C’est fini. Les derniers espoirs se sont envolés depuis plusieurs jours. Tous les voyants sont largement au vert et c’est sans surprise que le visage de Nicolas Sarkozy apparaîtra ce soir à 20 heures sur tous les écrans de télévision. Tous les calculs savants qui décomposaient l’électorat en pourcentage ont volé en éclats devant la dure réalité. Méthodiquement arrosé le jardin France a perdu son rose, au fil des mois, pour virer au bleu horizon. La réalité est incontestable : la droitisation a imprégné le tissu social via les apparences distillées en permanence par le système médiatique. Prétendre le contraire serait tout simplement jouer aux autruches apeurées. Notre pays est, dans les votes nationaux, ancré à droite alors qu’il se lâche dans la proximité en faisant confiance à la gauche pur gérer son quotidien. L’individualisme et plus encore le repli frileux sur soi pour des raisons souvent très ponctuelles ont construit le libéralisme. L’éducation, la prévention, la modération, la solidarité n’appartiennent plus au vocabulaire audible par les citoyennes et les citoyens. Ils ne veulent qu'entendre réussite personnelle, sécurité, répression, fortune qu’ils attendent de gens réputés aptes à mettre en œuvre une telle politique. La société d

u chacun pour soi est de moins en moins sensible aux idéaux généralistes : il lui faut du concret et de suite ! Pourtant chaque fois trompé par des promesses intenables dans le temps, il oublie vite sa déception pour croire en d’autres promesses assénées comme des certitudes. Il réfute la valeur de l’alternance et du changement car il ne croit pas dans son efficacité compte tenu de la trop faible différence entre les solutions des camps en présence.
En glissant leur bulletin Sarkozy dans une enveloppe bleue, les électrices et des électeurs refusent tout simplement la moindre ouverture sur les autres dans tous les domaines. Ils se retranchent chez eux votant pour celui que les gens ouverts jugent inquiétant alors que pour les " recroquevillés " il apparaît comme rassurant. Le vote Sarkozy c’est celui du triple verrou que l’on met à sa porte par peur de tout ce qui vient de l’extérieur, de tout ce qui déstabilise dans des certitudes livrées par la télé en prêt à penser, de ce qui peut vous obliger à vous remettre personnellement en cause. En profondeur les gens ne veulent pas remettre en cause leur credo : " tout ce qui va mal repose sur la faute des autres. Tous les efforts à effectuer sont imputables aux autres " Le vote Sarkozy confirme l’américanisation de la vie politique européenne. On assistera ce soir à la " bushisation " de la France des Droits de l’Homme avec quelques années de décalage sur les Etats Unis. Il n’y a pas l’épaisseur d’une feuille de papier à cigarette entre la vision sociale proposée par Sarkozy et celle que les Américains viennent de rejeter après le règne de Bush & Co. Mais par trouille d’un affrontement trop frontal, personne à gauche ne s’est hasardé à lancer un slogan du type " Bush- Sarko même idéal, même combat ! ". Bientôt il sera trop tard et l’avenir se nourrira de regrets.
QUAND LA MOBILISATION AURA FONDU
Le mur des lamentations va en effet être fréquenté dans les prochains mois. Quand la pluie de décisions antisociales va tomber, on constatera que le mal est encore plus profond que supposé car la mobilisation aura fondu comme neige au soleil. Des syndicats ayant eu peur de leur ombre, des partis de gauche laminés financièrement et humainement, une main mise absolue de l’UMP sur les rouages essentiels de l’Etat réputé " impartial ", des collectivités locales (régions, départements, grandes villes) dépenaillées par l’avalanche des transferts sans finances, des fractures possibles au moindre tremblement au sein même de la Gauche… vont faire entrer la France dans un processus similaire à celui des années 60 et 70. Seul un sursaut avec des législatives unitaires, ancrées à Gauche, bien cadrées et surtout présentées comme le troisième tour des présidentielles peut relancer une dynamique pour des municipales et des cantonales risquant bien d’être avancées dans un contexte aussi favorable à la reconquête par les partis de droite de certaines grandes villes.
Le vote Sarkozy n’a reposé une fois encore sur la peur. Là où la Gauche pensait que l’individu susciterait méfiance et répulsion il est apparu que son comportement agressif, ses propos outranciers assumés, sa propension à se victimiser lui a donné une image de solidité et de stabilité. Il suffisait de faire souligner médiatiquement les volte-face, la marche à tâtons, le parcours en zigzag de son adversaire pour renforcer à contrario sa constance. Lors du fameux face à face il ne lui fallait absolument pas réagir, parler du programme, accepter les attaques pour accentuer ce positionnement de chaperon rouge menacé par le loup déguisé en femme. En quelques jours le message est enfin passé dans le peuple. Les sondages sont venus le renforcer : la peur du lendemain ne serait conjurée qu’en rejoignant le flot montant. Si 55 % des Françaises et des Français font confiance à Sarkozy, je ne risque rien en entrant dans cette foule consentante… La vague supposée s’est donc nourrie par le mouvement qu’elle a initié devenant ainsi une réalité alors qu’elle n’était au départ que virtuelle.
LE COUP DE LA CHIENLIT
La France a d’autre part toujours été un pays marqué par un fond monarchique avec des respirations vite réfrénées vers la démocratie. Avec De Gaulle puis Mitterrand elle a ainsi seulement changé les apparences du Prince qui la gouvernait sans fondamentalement en modifier les orientations. Elle est revenue à cette tendance en préférant un Bonaparte supposé à poigne à une Passionaria déstabilisante. Notre pays a le culte du chef. En insistant entre les deux tours sur la nécessité de " liquider l'héritage de mai 68 une bonne fois pour toutes" Sarkozy a repris l’un des arguments qui avaient permis à De Gaulle de revenir aux affaires triomphalement. Il a en effet fortement sous entendu une phrase qui avait à l’époque fait mouche " la réforme oui, la chienlit non ! ". En revenant volontairement sur mai 68 il est allé chercher les voix de cette France profonde des gens les moins jeunes dans les petits villages qui considèrent toujours que la vie urbaine n’est porteuse que de mouvements inquiétants, de spasmes dévastateurs. Il a conforté cette peur qui suinte dans les pavillons dans lesquels la seule sortie passe par la zapette de la télé. Il a inséré dans l’esprit de cet électorat que Ségolène Royal pouvait être la continuation d’un désordre potentiel alors que, si l’on réfléchit, ce sont sûrement son comportement et son programme qui peuvent générer un autre mai 68… Celui qui a déclenché la chienlit dans les banlieues par ses propos devient le superman qui éradiquera définitivement celle vielle de 40 ans. Le coup a parfaitement fonctionné et lui a permis de se glisser dans le costume bien trop grand pour lui du Général De Gaulle. Ce n’est pas pour rien qu’il était allé se recueillir sur sa tombe un peu comme si Ravaillac était allé en pèlerinage sur le tombeau d’Henri IV après sa mort naturelle et l’avoir raté avec son couteau. Le truc a bien fonctionné et n’est pas le fait du hasard mais la résultante d’une campagne minutieusement orchestrée.
LE POIDS DES ELUS LOCAUX
En fait et je n’ai cessé de le répéter, le véritable vote politique sera celui des législatives. La manipulation médiatique venant du sommet sera beaucoup plus difficile à mettre en place. Le poids des élus locaux sera encore plus fort et les enjeux beaucoup plus concrets. On sait aussi que l’état de grâce n’appartient plus totalement au paysage français. En juin, bien évidemment aucune mesure phare n’aura été prise et les électrices et les électeurs auront retrouvé des figures bien connues au gouvernement puisqu’il serait étonnant que la garde rapprochée de Sarkozy ne se participe pas massivement à cette distribution des prix.
François Bayrou aura créé son parti démocrate avec une poignée de résistants démunis de mandats électifs pouvant être remis en cause par l’UMP. Il ne pèsera plus sur la campagne car, sur le terrain, ses représentants auront beaucoup de mal à démontrer que leurs actes (ni droite, ni gauche) ont été finalement en accord avec leurs déclarations. Ils ont tout à perdre dans ce prochain rendez-vous électoral car l’UMP ne va sûrement pas leur faire de cadeau.
En ayant accrédité l’idée d’une cogestion à l’allemande entre la droite et la gauche Bayrou proposera probablement que l’on installe la cohabitation entre un Président libéral et une majorité éventuelle centre gauche à l’assemblée… Sarkozy pourrait se retrouver en situation délicate s’il n’obtient pas en effet cette majorité absolue UMP pure et dure. On peut espérer qu’un certain nombre d’électrices et d’électeurs voudront tempérer le totalitarisme ambiant et reviendront sur terre… mais attention la dépression produit aussi parfois des effets anesthésiants détestables. Le PS tanguera et surtout se retrouvera avec amaigri puisque les fans qui s’étaient cru militants ont disparu depuis longtemps. Ne rêvez donc pas. Le combat sera donc disproportionné et ingrat car le virage à droite pourrait aussi s’accentuer et donner un résultat similaire à celui de… juin 68 avec 358 députés UDR. Un record !
Mais je déblogue…