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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE MIRACLE INDIGENE

Incroyable : on vient de découvrir l’incroyable!. Bernadette Chirac, émue par la projection privée à l’Elysée du film " Indigènes" de Rachid Bouchareb, a décidé son mari le grand Jacques Chirac à revaloriser les pensions des combattants venus des anciennes colonies françaises, pour libérer le territoire de leurs ancêtres les Gaulois de la domination nazie. Une sacrée découverte effectuée par le Président d’une... République peu regardante sur les remerciements qu’elle doit à ceux qui l’ont servie.
Dans tous mes discours, pour le 8 mai ou le 11 novembre, je n’ai pas une seule fois manqué d’évoquer cette injustice détestable faite à des hommes qui ont eu, en définitive, le tort de ne pas se faire trouer la peau sur des champs verdoyants, des espaces enneigés ou dans la boue des tranchées. Ils voulaient tellement marcher vers une citoyenneté française reconnue, qu’à chaque guerre ils affrontèrent la mort pour l’acquérir.
 Ils furent les victimes d’une immigration non choisie… avant qu’on ne les oublie. Heureusement pour leur mémoire, que Bernadette Chirac vient, sur l'oreiller, de convaincre son mari de leur envoyer... quelques pièces jaunes complémentaires. Elle aurait pu le confier à Sarkozy afin qu’il fasse une belle annonce à Dakar, car là-bas, il existe des hommes qui n’ont pas perdu la mémoire.
LES FAMEUX TIRAILLEURS SENEGALAIS
La mobilisation des troupes coloniales, pour la guerre 1914-1918, y fut en effet sans précédent : environ 800 000 hommes ont été incorporés, plus de 70 000 y perdirent la vie. Lors de la bataille des Dardanelles, par exemple, les fameux " tirailleurs sénégalais " représentaient, à eux seuls, la moitié des effectifs engagés. Cet enrôlement de gré ou de force ne s'est pas fait sans difficultés; la solde et les avantages traditionnels n'étant plus suffisamment convaincants pour décider des hommes qui ne voyaient jamais revenir les premiers partants, on usa de méthodes plus coercitives.
Le premier député du Sénégal (de la ville libre de Saint-Louis), Blaise Diagne fut ensuite appelé à la rescousse au début de l'année 1918 pour convaincre ses électeurs. Il se prononça pour une généralisation de la conscription qui, dans son esprit, devait s'accompagner d'une marche progressive vers la citoyenneté : à l'égalité dans les tranchées et devant la mort devait correspondre celle dans la société. Du moins le croyait-il ! Ses arguments ne suffirent cependant pas à convaincre les réfractaires au départ sur les champs de bataille européens… et pour la première fois, ils avaient raison contrairement à ceux qui partirent, fiers de devenir Français, et ne revinrent jamais.
En effet, durant de longs mois, l'intérieur de l'Afrique Occidentale Française fut agitée par des révoltes contre les enrôlements forcés. Ces émeutes, réprimées par… les tirailleurs restés sur place, prirent une telle ampleur, que le gouverneur dût suspendre un temps les recrutements militaires et suggérer au gouvernement de mettre davantage l'accent sur la contribution économique des colonies. On ajouta donc une contribution importante en termes de main-d'œuvre afin de pallier les manques. L'exemple des travailleurs chinois est maintenant bien connu, mais ce sont plus de 200 000 travailleurs coloniaux (dont plus de 50 000 Indochinois seulement) qui vinrent assurer la relève des conscrits dans les usines françaises. Il en fut de même lors de la seconde guerre mondiale. La leçon avait été retenue en Afrique noire, mais pas encore en Afrique du Nord…

UN LOURD TRIBUT DES 1940
Avant 1939, la situation fut tout autre : les troupes coloniales furent d'emblée massivement intégrées aux plans de bataille et, placées en première ligne, elles payèrent un très lourd tribut lors des combats de mai et juin 1940, mais furent vite oubliées dans les camps de prisonniers allemands, où la mortalité fut terrible. On oublie totalement d’en parler. En 1944, ils représentaient là encore, la moitié des troupes ayant débarqué en Provence, qui furent cependant " blanchies "au fur et à mesure de leurs avancées. De Gaulle privilégia l'intégration des groupes de résistants à la célèbre Première armée et choisit, face à la pénurie de moyens, de désarmer une partie des bataillons de tirailleurs afin d'équiper ces nouveaux combattants.
La frustration de se voir déposséder d'un rôle central, les suspicions des autorités françaises sur leur loyauté à l’égard de la République, et surtout les promesses matérielles non tenues furent, par exemple, à l'origine du soulèvement du camp de Thiaroye (banlieue de Dakar). Le 1er décembre 1944, les troupes françaises ouvrirent le feu sur 1 280 tirailleurs en cours de rapatriement. Le lourd bilan (35 tués, 35 blessés graves...) suffit, à lui seul, à démontrer la complexité du rôle des troupes coloniales à la Libération. Fêtées en métropole par la population en liesse mais réprimées et ayant toutes les difficultés pour faire valoir leurs droits dès lors qu'elles réintégraient leurs régions d'origine, elles portaient en germes les révoltes ultérieures.
La fraternité qu’ils avaient rencontré, sur le terrain, au combat, disparaissait brutalement. L’égalité face aux balles ennemies, aux rations quotidiennes, laissaient la place à l’inégalité de la colonisation triomphante. La liberté qu’ils avaient défendue en métropole leur était refusée dans leurs villages. Mieux, on fit tout ce qui était possible pour les ignorer, et surtout les priver des droits fondamentaux qu’ils avaient contribué à redonner aux autres.

LA CRISTALLISATION MAINTENUE
Notre société ne vivant désormais, non pas sur des réalités mais sur l’apparence des images, il aura fallu un film, que peu de monde a d’ailleurs accepté de financer, pour que reviennent sur le devant de la scène des combattants octogénaires, malades, oubliés. Depuis le 29 décembre 1959, les autorités françaises avaient en effet " cristallisé " le montant des pensions des ressortissants des anciennes colonies ayant servi dans l’armée française. L’écart des pensions entre les titulaires français et étrangers n’a alors cessé de croître. Aujourd’hui, l’injustice est à son comble puisque les étrangers reçoivent de… 3 % à 30 % de la somme versée à leurs anciens collègues français, suivant leur nationalité
Au retour de son voyage au Sénégal où elle avait été vertement interpellée, la ministre de la Défense avait déclaré, le 9 septembre 2002, que " les décisions concernant les pensions des anciens combattants des pays de l’ex-Union française devraient être prises avant la fin de l’année ".
Le problème, c'est que la décision avait déjà été prise depuis plusieurs années. Le Conseil d’État, dans son arrêt Diop du 30 novembre 2001, suivi de dizaines d’autres arrêts, a tranché en jugeant que le fait de verser des prestations " cristallisées " aux anciens combattants et aux anciens fonctionnaires civils ou militaires violait la Convention Européenne des Droits de l’Homme et constituait une discrimination illégale. Les personnes concernées devaient donc enfin bénéficier de l’égalité des droits, si le gouvernement ne s’évertuait pas à contourner les règles de droit pour faire des économies sur le dos des étrangers l’ayant servi. Le gouvernement a joué le pourrissement et a bafoué les décisions de justice.
"NOUS AIDER A LIBERER NOTRE PAYS DU NAZISME"
"Il y a eu près de 40 ans pendant lesquels il n'y avait pas de reconnaissance du tout du rôle de ceux qui étaient venus nous aider à libérer notre pays du nazisme", a rappelé Michèle Alliot-Marie. Puis "nous avons essayé" d'établir "une équité par rapport au pouvoir d'achat de chacun des pays. Aujourd'hui, et à la demande du président de la République, nous allons essayer de passer (sic) à une phase suivante qui sera une reconnaissance au même niveau nominal de la reconnaissance de la Nation à ceux qui sont intervenus", a-t-elle dit. "Bien entendu, cela représente un coût relativement important, mais je crois que la reconnaissance que nous leur devons le mérite", a ajouté la ministre, précisant que l'argent nécessaire au financement de la mesure doit encore être débloqué par... le ministère de l'Economie. " Selon le ministère des Anciens combattants, le coût d'une telle mesure serait en effet de l'ordre d'environ 400 millions d'€ par an et interviendrait dès... le 1er janvier 2007. Quelque 80.000 personnes de plus de 65 ans, originaires de 23 pays (Maghreb, Afrique noire francophone, Madagascar et ancienne Indochine), pourraient bénéficier d'une telle "décristallisation".
En attendant encore un an, on peut espérer à Bercy qu’ils soient encore moins nombreux… il suffira que le débat traîne un peu, que le film sorti soit éclipsé par un autre, que Bernadette perde la mémoire et ils ne seront plus que 70 000 ! Patience : un film n’est pas éternel surtout si personne ne va le voir, et demain soir TF1 aura à vanter les mérites de Sarkozy. L’idée n’est pas de lui. Alors, autant revenir à cette " racaille de Cachan " qui attend que l’on se rappelle que l’un d’eux a peut-être un grand-père qui est mort pour la France !
Mais je déblogue…
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R
Les gouvernements ont souvent besoin de l'opinion publique pour réagir, qu'elle soit exacerbée par un fait, une mode ou un film. C'est d'ailleurs le propre d'une démocratie même si elle sent mauvais la démagogie.<br /> J'ai une question sur ce dossier : à quoi sert les pensions des combattans ? Est-ce une récompense honorifique telle qu'une médaille ? ou est-ce une pension telle qu'une retraite permettant à des héros de vivre dignement le restant de leurs jours ?<br /> Dans le premier cas, l'égalité doit primer car tous les combattants sont des héros. Dans le second je vois 2 possibilités : l'égalité doit primer entre tous les francais ou étrangers vivant en France (même niveau de vie) mais l'équité doit s'appliquer entre les autres selon leur pays de résidence car les besoins sont différents. On a besoin de moins d'argent pour vivre dignement en Afrique comparé à la France par exemple. Je n'ai pas vu dans les média cet aspect traité. Langue de bois ou démagogie ?
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Y
C'est désolant que le gouvernement ait besoin d'un film pour faire bouger les choses.
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J
Je vois, dans la colonne droite de votre blog que vous appréciez la "démocratie participative". Vous devriez donc apprécier Ségolène Royal. J'avais cru comprendre le contraire ... Excusez-moi! 
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