Le problème des sectes dans notre société a une fâcheuse tendance à s’estomper discrètement. Il semble que le véritable problème que pose l’existence de groupements extrêmement divers niant dans les faits le libre arbitre des individus, ne préoccupe plus grand monde. Or, probablement jamais, la tache sociale ne s’est aussi efficacement répandue. Désormais, discrètement, sous le couvert de diverses organisations, le phénomène sectariste prolifère et s’installe tranquillement dans le paysage, dans notre environnement immédiat. De temps à autres, il réapparait dans l’actualité, mais on n’assiste plus à ces grandes mises en cause que l’on a connues il y a une quinzaine d’années. La banalisation rampante des sectes est en marche. Et les rares personnalités politiques ou de réfence morale qui tentent de lutter contre ce véritable cancer social ne sont plus entendues. Ce n'est plus médiatiquement à la mode.
Le secret pèse sur tous les réseaux qui bénéficient, pour certains, d’une véritable indulgence officielle et de soutiens au plus haut niveau. Je peux affirmer sans ambages qu’ils sont extrêmement actifs et que, peut-être, ils n’ont jamais eu autant d’influence. La difficulté pour les identifier c’est qu’ils ont compris, contrairement à ce que leurs "gourous" avaient fait antérieurement, qu’il y avait des lignes blanches à ne pas franchir. Le prosélytisme tient compte des anciens errements en la matière, mais il demeure extrêmement efficace. Il arrive pourtant que des événements rafraîchissent les mémoires sans pour autant distraire l’opinion dominante de ses certitudes.
LE RAPPEL DE FAITS SANGLANTS
Ainsi le procès de Michel Tabachnik, qui s'est ouvert hier devant la cour d'appel de Grenoble, a débuté par le rappel des faits sanglants ayant émaillé l'existence de l'Ordre du Temple Solaire. Le chef d
'orchestre franco-suisse est poursuivi après la mort de 16 adeptes de l'Ordre du temple solaire (OTS) en 1995. Entre octobre 1994 et décembre 1995, des "tueries suicides" de membres de l'OTS ont fait 68 morts en Suisse, en France et au Canada, dont le gourou de la secte, Jo Di Mambro, et le "rabatteur", le docteur Luc Jouret. Le 22 décembre 1995, dans une forêt du Vercors, les corps calcinés de 16 personnes, tuées par balles, avaient été retrouvés sur un bûcher. Quatorze d'entre elles avaient été tuées à l'aide de deux pistolets 22 long-rifle retrouvés sur place, et leur corps étaient disposés en rond, les pieds vers le centre du foyer. Parmi elles, se trouvaient les trois enfants de deux couples d'adeptes, ainsi qu'Edith et Patrick Vuarnet, l'épouse et le fils cadet de l'ancien champion de ski Jean Vuarnet. Les corps de deux chefs de la secte, l'architecte André Friedli et le policier Jean-Pierre Lardanchet, avaient été disposés autrement, tués à l'aide de deux magnum 357 retrouvés également sur place.
Les écrits de Michel Tabachnik, incompréhensibles pour le commun des mortels, mêlent des notions tirées de l'alchimie, de la Kabbale, et de l'astrophysique. Ils évoquent "l'imminence de grands cataclysmes et de profondes mutations, accompagnant le passage de l'humanité du 4e au 5e règne identifié, à la notion de retour vers le père". Cet ésotérisme n’a pas disparu et la civilisation de la raison fait place à celles des croyances. Ce procès ne permettra pas de mettre en évidence la dangerosité de certaines idées pseudo religieuses car il focalise sur une " énormité " caricaturale, alors que le sectarisme dissimule les faits répétés du quotidien.
INFILTRATION DES STRUCTURES DE FORMATION
Désormais, leur objectif porte sur le système éducatif, par infiltration des structures de formation ou, plus encore, par noyautage des associations de parents d’élèves, dont on connaît l’efficacité dans le domaine des relations personnelles. Dans des rapports parlementaires officiels et lucides, ont note une forte inquiétude sur ces méthodes dignes de celles des révolutionnaires dans un autre siècle. Il est dans la nature même des mouvements sectaires d’essayer d’intervenir dans le domaine éducatif puisque celui-ci offre au prosélytisme des possibilités d’expansion considérables. L’embrigadement des enfants avait déjà été relevé par une commission d’enquête, qui avait répertorié 28 organisations caractérisées par cette pratique. Le phénomène, ne vous faites pas d’illusions, s’est encore accentué : il ressort des informations recueillies par la Commission qu’une soixantaine
de mouvements sectaires interviennent auprès des enfants sous des formes multiples. On peut estimer aujourd’hui qu’environ 50.000 enfants subissent, à des titres et à des degrés divers, une influence sectaire, que 500 mineurs environ vivent dans des communautés fermées, et qu’à peu près 6.000 enfants sont astreints à une scolarité hors normes. Ainsi, plusieurs mouvements sectaires refusent la scolarisation des enfants et dispensent leur propre éducation, complétée parfois de cours par correspondance.
C’est notamment le cas de La Famille (anciennement Les Enfants de Dieu), de la Fédération française pour la conscience de Krishna, de La Ferme (anciennement Tabitha’s place), d’Horus et d’Ogyen Kunzang Chöling. D’autres organisations s’efforcent d’infiltrer le monde de l’enfance par la formule des stages et des séminaires dans le domaine des loisirs mais aussi du soutien scolaire et du développement culturel. Il en va notamment ainsi d’Anthropos (stages " d’activation mentale "), de la méthode Silva (séminaires d’amélioration des performances scolaires), d’Invitation à la vie (pélerinages et activités artistiques pour enfants), du Mouvement du Graal (séminaires sur le thème de la sexualité et du spiritisme), de l’Office culturel de Cluny (nombreux séminaires et enseignements dans le domaine artistique) et de la Méditation transcendantale (qui a créé une structure pour " enfants méditants " et propose des cours afin de " mieux connaître son intérieur ").
L’entrée des sectes dans l’éducation se fait selon trois voies principales : le recrutement d’enseignants (la laïcité n’est plus une valeur référence), la commercialisation de méthodes éducatives (cours de soutien ou du soir), la prise de contrôle effective mais discrète d’établissements (nomination des responsables). Par ailleurs, le recrutement des assistantes maternelles peut poser problème si les parents ne sont pas très attentifs à la confiance qu’ils délèguent à des personnes qui leur sont parfois totalement inconnues.
LES TURBULENCES DES SECTES
Créon, comme la plupart des autres communes, a connu les turbulences des sectes et s’est retrouvée parfois dans des situations secrètes fort difficiles. Croire que dans la vie de chaque jour, dans son immeuble, dans son lotissement, à la sortie de l’école ou dans la vie associative, il n’y a aucun doute à avoir, c’est pratiquer la politique très répandue de l’autruche. On serre parfois la main à des femmes ou des hommes égarés ou sous influence. Tenu par l’obligation de ne pas trahir les informations que l’on peut me confier, j’observe avec inquiétude les agissements de quelques personnes. Je ne peux que tenter d’enrayer leur influence, mais san
s jamais avoir le droit de porter sur la place publique les éléments en ma possession. Créon, malgré tous mes efforts (1), avec sa vie associative intense, constitue un territoire de chasse privilégié. Deux exemples peuvent illustrer cette situation dont on n’ose plus parler. D’abord, bien qu’ils se défendent avec hargne de constituer une secte, les Témoins de Jéhovah ont installé, il y a plus d’une décennie leur temple au cœur de la ville bastide. Malgré mon opposition technique, ils ont obtenu l’agrandissement de leur lieu de culte et régulièrement, je suis conduit à réduire leur campagne de recrutement qui exaspère logiquement les habitants. Leur intégration douce dans le canton n’a soulevé aucune objection majeure. Ils ont même une présence forte dans certaines communes voisines. Une lettre sollicitant le fléchage de leur temple pour lui donner une existence officielle, une demande de rendez-vous pour évoquer leur situation, des tentatives d’installation sur le marché du mercredi matin : autant de signes que le souci de leur association loi 1901 consiste bien à obtenir une statut social reconnu.
L’Ordre du Temple Solaire a également utilisé le biais de la vie associative pour se faire reconnaître par la puissance publique, et il a été officiellement présent sur Créon en une époque antérieure aux faits décrits ci-dessus. Ce support légal aura permis de financer, de gérer, de développer ce qui a relevé purement et simplement d’une activité économiquement structurée. D’ailleurs, on ne sait pas trop où sont passés les fonds collectés en faveur de l’OTS. La seule certitude, c’est qu’ils n’ont pas été perdus pour tout le monde. Comme pour la très grande majorité des sectes, l’OTS avait des finalités financières. Il est également totalement surprenant d’imaginer que l’Eglise de Scientologie a quelques adeptes disséminés sur le territoire communal. Eux aussi jouent à fond la carte de la respectabilité, avec l’espoir de se faufiler dans les parcours électifs potentiels.
Il traîne aussi dans la commune des groupuscules qui recrutent, via des pseudos techniques médecinales discutables. Pas un jour sans qu’en mairie, parviennent des annonces, des affichettes, des propositions diverses, qui dissimulent parfois des mouvements pour le moins suspects, en quête de personnes à la dérive et prêtes à se raccrocher à une planche plus ou moins douteuse. Il suffit d'ouvrir les yeux pour s'en apercevoir.
Le silence officiel va s’accentuer avant les échéances politiques. Sarkozy a donné des gages très forts à l’Eglise de scientologie, via son ami Tom Cruse. Les fondamentalistes religieux de tous bords attendent leur heure, pour agiter les chiffons verts, rouges ou jaunes. Les intégristes ne dorment que d’un œil. Le sectarisme s’installe dans la vie quotidienne. La laïcité se meurt. La place est libre.
Mais je déblogue…