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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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JE NE REGRETTE RIEN

En attendant que Club-internet devienne un outil fiable (ils sont incapables de donner une date de retour à la normale pour les abonnés de ma strate) je vous propose en pleine campagne électorale pour les présidentielels ce texte écrit le 7 septembre...2005. Il vous permettra peut-être de comprendre les hésitations des citoyens à trouver dans cette campagne des présidentielles un motif de soutenir un(e) candidat (e). Je ne changerai pas un mot!

L'ANGOISSE DE LA REALITE DE TERRAIN

Vous ne savez sûrement pas à quoi rêve un maire, le soir, quand il se pose, quelques dizaines de minutes, chez lui, avant de repartir vers une réunion...Il pense très fort à ces heureux élus qui ne rencontrent jamais la réalité du quotidien. A ces membres de l’énarchie qui parlent de problèmes que des spécialistes leur résument dans une note ou un rapport mais dont ils ne touchent jamais la matérialité. Que ce doit être agréable de se réfugier dans l'air climatisé d'un bureau, protégé par ces gardes de l’esprit, ces membres du cabinet dont la seule obsession consiste à éviter que les remugles sociaux remontent jusqu’au chef !

Ah si ces " grands " pouvaient, l’espace d’une permanence librement et largement ouverte à toutes celles et tous ceux qui désirent s’y présenter, sans contraintes, sans rendez-vous, prendre la place de l’élu de la France d’en bas !

Je rêve qu’un mercredi matin une caméra cachée filme la télé réalité de ces rencontres directes entre la détresse de l’arrivant et l’impuissance de l’accueillant. Je rêve d’arriver dans un débat et de projeter cette vérité d’une population immergée dans l’angoisse du lendemain. En effet, en trois heures, les maux de la société vous éclaboussent le moral et vous ramènent sur terre.

Chaque mercredi matin je sors désemparé d’un bureau miteux et étriqué dans lequel se concentre le désespoir de jeunes et de moins jeunes. Ils viennent y chercher un brin d’espoir. Un peu comme les malades incurables espèrent un miracle en se rendant à Lourdes, prêtant des pouvoirs surnaturels à l’élu qu’ils viennent consulter. Epuisant. Démoralisant. Déstabilisant.

Un logement. Ce matin plus d’une demi-douzaine de personnes est venue quérir l’impossible rêve : un petit logement propre avec un jardin avec un loyer abordable… Autant espérer gagner direct au loto pour s’acheter un terrain au prix d’une maison pour y mettre une maison valant deux fois le prix du terrain.

Ils se succèdent tous, attirés par la rumeur d’un départ dans une résidence. " On m’a dit que Guylaine allait bientôt partir M. le Maire. Vous croyez que je pourrais l’avoir monsieur le Maire ? ". La pauvre, elle ne sait pas que déjà une bonne vingtaine de personnes s’est présentée, avant elle, pour me confier le même secret.

Que lui répondre ? Lui mentir honteusement en lui disant qu’elle a une chance ou simplement faire le mensonge minimum en lui laissant entrevoir qu’elle a une chance de passer le filtre du salaire garanti, des cautions obligatoires, des quotients familiaux déconnectés des revenus actuels et des pistonnés par un élu plus puissant…Les uns après les autres, ils entrent dans le bureau, avec le sentiment affolant que je trouverai une solution là où tout un gouvernement a échoué. La demande est tellement oppressante que désormais je vais à reculons vers la permanence du mercredi matin. J’ai une envie irrépressible de les expédier chez le Ministre que j’ai entendu annoncer des créations, par milliers de logements sociaux. Ses gardes d’esprit lui ont-ils dit que tous les maires relèvant le défi de la construction de logements sur leur commune sont traduits au tribunal administratif, poursuivis par la haine de concitoyens d’autant plus égoïstes qu’ils ont profité de l’urbanisation antérieure pour s’installer sans se préoccuper du voisinage.

Je rêve de voir de Villepin qui n’a jamais rencontré une électrice ou un électeur, Sarkhozy qui n’a eu à régler que le problème du logement à Neuilly se retrouver , chaque mercredi matin, face à ces femmes hébergées par la famille après un divorce douloureux, ces jeunes en intérim refoulés par tous les propriétaires ou tous les bailleurs, ces couples en formation qui rament pour ne pas se laisser entraîner par le courant de la vie, ces familles incapables de payer leur loyer ou leur dette sur … 30 ans, l’essence pour aller travailler, l’électricité, l’eau, les impôts locaux.

Aucun argument politique ne pèse par rapport à leur angoisse. Elle est prégnante mais sans remède possible.

Comment peuvent-ils alors croire à des promesses sur 3 ou 4 ans alors que leur avenir est déjà incertain à la fin du mois ?

Comment éviter qu’ils mettent dans le même sac l’élu de la France d’en bas et celui de là-haut qui clame et proclame mais qui ne vérifie jamais la réalité du terrain  hors du prisme déformant des ses conseillers ?

Comment croire que des baisses d’impôts relanceront la survie des services publics, augmenteront le nombre de logements à loyer modéré, feront disparaître les angoisses de la permanence du mercredi matin ?

Seuls, celles et ceux qui sont au chaud, à l’abri du besoin, assurés de la fin du mois, croient désormais en des promesses qui n’engagent que ceux qui les écoutent.

Mais je déblogue…

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