Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

UN TROU POUR BOUCHER LE TROU

En écoutant, pour peu qu'ils en aient eu le temps, le Président d'une République qui se veut exemplaire dans sa gestion, bon nombre d'élus locaux ont dû avoir un zeste d'étonnement. Eux qui sont parfois stigmatisés par la Cour Régionale des Comptes, qui sont jetés en pâture aux médias lors de comparaisons hâtives, et souvent mis à l'index par les médias qui établissent des classements comparatifs plus ou moins fiables en raison de leur ratios d'endettement, ont du être interloqués par les propos présidentiels.
Ils viennent de découvrir qu'une bonne gestion passe  justement par les emprunts pour assurer l'avenir. Comprenne qui pourra : les collectivités locales doivent conforter leur autofinancement, et elles sont montrées du doigt dès qu'il a un « trou » dans leurs recettes, en raison du désengagement de l'Etat, alors que la Président vient de prôner exactement le contraire, accentuant de manière exponentielle le déficit du pays ! Drôle de discours que celui qui consiste à annoncer avec assurance et bagout que le fait d'avoir recours aux banques pour financer autre chose que de l'investissement constitue un mode de gestion rigoureux !
« Que nous propose le président? Emprunter plus, pour dépenser plus et demain, payer plus d'impôts pour rembourser », lance le président socialiste de la commission des Finances de l'Assemblée nationale, Didier Migaud. Tandis que pour François Hollande, « Nicolas Sarkozy a été pris en flagrant délit de faiblesse. Un emprunt n'est pas une solution, c'est un expédient ». De quoi ébahir les élus locaux, qui tentent de diminuer leurs frais de fonctionnement et d'améliorer leurs recettes, afin de ne jamais déraper dans le fonctionnement.
Nicolas Sarkozy a appelé, du haut de la tribune du Congrès, face à une parterre de Présidents de Conseils régionaux, de Conseils généraux, de maires, à une concertation de trois mois, de juillet à septembre, pour définir des « priorités nationales », qui seront financées par un emprunt national, souscrit auprès du grand public ou sur les marchés financiers. Bien évidemment, les membres de la majorité soutiennent le projet du président,  alors que, sur le terrain, quand ils sont dans l'opposition ils accablent les majorités locales qui empruntent pour investir. « Qu'il s'agisse des ménages, des entreprises ou de l'Etat, lorsqu'on investit dans l'avenir (sic), de manière durable, on finance par la dette, c'est classique », a justifié Christine Lagarde. Ces investissements, qui  se traduiront majoritairement par du fonctionnement, « permettront à la France de garder son rang », a fait valoir la ministre de l'Economie. Au sujet des priorités, la ministre a évoqué des investissements « dont la rentabilité à court terme n'est pas évidente », citant notamment « l'économie de la connaissance, l'investissement dans le réseau numérique, l'infrastructure de manière générale ».
Si « la dette qui finance les dépenses de fonctionnement, ce n'est pas de la bonne dette », selon Christine Lagarde (c'est ce que Bercy fait chaque jour), « la dette qui finance les dépenses d'investissement » (mais on ne voit pas lesquelles dans sa première liste), qui augmente les actifs de la France, peut être qualifiée, selon elle, d'utile. La nuance est extrêmement faible... mais comme on ne conteste pas la parole présidentielle, on se contentera de continuer à payer cette gestion étatique erratique, alors que l'on  tapera à bras raccourcis sur les régions, les départements, les mairies et les intercommunalités, réputées dépensières et surendettées, avec des ratios par habitant fallacieux.

QUELS INVESTISSEMENTS ?
Didier Migaud souligne pourtant qu'entre le deuxième trimestre 2007 et la fin de l'année 2009, selon les prévisions de la Commission européenne, la dette publique française aura déjà augmenté de... 380 milliards d'euros, ce qui représente environ 15 milliards de charges annuelles de la dette supplémentaires. En fait, comme il n'y a plus aucun autofinancement possible en raison des exonérations accordées, des dettes accumulées par l'Etat très mauvais payeur, de la faiblesse terrible des rentrées fiscales, du refus de pratiquer une contribution équitable à l'effort financier indispensable, on va simplement reporter la facture après 2012. C'est encore un effet d'annonce qui s'appuie sur l'absence d'éducation citoyenne des femmes et des hommes, eux-mêmes préoccupés par la manière dont ils vont faire face... à leur propre endettement.
Avec un minimum d'honnêteté intellectuelle on ne peut que partager l'analyse de François Hollande, président de conseil général, qui affirme que « l'emprunt est le symbole même de sa politique, à la fois une technique de communication - grands emprunts des hommes politiques, pour laisser leur nom à la postérité, pas toujours dans le meilleur sens: Pinay, Giscard, Balladur - et comme une fuite par rapport à des choix qui ne sont pas faits, ou pire, des choix qui ont été faits » (voir le paquet fiscal). Le député du Nouveau Centre Charles de Courson a estimé pour sa part que « l'investissement est la seule légitimation » du grand emprunt national annoncé par Nicolas Sarkozy devant le Congrès. Ira-t-il, lui comme les autres, jusqu'à renoncer à sanctionner cette dérive, le jour où on lui demandera de voter le principe de l'emprunt !
« L'annonce d'un nouvel emprunt a quelque chose de surréaliste, parce que de l'emprunt on en fait tous les jours », a pour sa part estimé François Bayrou. On en est, il est vrai, à 140 milliards de déficit annuel annoncés par le ministre des Finances. Où sont les limites dans cette dérive qui semble ne plus avoir de frein ? « Quand on parle déficit il n'y a pas tant de différences entre les bons, les moyens et les mauvais déficits. Au bout du compte c'est toujours de la dette qu'il faudra qu'on paye » a expliqué le président du modem, dont le trésorier est entré dans ce gouvernement, pour donner des fonds à l'aménagement du territoire ! Mais par les temps qui courent, même les évidences ne sont pas entendues par des téléspectateurs, obnubilés par le sort de Rama Yade, de Rachida Dati, de Frédéric Mitterrand ou de ce pauvre Claude Allègre, qui va aller refroidir ses ambitions ministérielles après le plus beau gadin de l'année !

HARO SUR LES IMPOTS
Martine Aubry s'est déclarée pour sa part « convaincue » que l'emprunt est « essentiellement un moyen pour financer le déficit actuel ». C'est le principe même de la cavalerie, qui consiste à emprunter pour avoir les moyens de rembourser ce que l'on doit. C'est une vis sans fin. Quant à Laurent Fabius, il a ironisé sur celui qui est entré dans l'histoire pour avoir rétabli un droit inutilisé depuis napoléon III alors qu'en fait, il sera le responsable politique ayant creusé le plus extraordinaire déficit de la France, dans tous les postes de responsabilité qu'il a occupés. « On le pressentait déjà, lorsque M. Sarkozy était ministre du Budget, déjà il avait fait déraper le déficit comme jamais. Devenu président, cela recommence », a déploré l'ancien Premier ministre sur France 2. « Quand on dit emprunt, c'est une manière aimable de dire qu'on va encore aggraver le déficit » avec l'argent que l'on va aller chercher, avec de nouveaux avantages fiscaux, dans la poche de celles et ceux qui auront encore les moyens de confier leurs économies au « trou » républicain. En attendant, on va continuer l'entreprise de démolition du modèle social français qui, paraît-il, est envié par de nombreuses autres économies. C'est tout et le contraire de tout ! Laurent Fabius a enfin ajouté qu'il y avait un « troisième levier inévitable: celui de l'impôt », que le président refuse de regarder en face.
En effet, alors qu'il faudrait remettre à la une, dans cette terrible période de crise sociale, la solidarité, Nicolas Sarkozy s'efforce de démontrer qu'il est opposé à ce principe. Haro sur les impôts dont on oublie de rappeler qu'ils constituent le fondement de la République. Dramatique discours que celui qui explique aux Françaises et aux Français que l'école, les universités, la recherche, la santé, la justice, la sécurité... vont, conformément aux annonces présidentielles, devenir prioritaires, sans que celles et ceux qui le peuvent y contribuent sur le principe de la progressivité et de l'équité. Alors qu'il faudrait défendre, durant une période difficile, un « effort de guerre économique », il expliqué, devant des parlementaires qui hurleront quand on taillera dans les crédits de 2010 sur leurs territoires, que tout se ferait sans aucune solidarité. Absurde. Démagogue. Dangereux.

LA REPUBLIQUE BAFOUEE
La révolution avait modifié le cours de l'inégalité, radicalement. La suppression des privilèges d'ordre et de classe, ainsi que la suppression de la dîme et des droits féodaux contribuèrent à l'instauration de nouvelles bases de calcul dans l'application de l'exercice fiscal. Deux mesures notables : le calcul de la contribution foncière, ramené sur la base des revenus nets de la terre, et non plus sur la base des revenus bruts, permit aux gens de respirer un peu, de même que le calcul d'une taxe de capitation en fonction du train de vie du contribuable réduisit considérablement la contribution d'individus à revenus limités. Mais ce système, et toutes ses autres applications (patentes, impôt sur les activités commerciales; contribution des portes et fenêtres, impôt sur les ouvertures des maisons visibles de l'extérieur ; l'enregistrement et le timbre, les taxes sur tous les actes notariés...), n'était pas viable, à cause de nombreuses lacunes, - notamment la suppression des impôts indirects- très importantes pour l'alimentation du Trésor public.
Aujourd'hui, le système fiscal serait encore à repenser selon certains. Les revenus du travail sont toujours taxés à des niveaux élevés, tandis que la fiscalité sur les profits des entreprises se situe à des niveaux inférieurs à ceux qu'appliquent la plupart des pays voisins... Pour d'autres, le système fiscal actuel, sans être parfait, s'est largement amélioré au cours de l'histoire. Ses innovations, telles que l'impôt sur le revenu, l'impôt de solidarité sur la fortune (ISF) ainsi que la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) constituent l'un des régimes fiscaux les plus satisfaisants d'un point de vue économique.
Mais quoi qu'en pensent les uns et les autres, on s'entend toutefois sur le fait que l'impôt, nécessaire à la structure sociale d'un pays, a bien sa raison d'être. Ceci étant dit, permettons-nous de râler encore un peu, histoire de s'offrir cette mince consolation thérapeutique ! L'emprunt ne changera pas d'un iota la réalité, car il faudra bien un jour ou l'autre, après 2012 payer l'ardoise, pour des effets d'annonce à crédit ! Nicolas Sarkozy a jeté l'opprobre sur les élus locaux. Non seulement il les a présentés comme des gaspilleurs, des trop payés, des laxistes, alors que tout au long de son discours du trône, il a expédié vers eux toutes les dépenses indispensables au quotidien. Il a refait le sketch de celui qui creuse un trou pour boucher celui qu'il a antérieurement creusé!
Mais je déblogue...

 

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
A
Oui, Jean- Marie,cette chronique me plaît beaucoup, et correspond, en tous points  à ce que je pense du recours à un emprunt d'Etat destiné à assurer les dépenses courantes du train de vie du gouvernement, à payer - entre autres - l'augmentation des rémunérations du Prince Président, ou nmes frais d'un somptueux autant qu'inutile Congrès de Versailles...Tout cela est effectivement le "fait du prince",  tout , comme l'entêtement à refuser d'avoir recours à la solidarité nationale, par l'impôt, pour faire face à la crise, ou le refus de renoncer au bouclier fiscal qui ne profite qu'aux plus riches.On n'y arrive plus? Alors, on lance un emprunt qui ajoutera les problèmes aux problèmes, les déficits aux déficits,et ne fera qu'accroître les difficultés...Et bien sûr, cet emprunt sera souscrit par les plus riches, ceux qui ont encore des revenus suffisants pour souscrire.....et pour qui, soyons-en certains, les intérêts qu'ils percevront seront assortis davantages fiscaux ...alléchants et coûteux pour le Trésor!Tout cela est vraiment à désespérer, et à pleurer.
Répondre
D
Excellente analyse comme souvent. je lisais ce matin que " la hausse des impôts est inévitable si la France de réduit aps ses dépenses" dixit la Cour des Comptes précisantq ue la crise n'expliquait que la moitié du déficit public colossal prévu cette année. Mais est ce que ça interesse encore quelqu'un ? Hier nous avons appris la nomination d'un ministre par VSD et GALA ... Allez nous nous récupérons le Bernie sur le Bassin ... Il va pouvoir se consacrer à ses affaires avec ses copains ! Mais je dois moi aussi débloguer !
Répondre