Il paraît qu’il ne faut pas ressasser de vieilles idées éculées et qu’il est maintenant de bon ton de se tourner résolument vers l’avenir. Chaque fois que l’on revient sur te traité constitutionnel européen et son rejet par les électrices et les électeurs, on a l’impression de commettre un crime de lèse majesté, un peu comme si l’on réveillait chez quelques-uns une rage de dents oubliée. Je suis de ceux qui croient pourtant que l’on ne peut pas utilement penser à demain si l’on ne se penche pas sur hier, en sachant que seuls les gens obtus ne changent pas d’avis. J’ai en mémoire les arguments déployés durant l’une des campagnes les plus vivantes que j’ai connues dans ma vie de militant. Parmi les arguments essentiels
sur le pensum indigeste du TCE figurait, pour les partisans du non, l’indépendance dramatique de la Banque centrale européenne. Cet aspect technique, pourtant fondamental, n’a pas constitué l’élément déterminant du positionnement du peuple car ils suppose une excellente connaissance du fonctionnement des économies. Les libéraux, et pas mal de sociaux démocrates, souhaitent une indépendance totale de la Banque centrale européenne. Ils en font un dogme fondateur de l’Europe qu’ils souhaitent. L’indépendance de la banque centrale européenne et son objectif unique de lutte contre l’inflation paraît pourtant à certains comme anti-démocratique, dès lors qu’elle prive d’un outil économique les gouvernements démocratiquement élus. En effet, pour les défenseur de la BCE actuelle, la relance monétaire doit s’effectuer par surprise (sans l'avis du peuple) et ne doit pas pouvoir être anticipée par les citoyens afin de ne pas en diluer les effets. Il faut qu’elle reste discrète et incomprise par la population, pour que l’effet d’illusion puisse jouer. Ainsi, l’usage de l’outil monétaire relèverait, selon certains, d’une manipulation du peuple par les gouvernants. Si son usage était démocratique, il deviendrait sans effet, et donc sans intérêt…en raison de la transparence de ce type de décision. C'est bien connu : les politiques sont moins fiables que les banquiers!
LA BCE TOUTE PUISSANTE
Cette théorie extrêmement dangereuse pour la démocratie elle-même était celle que sous-tendait le Traité constitutionnel européen. La BCE toute puissante devait pouvoir surprendre et surtout être déconnectée des abus politiques potentiels des gouvernants. Ces derniers o
nt tendance à privilégier des politiques de rigueur monétaire en début de mandat et les politique d'expansion illusoire de court terme en fin de mandat, afin d'assurer un semblant de reprise économique avant les élections. Alors, autant se méfier d’eux, car ils seraient capables de diminuer les profits potentiels des affairistes qui spéculent sur les attitudes de la BCE. D’ailleurs, tout le monde supputait sur les décisions qu’allait prendre Jean Claude Trichet, l’un des rares Français à avoir encore un poste important sur la scène européenne et même mondiale ! Hier donc, par… surprise, le conseil des gouverneurs de la BCE a décidé de relever son taux directeur à 3,50 % et a laissé entendre qu’un autre relèvement était encore possible dans les prochaines semaines. L’obsession de M. Trichet, c’est le spectre de l’inflation. Il doit se montrer intraitable sur le sujet et veiller à endiguer toute velléité dans ce domaine. Bien que son conseil et son gouverneur soient nommés par les gouvernements des pays démocratiques de la zone Euro, et qu'ils doivent rendre compte au Parlement européen, ceux qui critiquent la BCE, lui reprochent que ses décisions soient prises dans le seul respect de son indépendance et pas du tout dans l’intérêt des peuples relevant de ses décisions ! Pour montrer qu’ils sont au-dessus des politiques nationales, Trichet et ses collègues augmentent les taux directeurs, ce qui provoque ensuite le renchérissement du crédit (immobilier, investissements industriels ou des collectivités…) et endigue la croissance et donc l’emploi. Elle n' en a cure car son seul et unique souci doit être… la lutte contre l'inflation.
IMPORTANTE PERTE DE COMPETITIVITE
Aussi, la Banque centrale a-t-elle laissé l'Euro augmenter de près de 50% par rapport au dollar, de 2000 à 2005, sans réagir. Il en a résulté une importante perte de compétitivité pour les économies de la zone et un recours massif aux suppressions d'emploi et aux délocalisations de la part des entreprises… Là encore, dans le débat sur le Traité, cet argument n’était, pour les partisans du oui, qu’une erreur : le Parlement, avec des pouvoirs renforcés (sic), allait mettre à la raison la BCE. Les délocalisations ne représentaient qu’un épiphénomène dont les conséquences pour la France n’étaient pas aussi catastrophiques qu’on le disait : d'inévitables dégâts collatéraux tuant des canards boiteux!
Ce fonctionnement de la BCE prive la zone euro de tout moyen monétaire de lutte contre le chômage. Ce choix de donner la priorité à la sphère financière, prive l’Europe d’un atout décisif dont ne manquent pas
de se servir, à son détriment, ses plus importants concurrents commerciaux (USA, Japon, Chine, pour ne citer que les plus importants). Ils jouent sans complexe de la dépréciation volontaire de leur monnaie et de la manipulation des taux d’intérêts, pour améliorer leur balance commerciale et soutenir leur économie. Actuellement, aucun plan de relance économique n’est possible dans la zone euro : cela n’est ni dans les capacités de l’Europe, à cause des attributions de la BCE et de la faiblesse du budget européen, ni dans celles des états, à cause du pacte de stabilité. Une des conséquences et non des moindres de l’indépendance de la BCE, c' est l’augmentation du chômage dans les pays de la zone euro. Un chômage dont on peut se demander s’il n’est pas volontairement entretenu pour éviter la cherté du travail. Cette doctrine commence singulièrement à inquiéter les candidats aux présidentielles, car leurs promesses nécessiteront obligatoirement une croissance forte, et la BCE va dans le sens contraire !
MISE EN CAUSE DE LA LEGITIMITE DE TRICHET
Heureusement, Ségolène Royal s'en est pris, hier, vertement et sévèrement, au président de la Banque centrale européenne lors de l'ouverture du congrès du parti socialiste européen à Porto, au Portugal. La candidate du PS à la présidentielle a même mis en cause la légitimité de Jean-Claude Trichet. "Ce n'est plus à M. Trichet de décider de l'avenir de nos économies, c'est aux dirigeants démocratiquement élus", a-t-elle lancé. Tiens donc… Tiens donc…Pincez-moi : je rêve ! Pour elle, remettre l'Europe sur les rails "suppose que la B.C.E. soit soumise à des décisions politiques, bien sûr celles de l'eurogroupe", qui rassemble les ministres des Finances de la zone euro, "mais aussi celles du Conseil européen"; qui regroupe les chefs d'Etat et de gouvernement. Impossible que je sois en désaccord avec cette affirmation que Laurent Fabius a faite à de nombreuses reprises dans des termes similaires : " Pour réorienter et relancer l’Europe, nous devrons revoir la politique monétaire ce qui suppose une révision des orientations de la BCE… " Le crime de lèse majesté d'antan est devenu parole d’évangile de maintenant.
Lentement, le vote sur le traité européen va revenir sur le devant de la scène, et je maintiens que le résultat des élections aux Pays-Bas va favoriser un virage à gauche qui risque d’être plutôt décevant pour celles et ceux qui se voyaient déjà en social-démocratie triomphante. Sous les ovations des socialistes européens réunis en congrès à Porto, Ségolène Royal a affiché sa volonté de "remettre l'Europe en mouvement" et de "construire l'Europe des gens". Elle a également affirmé vouloir que "l'Europe avance par la preuve et par l'action." Me voici comblé. J’attends avec gourmandise la suite… qui devrait me rappeler qu’il ne faut jamais avoir raison avant les autres.
Mais je déblogue…
JE VOUS AVAIS PREVENUS MAIS VOUS NE M'AVIEZ PAS CRU...
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