Il faut bien avouer que si l’on voulait un exemple frappant des dérives du monde économique, on prendrait EADS. Quasiment chaque semaine, depuis maintenant un an, on découvre un pan de la gestion apocalyptique de cette entreprise qui fut pourtant jugée parfaite durant une décennie. La perversion de l’auto gratification imméritée a été élevée en système exemplaire et les révélations se succèdent alors que, chaque fois que des journaux indépendants, ont tenté d’informer les citoyens, les démentis les plus formels étaient opposés. Un voile pudique était jeté sur les dérives de la sécurisation des copains. Mais comme toujours la vérité finit par rattraper les protagonistes d’une distribution les millions d’Euros comme on attribue des prébendes institutionnalisées. Le héros de cette saga des parachutes dits dorés n’est autre que Noël Forgeard. Un homme réputé remarquable durant longtemps par ses copains qui l’avaient placé dans un fauteuil exceptionnel. Il a pourtant profité en cascade de la mansuétude de ses promoteurs pour se gaver des avantages les plus scandaleux. Au nom du libéralisme triomphant il a cumulé les pactoles.
D’abord la vente d'actions Airbus à laquelle il avait procédé, 3 mois avant l'annonce des retards de l'avion géant, a été perçue comme légitimant une enquête. Noël Forgeard en a en effet retiré une plus-value colossale. Le 20 juin dernier, l'Association des petits porteurs actifs d'EADS a déposé plainte pour " délit d'initié " et " diffusion de fausses informations ". Réalisées 3 mois… avant la chute de son cours, ses plus-values sur les actions EADS se montent à 2,5 millions d'€. Ce montant a été rendu possible par la forte valorisation du titre EADS entre l'octroi des stock-options et leur exercice, laps de temps qui correspond à la forte croissance connue par Airbus. Avec le co-président d'EADS, d'autres membres du groupe sont visés dans cette affaire ainsi que les groupes Damler-Chrysler (actionnaire allemand d’EADS) géré par Arnaud Lagradère, copain de qui vous savez, qui ont chacun annoncé fin mars 2006 la cession de 7,5% du capital d'EADS (environ 2 milliards d'€).
Déjà échaudés par des plus-values scandaleuses récentes, les médias et les politiques ont dénoncé le système des stocks-options, ce qui, mêlé à une guerre interne franco-allemande, à la fermeture douloureuse de la SOGERMA et à l'affaire Clearstream qui a remué les sphères supérieures de l'État et dans laquelle un cadre d'EADS s'est compromis, précipite la chute de Noël Forgeard. La crise à la tête a débouché sur un débat public quant aux rémunérations élevées des grands patrons français et au système des stock options pour les dirigeants de grandes entreprises. Le conseil d'administration d'EADS octroiera à Noël Forgeard une… indemnité de licenciement de 8,4 millions d'€ et défraiera ainsi la chronique électorale du scrutin présidentiel.
LES PATRONS DES ENTREPRISES QUI REUSSISSENT
Une fois connu du public, le montant de cette indemnité de licenciement a en effet provoqué un scandale retentissant et de vives réactions et de tous les autres candidats à l'élection présidentielle de 2007. Nicolas Sarkozy dans une attitude paradoxale, expliqua qu'il fallait réserver les grandes rémunérations aux patrons des entreprises qui réussissent, critiquant ainsi EADS pour le montant des indemnités accordées et encourageant les rémunérations à la réussite, type stock-options, qui ont pourtant entraîné le licenciement de Forgeard.
Ségolène Royal, elle, estimera qu'Airbus est en faillite, commettant certainement une erreur d'appréciation sur la situation industrielle de l'entreprise (en crise mais bien en vie). Elle estima que cette "faillite" était imputable à l'ex co-président d'EADS (2006) et d'Airbus (1998-2005). François Hollande mettra violemment en cause le gouvernement de droite pour sa participation au conseil d'administration ayant accordé les indemnités négociées pourtant en 2000 par le gouvernement Jospin lors de la signature du contrat de ce brillant dirigeant grassement récompensé de son échec !.
Outre la volonté réformatrice sincère et bilatérale sur les rémunérations choquantes, à droite comme à gauche, on est aussi probablement heureux d'économiser un débat sur les problèmes de gouvernance d'EADS, chacun étant en cause (la gauche pour la mise en place du pacte d'actionnaire, la droite pour sa gestion depuis 5 ans). Il y a quelques heures la présidente du MEDEF n’a d’ailleurs pas dit autre chose en sommant EADS de balayer dans sa maison, au plus haut niveau, sous peine de discréditer totalement le patronat français. Laurence Parisot a appelé hier EADS à "mettre de l'ordre dans sa gouvernance", après les informations du magazine "Capital" selon lesquelles le directeur général délégué du groupe, Jean-Paul Gut, réclamerait de confortables indemnités de départ.
"J'étais vraiment fumasse en entendant cela. Je souhaiterais vraiment qu'EADS mette de l'ordre dans sa gouvernance", a lancé la patronne des patrons lors de sa conférence de presse mensuelle.
"Ou ce qui est dit, le chiffre dont on parle, est juste et justifié, et il est de la responsabilité d'EADS de communiquer et de s'expliquer en toute transparence. Ou ce qui est dit n'est pas vrai et relève de la rumeur malveillante, et il faut le faire savoir au plus vite. Ou alors, ce n'est pas justifié et dans ce cas, la direction doit prendre ses responsabilités", a-t-elle ajouté. Dont acte. On accusera la Gauche d’être sectaire et bornée mais quand Laurence Parisot lui donne raison ? Dommage qu’elle le dise après les élections !
LES ALLEMANDS TRAHISSENT
Le 19 avril 2007, le PS et l'UDF avaient officiellement demandé la démission du ministre de l'économie Thierry Breton qui, selon des informations publiées dans le magazine Challenges du 18 avril 2007 serait personnellement intervenu dans cette affaire dite du "parachute doré", notamment en appuyant la nécessité du versement de ces 8,4 millions d'euros prévus par le contrat de Forgeard, qui aurait sinon pu se retourner contre EADS, ayant été licencié sans faute. En avril 2007, Thierry Breton, s'était vigoureusement… défendu de toute intervention dans la négociation du montant des indemnités de départ de Noël Forgeard, démentant ces informations.
Hier, le coprésident allemand d'EADS, Thomas Ender a reconnu dans un entretien que le gouvernement français était bel et bien intervenu auprès des administrateurs d'EADS afin d'obtenir le versement des 8,5 millions d'€. Tiens donc c’est donc bien vrai que la politique a non seulement cautionné mais exigé que l’on récompense ce merveilleux ami de tous les grands noms de l’UMP. En une période où beaucoup de citoyens lucides s’étonnent des relations entre le futur Président de la République et le monde des affaires cet aveu allemand prend toute sa valeur symbolique.
"Le gouvernement français nous a d'une certaine façon tordu le bras". Le conseil d'administration a certes accepté que Noël Forgeard quitte le groupe avec les indemnités prévues dans son contrat de travail, "mais sous la pression du gouvernement français", ajoute-t-il. Les membres allemands du conseil d'administration ont indiqué dans une note au bas du document entérinant les indemnités que ces dernières avaient été établies telles quelles sur le souhait du gouvernement français, poursuit. En avril, le ministre français de l'Economie Thierry Breton s'était vigoureusement défendu de toute intervention dans la négociation du montant des indemnités de départ de Noël Forgeard. Quelle valeur faut-il donc accorder à cette dénégation depuis hier ? Aucune car c’est reparti de plus belle maintenant que l’installation de Nicolas Sarkozy est assurée.
ENCORE UN FAUX PARACHUTE DORE
En effet, Jean Paul Gut, directeur général délégué du groupe EADS aurait demandé un parachute doré de 12 millions d'€ pour son départ. Ce cadre supérieur est lui-aussi mis en examen par l'AMF pour délit d'initié suite à sa vente de stock options pour un montant de 1,15 millions d'€. Un comportement qui vaut bien une récompense.
Poussé vers la sortie par les co-actionnaires allemands d'EADS, Jean-Paul Gut réclamerait d'indemnités pour quitter sans bruit son poste, rapporte "Capital" sur son site Internet. Ce montant serait justifié juridiquement par son contrat et son ancienneté dans la maison, précise le magazine. Il est entré en 1983 chez Matra-Défense (Qui en est l’actionnaire principal ?)
Le directeur général délégué d'EADS devait initialement partir à la fin du mois de mars, mais son départ a traîné en longueur en raison du problème des indemnités, explique "Capital". Le magazine affirme qu'une solution a été imaginée afin de masquer son parachute en or et éviter un nouveau scandale, après celui des indemnités de départ de Noël Forgeard. Celle-ci prévoit que le fonds d'investissement de… l'Etat du Qatar, qui contrôle un peu plus de 6% du capital d'EADS, embauchera Jean-Paul Gut, en lui versant une prime de bienvenue d'au moins 12 millions d'€, ce qui permettrait à son indemnité de départ chez EADS d'être "tout à fait raisonnable". Il faut avouer que ces combines bien évidemment démenties par EADS dans cette période de gloire et de beauté politique va singulièrement remonter le moral des salariés qui rament pour aller jusqu’à la fin du mois.
Dans la campagne des législatives qui s’ouvre il faudra bien à un moment ou un autre qu’une voix s’élève pour demander des comptes sur ces faits avérés qui traduisent une formidable américanisation de la vie politique, de la vie économique et de la vie médiatique française. Tout ce joue en millions, si ce n’est en milliards, d’Euros qui passent d’un secteur à l’autre. Comme un symbole, hier soir, Alain Juppé a été entendu comme témoin dans l’affaire des chargés de mission de la ville de Paris… et du monopole qu’exerçait alors l’UMP sur l’ensemble des pouvoirs régaliens de la République se croyant à l’abri des ennuis et de l’opinion. Un rappel sur un passé lointain… dont plus personne ne voudrait entendre parler mais qui est désormais non seulement quotidien mais en croissance quant aux sommes en cause. Qui s’en soucie en mettant son bulletin dans l’urne ? Dès demain tout va changer : la morale va revenir sur la scène publique.
Mais je déblogue…