remarque, mais qui feront sa notoriété. Je suis bien obligé de remarquer que, quand on est habité par cette passion, on ne s’en débarrasse jamais… et parfois, c’est gênant et même stressant. N’empêche qu’il n’y pas de moyens réels de refuser le "cadeau", à part ne pas être là.
A DEGUSTER SANS MODERATION
Hier soir, à l’issue de sa réunion girondine, Laurent Fabius a soupé avec une trentaine de ses a
mis. Un moment à déguster sans modération. Non pas par je ne sais quelle admiration béate, mais plus réalistement pour ce qu’il recèle de " vérité vraie ", comme aurait dit Monsieur de La Pallice. Quand on l’a soigneusement observé en public, et qu’ensuite on passe trois heures pas très loin de lui à écouter, à disséquer, à essayer d’analyser, à tenter de se souvenir… le plaisir de l’entomologiste devient intense. Il paraît que, pour bien connaître une femme, il est indispensable de la regarder au lever sans le maquillage. Dans la politique, ce devrait être pareil. Il me paraît indispensable de savoir ce qu’il y a d’authentique hors du miroir, avant de juger. Rares sont les rencontres qui permettent pareille approche car, en les institutionnalisant, on en fausse la valeur. N’empêche que désormais, après plusieurs observations minutieuses identiques, je commence à mieux cerner le personnage Fabius. Et je me prends à regretter que l'image que l'on en donne ne corresponde pas du tout à la réalité. Il n’y a aucune révérence malsaine ou " fayotage " absurde, mais uniquement une vision de ce que l’on croit être, différente des certitudes portées par la rumeur ou les médias.
Le Laurent Fabius des coulisses a, c'est mon sentiment, un énorme besoin d’être entouré. Il n’avait pas accepté de venir en Gironde par hasard. Il y était venu pour se rassurer, pour vérifier que le combat qu’il mène ne ressemblait pas à celui du Chevalier Bayard : seul contre tous. Visiblement, être au coeur d'un groupe solidaire, être simplement écouté, suffisait à son bonheur présent, car il me parait douter au plus profond de lui-même.
Perceptible pour les plus entomologistes des politiques, cette sensation se traduit par son besoin, véritablement palpable, de savoir ce que lui renvoie le miroir sincère de ses amis. Une remarque sur son propos public ne lui échappe pas. De même que, lorsque j’ai déjeuné avec lui, la première fois, j’ai constaté qu’il avait une capacité d’écoute rassurante et considérable. Celle que n’ont les hommes qu'après une blessure intérieure profonde, quand ils se repentent d'avoir manqué des rendez-vous importants. En effet, il doit souffrir, beaucoup plus qu’il ne le dit, de constater que, plus il se réclame de la Gauche, plus il instille le doute dans les esprits. La douleur est réelle, car elle met en exergue ce que l'on prend pour un double langage.
POSITIONS ADAPTEES AUX CIRCONSTANCES
L’opinion dominante, entretenue pas les médias, le classe parmi ces "sociaux opportunistes" qui prendraient des postures adaptées aux circonstances. Là où un Montebourg, un Emmanuelli, un Mélenchon n’ont aucun mal à convaincre de la sincérité de leur ancrage à gauche, lui doit doubler, tripler, quadrupler les gages pour que l’on ne doute pas de cette position…
Visiblement il en souffre, car il ne sait plus quels gages donner, après pourtant sa prise de position sur le référendum, à contre-courant de ses propres intérêts, pour estomper la méfiance, et montrer qu' il devrait avoir accompli un grand pas vers la sincérité. Descendu de l’estrade, il grappille un avis, une critique, un conseil, un encouragement. Il sait que son passé constitue paradoxalement son pire handicap.
Il a beau ressasser qu’il a beaucoup réfléchi, qu’il a eu le courage de pratiquer la science difficile de l’auto-critique, qu’il reconnaît des erreurs, que le contexte a changé et donc lui aussi, il ne se fait guère d’illusions : ne le croient que celles et ceux qui ont confiance dans la capacité des autres à changer leur approche de la vie publique.
Fabius doute, mais ne le dit pas. Fabius cherche, mais ne le reconnaît pas. Fabius avance, sans se soucier de savoir s’il prend la direction des sommets ou celle de l’abîme, car c’est probablement la façon qu’ont tous les " grands " de ne pas s’arrêter sur le bord. Il a dû passer par des moments d’incertitude, par une période où le silence a constitué son refuge le plus sûr, pour être capable, désormais, d’assumer une adversité ne reposant pas sur la raison mais sur l’irrationnel.
CAPACITE A NE PAS TRAHIR
Laurent Fabius ne se fait guère, selon moi, d’illusion sur l’issue de son combat, qu’il mènera jusqu’au bout, pour démontrer sa capacité à ne pas trahir en un moment où les " trahisons ", qu’il évoque avec ironie, se multiplient. Il en arrive à rappeler, dans un sourire crispé que, plus il a soutenu les gens concernés plus, à travers toute la France, il est déçu par les attitudes. Ce constat amer ne lui redonne pas le moral, car il sait que plus les jours passent et plus les troupes risquent de s’amenuiser. On ne le dit pas. On ne l’avoue pas. Mais on le pense tellement fort que ça transpire… D’ailleurs, la conversation porte davantage sur les absents que sur les présents, comme pour illustrer ce constat.
Les insectes ne se préoccupent guère d’autre chose que de ce que leur dicte leur instinct. Ils avancent, volent, courent, grattent, chassent et meurent, sans que l’on sache véritablement ce qui les guide. Ils ne connaissent pas le doute.
Laurent Fabius n’est probablement pas de cet ordre. Il découvre cependant que l’intelligence et la conviction restaurées ne constituent plus les ferments du succès. Il ne semble pas le comprendre ou vouloir le comprendre. Désormais, la politique échappe à ceux qui la font… Laurent Fabius en porte les stigmates : toute démarche politique est suspecte. Il ne faut surtout pas en faire ni.. bouger les lignes !
Il devrait, pour s'en persuader, imiter les jeunes de l’UMP, et se mettre, en guise de programme d'avenir, à distribuer sur les plages des tongs qui laissent le logo de leur parti imprimé dans le sable…Ça au moins, c’est porteur !
Mais je déblogue…