Dans tous les commentaires sur les stratégies liées aux candidatures présidentielles, les " journalistes analystes sachant tout " oublient en permanence un paramètre qui détermine, en fait, tous les comportements. Ils façonnent tous les matins, sur les radios ou dans les quotidiens, l’opinion dominante, en pensant à la place des citoyennes et des citoyens. Ils débattent en cénacle bien pensant, toujours face aux mêmes invités, sans que l’on sache véritablement si ce sont eux les vedettes, ou bien la personne qu’ils accueillent. La perversion de leur rôle repose sur cette ambiguïté : plus ils accueillent une vedette, et plus ils deviennent eux-mêmes importants. Ils cherchent non pas à être calife à la place du calife, mais tout simplement reconnus comme étant susceptibles de se " payer " une pointure. En politique, ils connaissent tout. En économie, ils sont au moins aussi savants. Sur les problèmes sociétaux, ils ont des références. Et ils sont donc habilités à discourir sur des plateaux, à pérorer sur n’importe quel sujet, et plus encore à commenter les faits, sans posséder tous les éléments réels. Ils ne fument pas, ils ne boivent pas (et encore) mais ils... causent.
Il leur faut aussi des combats simples, voire simplistes. Ils ont besoin d’antagonismes saignants, pour jouer aux donneurs de leçons. Ils aiment nécessairement ne pas être déboussolés par des intrus non répertoriés. Ils s’auto-invitent les uns les autres, afin qu’on ne leur pique surtout pas leurs chaises devant les caméras. Le copain de la radio assure la promotion de celui de la presse écrite, et alors, le grand maître de la télé trie ses potes, dont il va assurer la notoriété. Parfois, ils ont le malheur d’être récusés par tel ou tel invité, à la suite d’un mot malheureux, d’un écho malvenu ou d’une mutation intempestive. Ils perdent alors leur pouvoir précieux, qui consiste à se promouvoir en promouvant celles et ceux qu'ils ont choisis. Avec ces gens-là, on pratique le principe d'un prêté pour un rendu !
Or, par exemple, ce week-end sont tombées de multiples informations sur les candidatures aux présidentielles, qui seront analysées sur des apparences compliquées, et pas nécessairement à partir d’une bonne connaissance basique du milieu. L’abandon de Jean-Pierre Chevènement, les tergiversations de la mouvance antilibérale, la semi-déclaration de candidature de Nicolas Hulot, la hargne vigoureuse de Besancenot, l’obstination désespérée de Marie-George Buffet, la rancœur du chasseur Frédéric Nihous, ne reposent que sur un seul paramètre : ils ont ou n’ont pas les fameuses et incontournables 500 signatures de ces moins que rien de maires ! Tout le reste relève de l’analyse compliquée pour professionnels de la torture des faits. Oublier ce critère des présidentielles, qui ouvre l’accès aux premiers crédits officiels forfaitaires de campagne, c’est vouloir faire prendre les vessies de la cuisine électorale pour des lanternes de l’idéologie !
UN SIMULACRE DE CANDIDATURE
Jean-Pierre Chevènement a fait son Jack Lang : "retenez-moi, retenez-moi, ou je vais faire encore un malheur!"… Il a monté, avec quelques fonds encore disponibles au MRC, un simulacre de candidature, pour pouvoir obtenir l’assurance que l’on sauverait son mouvement en lui donnant un
e dizaine de circonscriptions gagnables de députés et une demi-douzaine de postes de suppléants. L'accord électoral prévoit en effet que 10 circonscriptions seront réservées à des candidats MRC, qui seront également soutenus par le Parti socialiste, et que six places de suppléants de candidats socialistes seront aussi accordées… avec l’espoir qu’un titulaire pourrait devenir ministre ou secrétaire d’état. Ainsi, le MRC pourra, en cas de succès complet, constituer un groupe indépendant à l’assemblée nationale. Dans une soixantaine de circonscriptions restant à déterminer, "le MRC présentera ses propres candidats à côté des candidats présentés ou soutenus par le PS" afin de bénéficier des subsides liés au nombre de voix obtenues globalement à l’échelle nationale. Dans un tel contexte, Chevènement rejoint Ségolène Royal, qu'il accompagnera dans sa campagne. Le " Ché " avait cependant, à toutes fins utiles, adressé aux maires de France une lettre clamant son intention de fédérer les républicains de gauche et il y avait joint… le bulletin de promesse de soutien. Le taux de réponses, parmi les élus de gauche échaudés par leur inconséquence de 2002, a dû le convaincre que s’il ne marchandait pas d’urgence son ralliement, dans quelques semaines il ne vaudrait même pas un plat de lentilles électorales. Il était loin, très loin, du cap à atteindre, car cette fois le P.S., moins sûr de lui que lors de la candidature Jospin, n’a pas laissé traîner les choses : il a verrouillé le système, en adressant lui-même ses imprimés, avec une lettre ne laissant guère de place à la fuite vers d’autres cieux pour son vivier traditionnel d'élus locaux.
500 ELUS POUR SAUVER LE FACTEUR
Cette missive a également provoqué la colère immédiate d’Olivier Besancenot, qui voit grandir le danger d’un congé de longue durée durant la campagne présidentielle, et donc la fin des moyens financiers de la LCR… Il lui faut absolument passer à la caisse, et donc dénicher 500 élus qui pourraient sauver le navire. Le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire n’aurait recueilli pour l'instant que 340 parrainages.
Le facteur à vélo a demandé au Parti socialiste de cesser de lui mettre "des bâtons dans les roues. Ce qu'on demande, c'est que les élus qui désirent le faire, et qu'on va démarcher sur le terrain, puissent le faire sans trop de pression". Il s'agit selon lui d'une demande "démocratique" face à la condition "antidémocratique" de réunir 500 signatures d'élus, a-t-il justifié. Mais, dans l’immédiat, il n’est que candidat virtuel… tant que la PS n’aura pas libéré le poids des consignes. Le cavalier seul de Besancenot au sein du mouvement alter-mondialiste et anti-libéral n’avait pas d’autres fondements que celui-là : la LCR, qui manque déjà de moyens, se retrouverait rétrogradée au rang de parti croupion, sans moyens et sans élus potentiels, aux municipales de 2008. Vous ne trouverez pas d’éditoriaux de " journalistes-analystes-sachant tout "
allant dans ce sens...C'est trop ordinaire! Comme ce matin, ils ne diront pas dans votre quotidien ou sur les ondes que Marie-George Buffet s’accroche désespérément à sa candidature pour sauver, elle aussi, le paquebot communiste. Si elle cède sa place à Clémentine Autain ou à Yves Salesse, elle déshabille définitivement le PC. En fait, les négociations ont échoué également sur la répartition des candidats aux législatives. Là encore, le PC veut bien pratiquer la démocratie participative, mais souhaite aussi préserver ses sortants… et les circonscriptions qui lui rapportent le maximum de voix, pour récupérer des fonds importants pour les municipales qui suivront. C'est sur ce point que la rupture est la plus nette. Les autres veulent aussi une part du gâteau !
L’avantage, pour Marie-George Buffet, c’est qu’elle a en portefeuille les 500 signatures que les deux autres n’ont pas. Elles les mettra au congélateur et attendra. D’ailleurs, les anti-libéraux indépendants s’en sont aperçu puisqu’ils proposent, pour sauver le mouvement, de trouver une candidature qui soit un "trait d'union entre toutes les figures et les sensibilités du mouvement" , c'est à dire la possibilité d'une candidature d'une… personnalité du Parti communiste, mais qui ne soit pas sa secrétaire nationale. Le beurre et l’argent du beurre, mais sans la crémière. Lisez bien et écoutez bien vos commentateurs, ils ne vous parleront pas de cette facette de la réunion de ce week-end !
HULOT NE SERA PAS CANDIDAT
Nicolas Hulot, malgré un sondage pharaonique sait aussi qu’il n’a pas encore réalisé l’essentiel. Comme je l’ai révélé aux abonnés dans les FRAGMENTS DE L’AUTRE QUOTIDIEN de samedi, il a vite fa
xé aux Maires de France un magnifique courrier avec… le bulletin de promesse de soutien. Il a donc bel et bien décidé d’être candidat si … dans les 15 jours qui viennent, le retour des formulaires est satisfaisant. Un comité de soutien a lancé cette première étape de la grande campagne de recherche de parrainages pour l’éventuelle candidature présidentielle de l’animateur . Il est présidé par Gérard Feldzer, ancien pilote de ligne à Air France, actuel président du Musée de l'Air et de l'Espace du Bourget, et l’un des proches du présidentiable. Nicolas Hulot avait avancé le nom de Gérard Feldzer pour diriger sa campagne, tout en affirmant " croiser les doigts " pour ne pas avoir à être candidat. Il doit rencontrer cette semaine Ségolène Royal, puis Nicolas Sarkozy, et décidera d’ici Noël s’il sera ou non candidat. La recherche de parrainages, lancée en fin de semaine dernière auprès de plusieurs milliers d’élus locaux, rappellera sa détermination à ses interlocuteurs de partir. Il sera toujours temps de jouer au " Ché " et de… négocier; mais si la liste des 500 est atteinte, ce sera une autre histoire !
Le paradoxe réside dans le fait que ce sont les plus modestes, les plus " petits " élus qui tiennent maintenant, à la pointe du stylo, le sort de ceux qui prétendent leur donner la leçon. Celles et ceux que les " journalistes-analystes-sachant tout " ignorent en permanence peuvent les priver du privilège de démontrer leur valeur face à un Nicolas Hulot, une Clémentine Autain ou une Marie-George Buffet, et ainsi démontrer au bon peuple qu’ils ne sont pas responsables de la promotion du face à face Ségo-Sarko. Ce sera de la faute des… maires qui l'auront voulu, en refusant leur soutien aux autres!
Mais je déblogue…