J’ai souvenir d’une réflexion de mon grand-père, ouvrier maçon " rouge ", qui ne cessait en une époque où j’étais loin de songer à mon engagement politique actuel que le Front Populaire, comme bien d’autres mouvements sociaux, avait été combattu par la " clique des 100 plus grosses fortunes de France ". Il les voyait partout. Jamais au premier plan mais toujours présentes en coulisses pour diriger, grâce à leur puissance financière, la politique gouvernementale. Il m’a maintes fois parlé du " mur de l’argent " tout aussi redoutable que celui de Berlin, une sorte de blindage infranchissable que la Gauche retrouve sur sa route quand il lui faut faire avancer le progrès pour le plus grand nombre au détriment du profit pour le plus petit nombre.
L’élection présidentielle qui se conclura dimanche a vu ressurgir ce rempart qui aura largement influencé le cours de la campagne. D’abord l’accompagnement forcené de Sarkozy, sur le plan financier (probablement que l’on atteindra des records absolus de dépenses pour un scrutin national) a rappelé le poids indiscutable des moyens matériels dans une telle période. Des dizaines de millions d’Euros ont été déversés dans les caisses sarkozistes pour multiplier les sondages " offerts ", les rassemblements " voyage payé ", les déplacements médiatisables, l’accompagnement tous frais payés par des cohortes de journalistes. La seconde couche a été mise par les bâtisseurs dirigés, habitude professionnelle oblige, par… Martin Bouygues.
Quels que soient les arguments avancés par Sarkozy, il a en effet largement puisé dans les caisses de résonance de ses copains. Ce n’est pas une impression partisane mais un constat objectif reposant sur des faits précis. Depuis la disparition de la presse d’opinion, la France ne garantit plus qu’une très faible équilibre de ses grands supports dits d’information. Enfin il faut bien constater que si la politique ne se fait plus à la corbeille de la Bourse, elle s’en inspire fortement quand on constate que hier la bourse a franchi le mur des 6000 points au CAC 40 !
L’histoire monétaire et financière que la France a connue dans l’entre-deux-guerres est donc en train de se répéter, mais, cette fois-ci, à l’échelle mondiale dans laquelle notre pays n’est qu’un " jardinet " pour petits joueurs : l’action des grandes banques internationales dresse un nouveau "mur de l’argent" auquel se heurte la volonté des politiques. Il est particulièrement intéressant d’analyser l’architecture, la construction et les dangers de ce mur par une évaluation précise de l’emprise de la finance globale sur l’économie réelle.
Depuis les années 1990, quelques dizaines de banques ont conquis le vrai pouvoir de régulation monétaire : ce sont elles désormais qui dictent effectivement l’évolution des taux d’intérêt, et non plus les Banques centrales. La revendication démocratique contestant l’indépendance des Banques centrales à l’égard du politique est donc déjà dépassée. Le pouvoir est ailleurs. Et cela est d’autant plus inquiétant que ce pouvoir semble incapable de nous éviter des catastrophes financières. Sarkozy porte haut et fort les principes de ces constructeurs de murs destinés à transformer la France en un coffre-fort inaccessible aux thèses anti-libérales. Le mur de l’argent est de retour.
LA DOUBLE MURAILLE
Arnaud Montebourg considère par exemple que le système médiatique français s’est "berlusconisé". Il avait comparé le lundi 17 février, l'évolution du paysage audiovisuel français à celle connue en Italie, où Silvio Berlusconi, le chef du principal parti de droite Forza Italia, e

st propriétaire de Mediaset, soit une large part des chaines de télévision privées. Il avait expliqué que la réorganisation de la campagne de Ségolène Royal était destinée à "percer le mur des médias". "C'est une manière de relancer la campagne, de réussir à percer le mur des médias, car aujourd'hui, nous ressentons cruellement que le système s'est concentré, et notamment en faveur des intérêts de la droite", a souligné le député de Saône-et-Loire.
Les socialistes auront été confrontés à un mur médiatique qui ressemble un peu, dans l'Histoire, au mur de l'argent dans les années 20 quand on sait que le groupe de BTP Bouygues contrôle 42,9% du Groupe TF1, soit TF1, LCI ou encore Eurosport, ainsi que 34,3% du capital de Métro France, qui édite un quotidien gratuit.
Le groupe Lagardère, présent dans l’armement et l’aéronautique, détient notamment Europe 1,
Le Journal du Dimanche, Paris Match, Elle, Corse Matin, La Provence, Nice-Matin et Var-Matin.Lagardère détient aussi 5,4% du
Monde et 25% du groupe Amaury (
Le Parisien/Aujourd'hui en France,
L’Équipe). Bayrou avait également dénoncé cette réalité qui fait que rares sont ceux qui, parmi les cent plus grandes fortunes françaises n’apportent pas un soutien actif à Sarkozy. Ils sont très nombreux à être officiellement ou clandestinement à son chevet. Chacun a apporté sa pierre au mur dressé face à un éventuel changement.
Jamais il n’a été aussi massif, épais, consolidé, infranchissable. Il est cependant réputé transparent alors que les gens sensés savent bien qu’il est tout aussi opaque qu’antérieurement. Les pouvoirs occultes existent plus que jamais et Montebourg a raison en affirmant que c’est une double voire triple enceinte qu’il faut désormais " percer " pour atteindre la pouvoir. Le premier tour a largement renforcé ce sentiment de citadelles imprenables puisque la barre des 5 % ayant été impossible à atteindre en raison d’un taux de participation exceptionnel les principaux partis en sortent exsangues et couverts de dettes. Pour affronter le mur de l’argent il est vain de croire que les mains nues suffisent.
UNE HISTOIRE DE BRIQUES
Le mur contre lequel se brisent bien des idéaux se compte aussi en " briques ". La moyenne de sa constitution se calcule en effet, pour certains, en millions d’Euros. Les bâtisseurs ne rechignent pas sur le montant des subsides qui leur sont destinés puisque leur rétribution pour les potes sarkozistes du CAC 40 s'établit à 2,2 millions d'€ pour l'année. Selon le quotidien " les Echos " daté de hier, le patron du leader mondial du luxe LVMH, Bernard Arnault, arrive en tête avec une rémunération de… 4,06 millions d'€ en 2006. Il est suivi par Henri de Castries, président du directoire de l'assureur Axa, qui a été rétribué à hauteur de… 3,76 millions d'euros. Le président du groupe pharmaceutique Sanofi-Aventis, Jean-François Dehecq, arrive, le pauvre seulement en troisième position des patrons du CAC 40 les mieux payés, avec 3,36 millions pour l'année 2006. Parmi les "moins bien payés", se trouve le PDG de Gaz de France Jean-François Cirelli, qui a reçu en 2006 0,43 million d'€ (une véritable misère), suivi du président du leader mondial des tubes en acier sans soudure Vallourec, Pierre Verluca (0,70 million), et du PDG d'EDF Pierre Gadonneix (0,81 million).
Le patron non-exécutif le mieux payé, enfin, est celui du groupe français de cosmétiques L'Oréal, Lindsay Owen-Jones, qui a totalisé 4 millions d'€ (dont 2 millions de stock-options), ajoute le journal. Si vous avez un regard un peu curieux sur cette liste vous constaterez que ce sont soit des intimes de Sarkozy, des membres de l’UMP ou des gens nommés par le gouvernement sortant. Ils savent bien lui rendre puisque la Bourse de Paris a franchi hier, au matin, le seuil symbolique des 6.000 points. La veille, Wall Street avait elle aussi atteint un record historique. Les actions des groupes de… médias profitaient de l'offre de Rupert Murdoch sur le groupe Dow Jones. Le CAC 40 prenait 0,69% à 6.001,17 points. L'indice parisien n'avait pas clôturé au-dessus de ce seuil depuis le 12 décembre 2000. Un moyen de souligner la bonne santé économique du monde du profit dans une période où l’on parle souvent, depuis le haut du mur de l’argent, blindé comme les parois d’un coffre-fort… de la valeur du travail !
D’ailleurs il n’y a aucune ambiguïté sur la vision qu’ils ont collectivement de cette valeur puisque pour son premier slogan affiché sur un clip télévisé consacré au sujet leur porte-parole n’a pas hésité dans la formule : " Le travail c’est la liberté ! " ce qui en allemand se traduit par " arbeit macht frei " la fameuse phrase qui rappelle de bien mauvais souvenirs à celles et ceux qui entrèrent à Auschwitz. Là-bas il n’y avait pas de murs mais des barbelés électrifiés !
Mais je déblogue…