La justice devient impitoyable. Elle sait que la société attend une sévérité de chaque minute à l’égard de la "racaille" ou au moins des délinquants les plus primaires. Il faut que les sanctions pleuvent mais, surtout, la hantise des juges repose sur la consigne la plus terrible : éviter au maximum les récidives. Pour cela, la recette est simple, car
elle se résume en peu de mots : frapper fort dès que passe un homme " pas…tibulaire ou presque ", comme disait Coluche, mais surtout susceptible de remettre le couvert. Il faut bien avouer que, dans une commune comme Créon où le nombre des délinquants est extrêmement limité, il existe une fâcheuse tendance à revoir toujours les mêmes. D’ailleurs, il y a des enquêtes faciles qui tournent autour d’un nombre réduit de personnes, et chaque fois, c’est extrêmement décevant, dans la mesure où toutes les mains tendues pour tenter de sortir les gens de cette fatalité, semblent vouées à l’échec. J’avoue avoir constaté qu’une mesure se révèle efficace quand elle est appliquée avec discernement. La constitution du fichier national automatisé reposant sur l’ADN provoque ainsi souvent la panique chez les gens risquant d’y entrer. Ils se plaignent amèrement des conséquences qu’auraient sur leur vie ultérieure un tel recensement, permettant de les suivre à la moindre trace. Ils craignent par-dessus tout ce fichier qui peut permettre rapidement de détecter une présence coupable en n’importe quel lieu. C’est véritablement, pour certains cas graves, un outil indiscutable de dissuasion. Actuellement, quand les juges ont quelques crédits, ils demandent immédiatement ce test. Mais les lignes budgétaires ne permettent pas toujours d’effectuer les investigations utiles aux enquêteurs. Chaque " analyse " tourne entre 150 € et 300 €, ce qui plombe vite le budget. Or, plus on inscrit de personnes dans le fichier, et plus il faut, en face, les crédits indispensables. La répression nécessite pourtant que des milliers de références soient dans cette bible de la délinquance. Il faut ajouter que personne ne peut refuser le contrôle imposé par l’enquête.
PROTEGEONS LES BETTERAVES
En partant de ce principe, la justice veut démontrer son efficacité. Elle se sert du test comme base en matière de viols, de vols ou d’agressions, de cambriolages ou même de dégradations de biens… des utilisations que nul ne saurait songer à contester. Une première vient donc de démontrer que tout peut arriver dans le contexte actuel, puisqu’un jeune agriculteur, militant anti-OGM, qui comparaissait devant le tribunal correctionnel d'Alès pour avoir refusé... un prélèvement d'ADN, après une précédente condamnation pour avoir arraché des… betteraves transgéniques, a fait valoir le "devoir de résistance par rapport à une démarche autoritaire". Le jugement a
été mis en délibéré au 29 septembre. Le procureur a requis 500 € d'amende contre Benjamin Deceuninck, 26 ans, jugé pour "refus, par personne condamnée pour délit, de se soumettre au prélèvement destiné à l'authentification de son empreinte génétique". Le prévenu, probablement un dangereux malfaiteur, fait partie d’un groupe d’anti-OGM qui, en septembre 2001, avaient arraché des plantations expérimentales de betteraves transgéniques. Ils avaient été jugés à Lille en septembre 2005 et condamnés à des peines allant de un à deux mois de prison avec sursis, et collectivement à 5.000 € de dommages et intérêts.
Benjamin Deceuninck, déjà condamné à un mois de prison avec sursis et une amende, a été convoqué en juin 2006, pour un relevé d'empreintes génétiques à la gendarmerie de Saint-Martin-de-Valgalgues (Gard), ce qu'il a refusé…
Le Syndicat de la magistrature a apporté, selon le Nouvel Obs, son soutien au syndicaliste paysan. Pour lui, ce cas "illustre une nouvelle fois les effets de l'extension du champ d'application du Fichier national automatisé des empreintes génétiques", prévu initialement depuis 1998 pour ficher les délinquants… sexuels, et qui est désormais applicable à d'autre types d'infractions comme les vols, destructions ou dégradations, depuis les lois de Sécurité intérieure de mars 2003, et Perben II de mars 2004. Le Syndicat de la magistrature "a même dénoncé l'extension de ce fichier et le détournement de ses finalités initiales". Il est vrai que dans ce cas, la faute nécessite une extraordinaire sévérité, et que cette inscription sera extrêmement efficace pour protéger la sécurité de gens menacés par un redoutable délinquant pouvant être récidiviste ! Il peut entrer dans le fichier pour… viol de champs de betteraves.
PEUR PANIQUE D’ETRE ACCUSE DE LAXISME
Plus personne ne s’élève contre de telles pratiques, par peur panique d’être accusé de laxisme. Il n’est pas bien vu de défendre un jeune (26 ans) dont on peut penser qu’il a commis un délit irréparable. Le problème, c’est que quelle que soit son appréciation de l’avenir des OGM, il est difficile d’admettre que l’arrachage de betteraves peut conduire à figurer sur le même fichier que des criminels détestables.
J’ai été l’un des tout premiers maires de Gironde concerné par l’implantation d’un champ expérimental de maïs OGM. C’était début juillet 2000, et je mentirais si j’écrivais que j’en ai gardé un bon souvenir.
Les très rares renseignements qui m’étaient fournis étaient tous faux, puisque la parcelle concernée n’était qu’une location effectuée à un Créonnais, non agriculteur, par une maïsiculteur inconnu, venu discrètement d’ailleurs. Aucune précaution réelle pour une plantation qui s’effectuait, sans aucun contrôle, sous l’égide de Monsanto. Je me suis battu avec la Direction Départementale de l’Agriculture la veille du 14 juillet (il y avait une foule considérable…), j’ai sommé Monsanto de me fournir de véritables documents, j’ai sonné Jean Glavany au Ministère de l’Agriculture… Après de sévères échanges de courriers sur ces pratiques, une sombre bataille, et de multiples démarches, le projet a été officiellement abandonné sur Créon, mais je ne jurerais pas que la semence ne soit pas partie incognito chercher une terre plus accueillante sur une commune moins remuante.
APPELE EN RENFORT AVEC MON ECHARPE
Comme j’avais été l’un des premiers élus à secouer la torpeur administrative j’ai ensuite été invité à participer à plusieurs débats, sous l’égide de la Confédération paysanne, ce qui me vaut encore d’être appelé en renfort, avec mon écharpe, lorsque des condamnations sont programmées aux quatre coins de la France. J’ai rejoint " Champ libre ", l’associ
ation des Maires anti OGM, par seul souci de voir appliquer le principe de précaution dans un domaine où la science venue des USA ne me paraît pas digne de foi. D’ici à ce que je sois sollicité un jour pour confier au fichier mon ADN, il y a un pas que je ne franchirai pas... Braves gens, Sarkozy et Perben veillent ! Vous pouvez dormir tranquilles. Surtout si vous cultivez des betteraves OGM. Ils sont là pour traquer le récidiviste. Il paraît que Noël Mamère, José Bové, Gérard Onesta n’ont plus qu’à bien se tenir, car leur palmarès de faucheurs invétérés va leur valoir une entrée fracassante dans le who’s who des délinquants de haut niveau. Prendre de la salive à José ou à Noël ne devrait pas constituer une prouesse particulière, tant ils sont habitués à l’user en public. Lors de l’une des gardes à vue qui leur est imposée, un coton tige bien placé résoudra définitivement leur identification, quand ils plumeront un champ aux alouettes génétiques. L’enquête en sera facilitée au cas où personne, parmi les forces de l’ordre, ne les identifierait. Ces gars-là ne sont pas très connus...
En revanche, une rumeur parcourt les rédactions : on va créer, pour les PDG qui ont disséminé l’amiante, ceux qui ont fabriqué et continuent à fabriquer des pesticides mortels, ceux de Monsanto qui ruinent les paysans du Tiers Monde en contrôlant le marché des semences, ceux qui délocalisent en emportant les machines, ceux qui puisent dans les caisses diverses et variées des stocks-options surréalistes, un fichier ADN pour VIP. Le coton tige sera de chez Cartier, et on leur enverra les résultats sur du papier de... maïs. Transgénique !
Mais je déblogue.