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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE MOT QUI FACHE

Je suis encore et toujours isolé : pas de raccordement possible avec Internet... et malgré tous les efforts des uns et des autres, l'impossibilité de me sortir de l'ornière, sauf des dépannages circonstanciels. Il semble que le bug soit sur le central téléphonqiue de Créon et que ma ligne ait besoin d'un examen particulier réalisable dans... 7 jours.

 

 

Je crois que, de tous les mots de la langue française, l’un de ceux que je respecte le plus c’est celui-ci : ouvrier. Je n’ai pas écrit que c’est celui que j’aime le plus, car il porte en lui trop d’injustice et de souffrance, mais, dans le fond, je crois que c’est ce qui fait sa grandeur.
« Personne qui travaille comme salarié à un métier manuel dans une usine, un atelier, une mine, une entreprise agricole » indique le Larousse en dix volumes que mes parents m’ont acheté avec fierté il y a maintenant quelques décennies. Pour une fois, je ne crois pas ce que je considère comme ma Bible, car il ne donne pas sa véritable dimension à un statut beaucoup plus diversifié, beaucoup plus valorisant et dont on oublie désormais toute l’importance. L’ouvrier, « espèce en voie de disparition », va donc devenir plus rare dans un monde où le faire savoir a supplanté le savoir faire.
Il fut pourtant une époque où aucun progrès ne fut possible sans la qualité de son travail, sans son esprit à la fois loyal et revendicatif, sans son sens du partage des tâches qui transforma le mot compagnon en camarade et sans sa volonté farouche de ne jamais livrer autre chose qu’un ouvrage parfait. Il fut même progressivement « classé », selon son talent, afin de permettre aux plus consciencieux d’entre eux de devenir des « contre maîtres » ou des « maîtres ». J’ai pourtant toujours préféré ceux qui choisissaient la voie de la promotion par la seule estime que leur procurait leur talent. Le respect qu’ils inspiraient constituait leur véritable grandeur. Ils entraient dans la mémoire du village ou dans celle des familles. L’un de mes arrières grands-pères, compagnon du Devoir tué à la Grande Guerre avait ainsi « légué » son chef d’œuvre de charpentier, dont sa veuve ne se serait séparée sous aucun prétexte. L’un de mes grands-pères fut ouvrier maçon, et ses mains gercées adoucies à la vaseline, attestaient de la rudesse de son travail. Tous deux ont à leur façon marqué ma vie.

 

 LA SOLIDARITE DE CLASSE
Durant près de deux siècles, regroupés dans une nouvelle classe sociale, ces ouvriers ont construit un monde meilleur dont ils n’ont  jamais véritablement perçu les « bénéfices ». Sans cesse obligés de se battre pour imposer la valeur de leur participation au développement industriel, ils ont, en plus,  payé le plus lourd tribu dans tous les conflits dévastateurs de la planète. Au moment de la révolution industrielle ils avaient lentement supplanté les paysans dont les seuls revenus venaient des productions que la nature et leur sueur leur accordaient. Peu à peu, là où l’ambition se résumait à l’autosuffisance alimentaire, le système social substitua le poids de l’argent. La lutte des classes naissait. Elle semble morte et enterrée au nom de l'efficacité politique ! Le capital est intouchable. Le profit salutaire. L'ouvrier transformé en technicien ou en employé.

Confinés, durant toute l’Histoire précédente dans l’isolement égoïste de l’artisanat, les ouvriers basculèrent, sous la pression de la misère et du machinisme triomphant, dans la solidarité de classe.
La terrible caste des industriels capitalistes anglais fit en effet émerger, à cause de sa dureté, de son âpreté au profit, de son indifférence, de son mépris, le sentiment d’appartenance à une entité humaine détentrice d’un pouvoir chez les hommes et les femmes qu’ils exploitaient au maximum.

L’insécurité de ces derniers était totale : aucune garantie de maintien de l’emploi d’un jour à l’autre, un salaire misérable sous prétexte qu’il ruinait l’entreprise, les horaires épouvantables. Elle est de retour, car les mêmes causes produisent les mêmes effets, sauf que la solidarité a disparu !


DEMAIN NE RESSEMBLE PAS A HIER

 
J’ai donc une admiration infinie pour ceux d’entre eux qui eurent le courage de se lever, de refuser de subir, de lutter au prix de leurs maigres avantages pour que demain ne ressemble pas à hier. Et pas seulement pour eux, mais aussi pour les autres. Ce n’est pas forcément sur les champs de batailles ou dans des circonstances exceptionnelles que se révèlent les meneurs, ceux qui font avancer réellement la société mais, plus prosaïquement, dans la grisaille du quotidien.

Ce qui était devenu, au fil des ans,  la fameuse classe ouvrière, n’a jamais autant manqué à ces hommes alliant la qualité de leur travail et l’exigence légitime de la voir reconnue. Elle s’est donc inexorablement délitée, éparpillée, parcellisée pour céder la place à un ventre mou social dont on sait qu’il n’a plus rien de commun avec celui des origines. Désormais, la classe ce n’est pas d’être… ouvrier mais technicien. Que pèsent socialement un « meilleur ouvrier de France «  ou un « Compagnon du Tour de France » ?
Si les ouvriers au travail étaient 7,65 millions en 1975, ils étaient encore 6,15 millions en 2002. Leur productivité est passée de 3,4 en 1985 à 6,2 en 2000 mais leur part de cette création de richesse n’a pas suivi la même courbe de croissance.

UN PROCESSUS D'IMPLOSION
 


Un processus d’implosion affecte depuis longtemps la classe ouvrière : disparité des activités et des statuts, dualité entre les ouvriers stabilisés (momentanément) et les ouvriers précarisés (CNE, CDI et maintenant CPE). Il faut déjà noter que le noyau historique des ouvriers d'industrie n'est plus majoritaire au sein de la classe ouvrière (2,2 millions en 2002 soit 35,6% des ouvriers ayant un emploi). Les emplois sont donc beaucoup plus nombreux dans le commerce, les services marchands et non marchands et les transports. Il n’y a plus, c’est une évidence, de condition ouvrière solidaire, comme il y a deux siècles, car il y a maintenant de multiples formes d'exploitation, sources éventuelles de multiples formes de rébellion. La « classe ouvrière » n’existe plus, et les « ouvriers dits qualifiés » avec les départs massifs en retraite vont accentuer rapidement cette tendance dans le paysage social français.

On parle donc désormais de la catégorie des employés, que les sociologues décrivent comme « un archipel à la dérive » de 6,9 millions de salariés en 2001, soit 29% de la population active (les ouvriers en représentant seulement 27%). Là encore, le multiplicité extrême des conditions de travail et d'emploi et  le développement important des temps partiel, concernant la plupart du temps les femmes, va atomiser la conscience collective.
Les classes moyennes indépendantes ont été détruites par le mouvement accru de « salarisation » de la population active. Constituées de cadres, de techniciens, fortement ancrés dans les activités de service public, ayant un haut niveau de scolarisation, elles représentent un tiers du salariat.'
Le mot « ouvrier » va donc disparaître du langage quotidien.  Il ny aura bientôt plus que ceux… de la dernière heure qui feront le régal du 13 heures de Jean Pierre Pernaut. Certains d’entre eux sont déjà présentés comme des « survivants » ou des « dinosaures ». Ils ne donnent pas une image toujours positive d’une filière pourtant porteuse de tant d’espoirs. D’ailleurs, essayez par exemple un peu d'expliquer à une famille que l’avenir de leur rejeton, c’est d’être un bon ouvrier chaudronnier ou un excellent tailleur de pierres, ou un chapentier qualifié!
Mais je déblogue… 

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N
Il n'y a pas que le mot ouvrier qui est en voie de disparition.Nous avons les mots "travail" qui tend à être remplacé par emploi, salaire par indemnités et je me demande ce qui va advenir des mots "amour propre", dignité, respect de soi et des autres etc...Et que dire du mot espoir ?
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