Je n’ai pas cessé d’écrire dans ces chroniques que le retour en politique d’Alain Juppé, extrêmement prévisible, a été organisé depuis belle lurette directement par l’Elysée. Une cellule a travaillé afin d’effacer l’affront qui lui avait été fait pour des affaires d’intérêt collectif, dont il portait la responsabilité au nom d’autres, plus gênés aux entournures. Elle a savamment planifié les étapes afin que l’ex-premier Ministre soit de retour dans les six mois antérieurs à l’élection présidentielle. Car il n’y a que les naïfs pour penser que sa réinstallation dans le fauteuil de Chaban au Palais-Rohan constituait une priorité absolue. Elle était indispensable, dans la mesure où le créneau de tir pour une législative partielle avait été perturbé par les manifestations anti-CPE d’avant le 17 juin dernier. Il ne restait que cette possibilité d’absolution donnée par le suffrage universel. Toutes les autres étaient fermées.
Il n’y a que les observateurs indulgents qui ont considéré qu’elle s’était effectuée de manière triomphale. En fait, elle se traduit par une élection a minima en terme de réponse de l’électorat bordelais, et avec une série de faibles pertes concrètes qui, cumulées, laisseront localement des traces. Un conseiller municipal de moins, un adjoint au Maire à virer, un conseiller communautaire de moins, un vice-président de la CUB privé de son poste. Hugues Martin, le fidèle gardien du Palais Rohan, récompensé de son effacement volontaire par une promesse de mise en lice pour les sénatoriales… au détriment d’un ou même deux " sages " pourtant bien en place. Les cicatrices de ce retour en force ne se refermeront peut-être pas avant 2008. Le P.S., adepte sur Bordeaux, malgré les prises de position de ses leaders, d’une ligne " rassemblement de la gauche " fabiusienne, ressort revigoré de ce que l’on prenait pour une épreuve douloureuse. Enfin, cerise amère, sur ce qui n’est pas un gâteau, son élection à la vice-présidence de la CUB, sans délégation, a été marquée par un signe de désobéissance interne. Connaissant, comme tout le monde, le caractère entier de l’intéressé, on peut être assuré qu’il n’est pas passé par toutes ces épreuves pour contempler la place de la Bourse dans le miroir d’eau nouvellement créé. Et il faut véritablement avoir les yeux de Chimène pour ce Rodrigue, revenant triomphant de son exil québécois, pour affirmer que ce fut un "retour gagnant" ! Lentement mais sûrement, la seconde étape du " contrat " se met en place et le " meilleur d’entre nous " se replace dans le peloton de tête national. Il est redevenu une pièce essentielle dans le jeu de Chirac qui, selon le plan soigneusement établi, va le faire avancer sur l’échiquier présidentiel.
" JE SUIS L’UN DES FONDATEURS DE L’U.M.P. "
Alain Juppé, méticuleusement, sans jouer des coudes pour ne pas choquer, ajuste son positionnement. Hier, il est monté d’un cran dans le régime de crosière. L’incontournable interview accordée au Journal du Dimanche constitue un signe, pour les initiés, de rentrée en jeu. Après sa suspension pour carton rouge, il se prépare depuis le banc de touche à retrouver l’équipe-type chiraquienne.
D’abord, il a opportunément rappelé qu’il avait une légitimité indiscutable à retrouver le haut niveau après son " galop " probant dans la réserve bordelaise. Il y a disputé un match officiel, et a su en sortir laborieusement victorieux. Il a donc opportunément souligné dans le JDD : " je suis très attaché à l'UMP, dont je suis, avec d'autres, le fondateur. " Nicolas Sarkozy qui est arrivé après cette naissance difficile pour s’emparer du nouveau né a dû comprendre le message : l’un des pères réclame la garde de l’enfant UMP, et rappelle qu’il a un droit moral à en suivre désormais l’évolution. Sous entendu : je veillerai à la manière dont va évoluer la désignation du candidat ! D’ailleurs il ajoute : " Je ne ferai rien qui soit de nature à diviser la famille à
laquelle j'appartiens" et "je ferai tout ce que je pourrai pour la rassembler". Une bonne intention ressassée dans tous les partis politiques, quand on a , derrière la tête, une idée de… candidature sécessionniste. Dans le fond, si vous réfléchissez un peu, vous devinerez que si ce devait être le bazar à l’UMP, avec plusieurs concurrents comme au PS, il faudrait éviter une querelle néfaste et… Jacques Chirac pourrait constituer le recours de choix. Plus de contestation possible, avec une sorte d’obligation de se retirer au nom de l’union menacée… D’autant que, pour que le message soit bien perçu, Alain Juppé ajoute : " Je mettrai tout mon poids dans la balance pour que nous allions, unis autour du même candidat" à la présidentielle, "une élection qui n'est pas gagnée d'avance". Comprenez que contrairement à ce que pensent certains, Nicolas Sarkozy ne peut pas se prévaloir d’un succès garanti.
L’ex-Premier Ministre a bien analysé la campagne interne au PS et le fait qu’elle ne repose que sur des résultats de sondages (il n’y en a plus depuis quelques jours) incitant les militants à choisir celle qui a apparemment les meilleures chances de l’emporter. "De ce point de vue, le respect des règles dont on a convenu ensemble me paraît le b.a.ba", estime-t-il, sans ajouter qu’elles ont été fixées en son absence.
RESURRECTION DU R.P.R.
Pour effectuer plus paisiblement son incrustation dans le paysage où il n’a pas laissé un souvenir terrible, il a utilisé la bonne vieille technique du "livre soft", permettant d’être l’invité de toutes les émissions possibles (il me succèdera la semaine prochaine sur France bleue Gironde). Il a choisi, après l’épreuve bordelaise, de compléter le dispositif du come-back par la littérature avec " France, mon pays. Lettres d'un voyageur " ce qui lui permettra de ne pas se redonner une image souriante, détendue et lisse, et de parler politique sans en avoir l’air. Cette étape va durer une quinzaine de jours et se situera avant celle qui se prépare pour semer la zizanie au sein de l’UMP.
Tactiquement, le clan Chirac va jouer sur la composante la plus forte de ce parti : feu le RPR ! En réactivant, via la candidature de Michèle Alliot Marie, ces réseaux historiques, stables, chiraquiens convaincus, ils espèrent constituer une assise forte de contestation de Sarkozy qui demeure le grand favori du vote des militants prévu le 14 janvier. Scrutin vu par ses partisans comme une investiture, et par ses rivaux comme un simple "soutien", qui n'empêche pas une autre candidature. "Qu'aujourd'hui le débat démocratique vive, viendra demain le moment du choix", dit Alain Juppé.
Bien sûr, il ne faut pas y voir le mal, mais les locaux du Chêne, l'association créée cette semaine par Michèle Alliot-Marie pour soutenir son éventuelle candidature à l'élection présidentielle, sont installés symboliquement rue de Lille, à Paris, à quelques encablures de feu le siège… du RPR, que présida un temps la ministre de la Défense... Du côté des sarkozystes, on se moque ouvertement des ambitions de " la petite Michèle ", comme l'a appelée longtemps Jacques Chirac. Mais elle continue de faire " comme si "... Comme si elle se préparait à entrer en lice.
Plus que jamais, elle campe sur le créneau du gaullisme, se positionnant comme l'anti-Sarkozy. Elle l'a manifesté récemment aux Etats-Unis, où elle a défendu la position française sur la guerre en Irak, au contraire du ministre de l'Intérieur quelques semaines plus tôt. Alliot-Marie est à l'affût : elle veut croire à un début de décrochage de Sarkozy dans les sondages d'ici à la fin de l'année. S'il se produit, elle n'hésitera pas, car pour elle la seule référence valable c’est le RPR, pas l’UMP. Si par hasard elle accrochait à son tour dans les sondages, elle ouvrirait la porte à un retour, vers la fin janvier, de Chirac qui, en récupérant une centaine de députés dont quelques Girondins discrets, ferait exploser l’UMP.
UN ROLE DE PLUS EN PLUS FORT
En étant attentifs, vous allez voir se développer ce plan de bataille, qui montera en puissance après la désignation de la candidate ou du candidat socialiste. L’empressement avec lequel les plus fervents chiraquiens recommandent la voie royale pourrait intriguer un peu, car elle dénote une indulgence suspecte. Alain Juppé va jouer u
n rôle de plus en plus fort dans cette opération que l’on pressent. Il suffira d’être aux aguets et de surveiller les faits et gestes des uns et des autres. Cette chronique, qui paraît probablement surréaliste aujourd’hui, s’approchera de la réalité. Dominique de Villepin a jugé légitime l'hypothèse d'une candidature de Jacques Chirac à un nouveau mandat présidentiel. " La réponse lui appartient. Il y a bien sûr des appétits de renouvellement ", mais " je pense que dans les circonstances particulières que nous vivons aujourd'hui, la question est légitime ". Yves Michaud, auteur de " Chirac dans le texte " (Stock) et de " Précis de recomposition politique " (Climats) a la même analyse " Je le vois mettre en place les pièces d'un puzzle. Il reprend ses thèmes de 2000-2001. D'abord, il joue sur sa stature internationale, qui est son principal atout aux yeux des Français. Il a annoncé la tenue au premier trimestre 2007 d'une conférence de paix sur l'Irak, d'une conférence mondiale sur l'environnement à Paris, et d'une conférence sur le Moyen-Orient, toujours à Paris. En politique intérieure, il met en place des mesures " Père Noël " : le chèque-transports, l'augmentation de la prime pour l'emploi, la baisse d'impôts qui, comme par hasard, va concerner le premier tiers provisionnel. Il y a aussi le dégel des pensions des anciens combattants issus des colonies. Tout cela est vraiment curieux, ça tombe trop à point. ". Alain Juppé, avec une apparente indépendance, va maintenant se consacrer à la mise en place de cette opération résurrection. On murmure même dans certains milieux journalistiques parisiens qu’il pourrait récupérer fin janvier… le Ministère des Affaires étrangères, au détriment de Douste Blazy invité à repasser par la case Toulouse. A suivre de près!
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS ET VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
Relisez la chronique "Un pays exceptionnel" et ensuite allez sur
Je