Quoi que l’on soutienne dans le camp de moins en moins fourni des patriotes bien pensants, il n’y a aucune guerre glorieuse. Mieux, nous devrions en permanence faire la guerre à la guerre, et tenter de l’exterminer de la pensée humaine. Quitte à choquer, nous pourrions solidairement enseigner aux jeunes générations qu’il n’y a aucune raison qui justifie un affrontement entre les hommes. Malheureusement, les " grands " (comme les appelait mon grand-père en parlant de ceux qui l’avaient conduit dans les tranchées) qui décident de faire se tuer entre eux les gens du peuple, dénichent toujours une motivation particulière, puisée dans les instincts les plus bas, pour enclencher les processus des combats. Aucun exemple n’existe, dans l’histoire des confrontations humaines, qui mérite au minimum l’indulgence pour celles et ceux qui les initient. Pourtant, nous continu
ons collectivement à faire comme si ces tristes réalités devenaient inévitables, comme si ce n’étaient que des fléaux inexorables ou des maux dont l’humanité de pouvait se passer. Impossible de justifier réellement une mort pour conquérir un territoire, imposer une idée, assouvir un rêve de puissance, asseoir son pouvoir… La société réputée civilisée répugne à s’interroger sur son propre comportement. Elle préfère dénoncer la barbarie des autres plutôt que de se remettre en cause. Elle a même une capacité d’oubli phénoménale, qui lui permet de donner des leçons de paix à des pays qu’elle a elle même souvent plongé dans d’intolérables conflits. Comme si, au fil des siècles, elle n’avait pas tiré de leçons de sa propre histoire.
Tenez, prenez par exemple l’enrôlement des enfants dans les armées régulières. On vient de s’apercevoir que les Anglais et les Américains n’étaient pas très regardants sur les dates de naissance de leurs recrues combattantes. Eux qui sermonnent officiellement les Africains se permettent de redoutables entorses à la plus élémentaire des morales. Quinze soldats britanniques, âgés de moins de 18 ans, ont en effet été envoyés pour combattre en Irak depuis 2003, en dépit de la ratification par la Grande-Bretagne d'un protocole de l'ONU sur les enfants soldats, a admis dimanche le ministre de la Défense, Adam Ingram. Cet aveu est compris dans une réponse écrite à un parlementaire à ce sujet. Parmi ces soldats de 17 ans, quatre étaient… des filles.
"Aucun d'entre eux n'a été déployé après juillet 2005, a affirmé le ministre de la Défense. La majorité de ceux qui ont été déployés étaient à une semaine de leur dix-huitième anniversaire, ou ont été retirés du théâtre d'opération moins d'une semaine après leur arrivée. Moins de cinq jeunes âgés de dix-sept ans ont été déployés pour une période de plus de trois semaines", a-t-il précisé. Les mots ont des subtilités politiques qui font froid dans le dos : " théâtre d’opérations "… " déployés "… mais ils appartiennent bel et bien à ce monde de la guerre qui a toujours prévalu sur toutes les considérations morales. Nous voici rassurés !
MINEURS EXPEDIES DANS L’ENFER IRAKIEN
En général recrutés par la force, et arrachés à leurs familles par des groupes armés, les enfants soldats sont habituellement endoctrinés et utilisés par des groupes informels de rebelles à une autorité quelconque. On estime qu’il y en aurait dans le monde un peu plus de 300 000, dans des conflits touchant des pays comme le Sri Lanka, la Colombie, la République Démocratique du Congo, le Népal ou la Sierra Leone. Mais, à ce jour, on n’avait pas imaginé que des mineurs occidentaux puissent être expédiés, en toute connaissance de cause, dans l’enfer irakien, par les " donneurs de leçon ".
Dans 44 pays de la planète, certains gamins qui n'ont parfois pas plus de 8 ans, participent directement aux conflits. Ils sont soldats ou porteurs, contraints de travailler pour des adultes porteurs d’armes destructrices. Certains autres ont appris à tuer et à torturer. Si leur nombre global reste stable, ce qui devient le plus inquiétant c’est que les pays ayant recours aux services de ces gamins sont, eux, plus nombreux qu'il y a trois ans.
Chair à canon dans les conflits armés, les enfants-soldats sont aussi démineurs, espions, porteurs, esclaves sexuels, gardiens des exploitations de pétrole ou de diamants finançant les rébellions d'Afrique, selon la Coalition pour l'arrêt du recours aux enfants soldats, fondée en 1998 par six ONG dont Amnesty International, Human Rights Watch, Save The Children, Terre des Hommes, rejointes par plus de 500 organisations dans le monde entier.
Dans certains pays, en Afrique en particulier, des enfants, le plus souvent orphelins ou séparés de leur famille, sont enrôlés de force dans l'armée ou dans des bandes qui luttent contre les gouvernements au pouvoir. En Angola, par exemple, ils étaient ainsi 3000 à avoir reçu, dès l'âge de 10 ans, un uniforme, des bottes et une mitraillette. Placés en première ligne lors des attaques, mais souvent livrés à eux-mêmes lors des replis, ces garçons ont participé à plusieurs batailles, ont connu la faim et la peur, et se souviennent d'avoir tué des soldats ennemis pour se défendre. Ils n’auront jamais plus d’enfance ou d’adolescence.
LA PALME A LA BIRMANIE
Parmi les 41 pays qui les exploitent (contre 30 il y a trois ans) la palme revient à la… Birmanie: les enfants soldats y seraient quelque 50.000. S’ils sont aujourd'hui moins nombreux au Proche-Orient ou en Amérique latine, en raison de la réduction du nombre des conflits, ils seraient 120.000 dans les différentes guerres d'Afrique, et combattent aussi dans les rébellions des Philippines, de Papouasie-Nouvelle Guinée, et les conflits de Macédoine, ou de Colombie. Fréquemment drogués pour devenir insensibles à la peur et à la violence ils entrent dans le monde des adultes par la pire des portes, celle du crime, de l’assassinat en bandes organisées, du pillage, de la violence à l’état pur.
Parmi eux un tiers environ, soit 120 000, seraient enrôlés en Afrique (Soudan, Somalie, République centrafricaine, Ouganda, Rwanda, Burundi, République démocratique du Congo, République du Congo, Guinée, Sierra Léone, Liberia, Côte d’ivoire, Tchad, Angola). 20 à 30 000 se trouveraient dans la seule République Démocratique du Congo (soit près de 10 % des enfants soldats dans le monde).
Bien que l’Afrique soit le continent le plus touché, la participation des enfants au conflit armé est un problème à l’échelle mondiale, depuis le Myanmar en Asie où l’on en dénombre 70 000, jusqu’aux " Little Bees " de Colombie, recrutés dans les groupes paramilitaires et les milices privées, aux bombes humaines juvéniles de Palestine, en passant par l’Europe où des enfants ont été recrutés lors du conflit en ex-Yougoslavie. Nombreux, bon marché, malléables et facilement remplaçables, leur recrutement touche essentiellement des groupes vulnérables socialement (orphelins) ou économiquement, dans des périodes d’affrontements qui détruisent tout le tissu social organisé.
ENTRE LE STATUT DE VICTIMES ET DE CRIMINELS
Fin 2003, des programmes de démobilisation et de réintégration avaient été mis en place dans une dizaine de pays (en Colombie, au Congo, au Rwanda, au Sierra Léone, en Somalie, au Soudan, en Ouganda, au Burundi, au Liberia au Sri Lanka). Entre mai 2001 et janvier 2002, près de 6900 enfants soldats ont, en Sierra Léone, été démobilisés des forces rebelles et autres milices armées (48 000 combattants au total).
Mais la confusion autour du statut, à mi-chemin entre celui de victimes et de criminels, la question de leur responsabilité juridique autant que la question des opportunités économiques qui leur sont offertes après leur retour à la vie civile sont autant de difficultés à résoudre pour favoriser leur réintégration et empêcher un nouveau recrutement. La réintégration des enfants soldats est au cœur d’un complexe problème social, économique et militaire qui, pour réussir, doit s’articuler avec une construction de la paix sur le long terme, à laquelle personne ne travaille véritablement.
La Cour pénale internationale vient cependant de prendre en compte ce phénomène en jugeant Thomas Lubanga Dyilo, un chef de guerre congolais accusé d'avoir utilisé des enfants soldats. Arrêté en 2005 à Kinshasa, il pourrait devenir la première personne à être jugée par cette instance à La Haye pour ce motif. L'accusation affirme que le suspect est un chef de guerre, dont les miliciens ont obligé des enfants à se battre, après les avoir enlevés sur le chemin de l'école. Cette école qu’avait également quittée les jeunes Britanniques avant de s’enrôler dans l’armée, pourtant parfaitement légale, de leur pays. Ils sont partis vers l’Irak pour accomplir la mission pacificatrice que leur a confiée le gouvernement de Tony Blair.
Chaque jour ou presque, des enfants plus jeunes qu’eux, et qui ne sont pas du tout soldats meurent dans les attentats, ou dans des com, mais dans le feu et les flammes déchaînés par des adultes, inspirés par un dieu qui ne doit guère aimer la paix et les enfants… Ou alors, il est aveugle !