La période des transferts bat son plein. On recherche déjà les " perles rares " qui permettront durant quelques mois d’allécher les supporteurs et de leur faire renouveler leur abonnement. Tous les " agents " ont attaqué, à quelques semaines des dernières rencontres du championnat les contacts utiles pour placer leurs meilleurs éléments. Vous avez celles et ceux qui sont en fin de contrat et qui tremblent à la simple idée de se retrouver au chômage. Ils font des offres de service plus ou moins discrètes et tout azimut en sachant que de toutes les façons ils n’ont rien à perdre puisqu’ils sont dédaignés par leur propre équipe actuelle. Ce sont les plus accros à une place de titulaire quelque part, histoire un jour, de pouvoir en découdre avec leurs anciens partenaires. On trouve aussi ces ténors qui ont un rang à tenir et qui ne se voient vraiment pas rester durant plusieurs saisons à jouer les utilités. Pour eux il faut absolument paraître pour exister et donc absolument entrer dans une formation quel qu’en soit le style de jeu. Ils ne veulent pas cirer le banc des remplaçants qu’ils estiment indigne de leur talent.
Enfin on voit assez facilement dans les allées du pouvoir, roder les stars de tous les rangs, conscients du rôle qu’elles ont joué dans la réussite de leur camp et qui s’estiment qu’une renégociation du contrat est nécessaire. Elles se mettent en avant en menaçant de quitter les lieux si on ne leur offre pas la légitime récompense de leur engagement constant.
Si comme vous avez côtoyé le monde du football professionnel vous savez que cette période est agitée par tous les complots. Il suffit de se faufiler, par exemple dans les salles des restaurants proches de terrains d’entraînement pour assister à ces palabres qui ne sont secrets que pour les gogos. En observant les tribunes officielles on y voit des personnalités discrètes qui servent d’intermédiaires ou qui se disent observateurs en repérages. Et souvent on découvre que ceux que l’on pensait fiables et fidèles ont signé depuis belle lurette leur transfert au mépris de la parole donnée. On s’en doute mais on n’ose pas briser l’apparente solidarité du groupe auquel ils appartiennent. Ne vous faites pas d’illusion, plus rien dans notre société n’est secret et tout s’achète ! La morale a cédé face au profit. Pas nécessairement sur le plan financier mais surtout sur celui de l’ego. Un joueur de haut niveau devient sourcilleux sur son image et parfois il diffuse lui-même des infos sur les multiples sollicitations dont il est l’objet alors qu’il crève d’envie qu’un seul contact existe. Ils affirment ne savoir où donner de la tête… alors qu’ils se la prennent car ils sont totalement oubliés.
Bien évidemment durant les jours qui viennent, toute ressemblance entre le monde du sport de haut niveau et celui de la politique, ne serait que pure coïncidence. Personne actuellement ne se comporterait ainsi dans la formation du gouvernement Sarkozy. Pas un homme du couloir gauche n’ambitionne d’être recruté à prix d’or ! Pas un seul centriste n’attend un coup de fil pour devenir " international " et voir son nom figurer dans la sélection ! Pas un seul soutien actif de " l’entraîneur sélectionneur " ayant effectué des déclarations dithyrambiques à son sujet ne guette le signe de reconnaissance qui lui irait droit au cœur. Quand en plus celui qui doit dresser la liste veut provisoirement du nouveau tous les espoirs sont permis.
RASSEMBLEMENT ET OUVERTURE PROVISOIRES
En fait Sarkozy ne souhaite pas renouveler l’erreur de son nouveau père en politique Jacques Chirac. Il fera le maximum pour ne pas être accusé (jusqu’aux législatives) de conservatisme. Elu avec un score pléthorique, le Président sortant avait manqué l’occasion de se donner provisoirement mais avec force une image de rassemblement et d’ouverture. Il avait une fois encore préféré une équipe de copains à une équipe de composition. Son nouvel ami de trois jours ne veut pas commettre le même impair donc il recrute comme un fou.
Les tractations sur la composition de son équipe première vont se poursuivre tout le week-end. François Fillon a été visiblement chargé d’acheter quelques noms références avec des contrats à durée limitée pour appâter la clientèle électorale durant les cinq semaines décisives pour obtenir définitivement les moyens de les virer ensuite sans soucis. Parmi ceux-ci on trouve les faux ailiers gauches "ralliés" du Parti socialiste.
Outre, Claude Allègre, Eric Besson, Hubert Védrine, les noms de Bernard Kouchner et Jean-Marie Bockel, Anne Lauvergeon ou Denis Olivennes circulent autour du future terrain de jeu. Même s’ils n’ont pas été sollicités ils veulent au moins faire savoir qu’ils l’ont été ! Le président élu compte sur ce vivier pour crédibiliser son ouverture à gauche. A l'UMP, on s'active donc pour étoffer cette " gauche " sarkozyste. On escompte que les hésitants finiront bien par préférer être dans l'action, du côté du pouvoir, plutôt que de végéter, dans une opposition déboussolée. Ces gens là savent depuis longtemps que leur tour allait venir et ils avaient tous donné des signes forts pour ne pas être oubliés dans la période des transferts. A titre d’exemple, lors d’une visite récente en Gironde Hubert Védrines en arrivant sur son lieu de conférence à immédiatement formulé un souhait : rencontrer le Préfet actuel qui est un ami de promotion d’ENA avant de s’enquérir si Alain Juppé serait présent. Pour le reste il n’avait pas d’exigences particulières… et surtout pas sur les Présidentielles.
L’ART D’UTILISER LES KLEENEX
Le problème c’est que ces braves gens bourrés de convictions ne se rendent pas compte que la politique n’est devenu que l’art d’utiliser les Kleenex. On utilise brièvement les gens, on les charge de tous les maux de la terre puis on les jette quand ils ne servent plus à rien. Que feront ces braves démocrates quand ils se trouveront au parlement face à une meute UMP pure et dure ? Pour les sélectionneurs de l'ouverture à gauche, tous les espoirs sont permis et ce n’est pas le merveilleux conseil national du PS qui va les empêcher de poursuivre leur recrutement. Et durant la campagne des élections législatives, le spectacle va continuer. Sarkozy en réhabilitant le populisme de droite que l’on a connu avant la dernière guerre va tenter de faire un " bougli-bougla " idéologique afin de dissoudre les clivages droite gauche. Il va tenter de marginaliser les gens qui dans chaque camp restent accrochés à des convictions pour installer le… Sarkozisme. Pour cela il va d’abord jouer à l’italienne en verrouillant au maximum le gouvernement. Alain Juppé obtiendra, sans aucune surprise, un poste de vice-premier ministre en charge du Développement durable et des questions européennes car il vise un événetuel dégagement par le haut vers l’Europe ! Le Quai d’Orsay, devrait échoir à Michèle Alliot-Marie qui a fait monter le prix de sa caution en revendiquant un contrat de meilleure qualité puisque c’était la place… de Fillon.
L’autre verrou du gouvernement sera Jean-Louis Borloo, qui aurait finalement obtenu que l’emploi soit rattaché à un grand ministère de la "Stratégie économique". Xavier Bertrand, lui, est en pôle position pour l’autre ministère de Bercy, celui des "Comptes publics" à moins, ce qui est plus probable il aille définitivement mettre sous le boisseau le Ministère de l’Intérieur ou l’on parle également d’Hervé Morin. Christian Blanc que j’ai connu chez le Rocardiens girondins il y a 20 ans est, lui, donné favori pour un grand ministère de l’Aménagement du territoire, des transports et de l’équipement. Le fils d’enseignants socialistes, Philippe Séguin, se retrouverait à l’Education (dommage qu’Allègre ne revienne pas car la Gauche aurait gagné des voix) à moins qu’il n’aille vers une mission plus sociale.
LES MUNICIPALES AVANCEES
Quand l’ossature de l’équipe aura été formée il suffira de trouver de bons récupérateurs et quelques jeunes prometteurs pour donner à cet électorat avide de renouvellement l’impression que tout changé. Tous les entraîneurs vous le diront : rien n’est plus difficile à gérer qu’une formation uniquement composée de vedettes. Les porteurs d’eau sont indispensables. Alors autant qu’ils soient réputés être de gauche pour faire le sale boulot ! Le PS durant le mois qui s’ouvre va passer son temps à une introspection pour tenter de déterminer comment il peut perdre et être heureux d’avoir perdu. Chacun va y aller de son accusation : toute tentative de critique sur la manière dont s’est déroulée la campagne des présidentielles sera stigmatisée.
En juillet Sarkozy s’étant réconcilié avec Jean louis Debré persuadera le Conseil constitutionnel d’accepter de revenir sur la date des municipales qui seraient alors positionnées durant un éventuel congrès d’un PS ressemblant de plus en plus à la Yougoslavie de Tito. Fin octobre, dans la foulée de la rentrée et de l’impact des législatives, on reviendra donc aux urnes pour achever la besogne. Personne ne sera prêt chez les Socialistes qui ne trouveront qu’un champ de ruines sur leur gauche et un magma informe sur leur droite pour avoir confondu l’UDF et le radeau de la Méduse. Les grandes villes malmenées par leur nouvelle population " bobo " se retrouveront vite remises dans le droit chemin. Il faudra ensuite attendre des décennies pour se remettre de cette razzia électorale que personne n’avait envisagé dans un paysage politique pourtant jouable il y a tout juste un an.
L’exemple de Lyon qui a trusté 6 titres de suites fait école en politique.
La gauche de terrain doit aller vite et frapper fort sans trop se soucier des dégâts causés par les combats des chefs qui sont eux certains de retrouver leur circonscription. Les autres ressemblent au cantonniers qui bouchent les trous sur la route avec une pelle et du gravier en sachant que leur colmatage ne durera que quelques semaines. Il faudra attendre… le passage de la goudronneuse retenue en d’autres lieux.
Mais je déblogue…