Après un été particulièrement paisible, les dernières semaines m'inquiètent un peu sur Créon. Des incidents nocturnes m’obligent en effet à interrompre les rares heures que comptent mes nuits. Ils prolifèrent bizarrement depuis peu. Particulièrement tranquille, la ville bastide a retrouvé des événements détestables ayant émaillé... l’année 2001. Ainsi, la semaine dernière, le chantier du pôle de gérontologie a été visité par des voleurs de gazole, donnant ainsi raison à cette pub actuelle sur la valeur du carburant. Près de 300 litres ont été paisiblement siphonnés dans les engins présents sur les lieux, avec application et sérieux. Probablement des hommes désireux de demander la main d’une héritière avec de solides arguments pétroliers.
Le bungalow, destiné aux réunions et aux ouvriers, a été fracturé, saccagé et la
… fontaine d’eau a disparu. Les pare-brises des véhicules ont été brisés avec des canettes de bière. Quelques nuits plus tard, le feu a été mis à la poubelle des vestiaires, proches du gymnase. Ces faits divers, heureusement méconnus de la population, me plongent dans la perplexité la plus forte, car je les relie à ce que j’aperçois, entre deux réunions, à la télévision. Il me semble que la pression remonte et que le coup de l’insécurité galopante ne va pas cesser de croître et embellir avec, je vous l’annonce, une exclusivité, un nombre de voitures brûlées spectaculaire pour le réveillon du nouvel an… La recette a bien fonctionné en 2002. Il n’y a pas de raison de s’en priver en 2007.
Les banlieues qui devaient être " karchérisées " se réveillent dans la même situation, et de manière systématique, toutes les villes dans lesquelles se produisent les interventions sont dirigées par des députés-maires socialistes ! Les policiers se plaignent de ne pas avoir les mains libres pour passer les menottes aux autres. Le " Ministre-candidat officiel-président " s’en prend à la justice, lui reprochant sans vergogne, et surtout sans preuve, ce que l’opinion dominante des sondés appelle du laxisme. De grands criminels occupent le devant de l’actualité depuis plusieurs jours. Et les statistiques sur les crimes et délits… baissent comme par enchantement. On sent pourtant fort bien que le sentiment généralisé d’insécurité remonte opportunément pour ronger les consciences et redonner des forces à la bête immonde qui attend dans l’ombre.
UN APPRENTI SORCIER
Il y a au moins un apprenti sorcier, installé place Beauvau, qui risque bel et bien d’être débordé par ses extravagances sur l’immigration, la police spectacle ou l’inefficacité du système judiciaire. Il joue froidement le concept qu’un nouveau face à face droite-extrême droite au second tour lui donnerait une élection sans problème. Pour y parvenir, il est peut-être indispensable d’affoler les troupes hypnotisées par TF1, de leur donner en pâture cette peur qu'ils attendent.
Sarkozy a donc décidé de mettre en place un système ambivalent de communication, destiné à montrer qu’il existe un véritable problème de délinquance ou de violence. Il démontre, images à l’appui, qu’il s’en préoccupe. De préférence, il associe sa double démonstration à la présence menaçante des hordes étrangères, prêtes à égorger nos fils et nos compagnes. Nous assistons donc désormais à une extraordinaire télé-réalité, plus réaliste que celle des téléfilms.
On n’a plus besoin désormais, quand on est journaliste, de traquer l’événement, puisque la place Beauvau le fabrique spécialement à votre intention. On vous prévient la veille au soir, afin que vous puissiez régler votre réveil matin et prendre un petit café pour la route. En général, le reportage a l’avantage de ne pas coûter cher à votre contrôleur financier puisque le théâtre des opérations se trouve parfois à moins de dix kilomètres du siège des grandes chaînes. Du " pain béni " pour amateur d' émotions fortes, que ces rendez-vous glauques des petits matins banlieusards. Le problème, c’est qu’il ne s’agit que d’une série B cinématographique.
UN POUR CENT !
Ainsi, l'intervention d'une centaine de policiers, vers 6 heures, dans la cité des Musiciens, aux Mureaux, après des échauffourées entre des jeunes et des policiers dimanche, a abouti à… une seule interpellation. Des membres de la Brigade anti-criminalité, de la Brigade de recherche et d'enquête de la Direction régionale de la police judiciaire , des CRS de la sûreté départementale et des policiers du commissariat des Mureaux, ont participé à cette nouvelle opération médiatisée, destinée à procéder à des interpellations après les échauffourées ayant opposé dimanche soir jeunes et forces de police. Le résultat n’a pas été à la hauteur des espoirs sarkozistes, mais au moins il a montré que, quand il fallait mobiliser des forces de l’ordre dans les banlieues, on savait les trouver.
Le domicile des cinq personnes recherchées a été perquisitionné, l'une d'elles a été arrêtée, alors que les quatre autres n'étaient pas chez elles. Soit un fameux rapport de un pour cent ! Aucune preuve matérielle liée aux agressions n’a été découverte, et dans le fond, le coup du " retenez-nous ou nous allons faire un malheur ! " n’a pas eu les effets escomptés. Il faudra recommencer ailleurs avec… moins de caméras !
Les journalistes s’honoreraient en refusant de participer à ces mascarades. De nombreux habitants protestaient en effet contre les perquisitions menées selon eux par erreur, à l'aube, par les policiers, affirmant que leurs portes avaient été défoncées et leurs habitations "retournées". Certains habitants s'étaient mis à leur fenêtre, l'un d'eux criant "vous allez voir ce que ça va être, les Mureaux". Des jeunes étaient présents devant les immeubles voisins, et se moquaient de la police. Et dans le fond, le principal problème se situe dans ce dernier constat : l’inutilité des rodomontades lorsqu’elles débouchent sur des résultats infimes. Les victoires ne sont pas toujours matérielles, en effet, mais elles sont aussi psychologiques. L'impact de cet échec sera terrible dans les cités.
LE CONTEXTE EST APPAREMMENT DIFFERENT
A Créon, comme dans des centaines d’autres communes de la même taille, le contexte est apparemment différent, puisque la répression incombe à la Gendarmerie nationale, et que nous sommes loin de la " police spectacle " décrite ci-dessus. Je ne serais pas honnête, si je ne précisais pas de suite que mes liens avec les responsables de la Brigade sont constants, efficaces et de qualité. Les gendarmes en poste font extrêmement bien leur travail, et avec les moyens insuffisants que l’on met à leur disposition. Je sais que, souvent, ils ont du mal à digérer les inévitables critiques sur leur insuffisante efficacité, pourtant réelle. Ils arrivent cependant à régler bien des affaires. Il n’empêche qu’ils ne sont pas, eux non plus, à l’abri de l’exploitation politicienne de l’insécurité.
Ainsi, ils ont à faire face depuis quelques mois, à une nouveauté très déstabilisante. Grâce à une décision ministérielle, la territorialité des CRS a été élargie, et les gendarmes constatent que, au nom d’une rigueur ministérielle, ces derniers viennent devant le portail de leur b
rigade verbaliser outrancièrement des automobilistes, comme pour dénoncer le pseudo laxisme de leurs " collègues ". Ces véritables expéditions " punitives ", souhaitées par Sarkozy, traduisent parfaitement à l’échelle locale une politique d’esbroufe permanente : l’important réside dans la pression sur le citoyen et pas sur les véritables coupables. En effet, l’automobiliste " victime " (ça devient cependant problématique électoralement) vérifie à ses dépens que le Ministre de l’intérieur s’affirme réellement comme un homme à poigne mettant en œuvre une véritable répression. Du local au national, on développe la même communication : on s’agite, on traque et on roule des mécaniques. La différence c’est que hier aux Mureaux cent policiers ont interpellé… un coupable supposé qui ne paiera jamais, alors que dans une ligne droite, un CRS peut arrêter… cent automobilistes qui ne pourront pas faire autrement que payer !
Mais je déblogue…
Nous souhaitons t'informer que nous avons reproduit sur
www.2007lagauche.fr, le site du comité de soutien à la candidature de
Laurent Fabius, ton excellent billet intitulé "Un Fabius génétiquement modifié"