A de multiples reprises ces chroniques ont tenté de démonter le véritable système médiatico-politique de manipulation de l’opinion via des relais de plus en plus complaisants mis quotidiennement en place par un pouvoir aux multiples facettes. Impossible de lutter face à ce tsunami quotidien qui s’abat via les postes de télé, les ondes des radios et les unes des journaux sur un pays qui serait en extase. L’irrationnel a pris le dessus. Le premier ministre commente ainsi durant de longues minutes à la tribune d’un meeting politique le drame que vivent les employés de l’Elysée peu habitués à voir un Président de la République en short gravir les marches du sacro-saint perron. Les analyses fortes déferlent sur les week-ends familiaux du Président au fort de Brégançon. On repasse en boucle les images de maman et la tribu issue de 3 mariages différents comme une illustration du penchant présidentiel pour… la libération des mœurs née de mai 68 ! La religion catholique pourtant parfois invoquée comme référence sociale et dont les adeptes ont semble-t-il majoritairement voté au second tour pour celui qui l’incarnait le mieux par les valeurs travail, famille, patrie n’y retrouve pas ses principes. Peu importe. L’état de grâce prend ses racines dans des images symboliques mais jamais dans une réalité effective.
Pour accentuer cette sensation d’une nouveauté ébouriffante totalement déconnecté des véritables préoccupations des gens on gave le pays de sondages. Il adore savoir à l’avance comme il le fait chaque matin en regardant son horoscope ce qui va lui arriver sans qu’il ait à faire l’effort d’avoir à choisir. Quand il faut masquer ce qui fâche on le sait depuis des siècles, il faut offrir du rêve. Le Sarkozisme se résume à une mutation fondamentale de la vie sociale : on ne propose même plus de promesses électorales mais on distille du rêve électoral. Il s’étale chaque jour sous une forme nouvelle de telle manière que l’on puisse s’en approprier la part qui convient à chacun.
Même les empereurs romains l’avaient déjà compris en promettant du " pain et des jeux " à celles et ceux qui contestaient parfois leur pouvoir absolu. Une variation démocratique se met en place avec d’autres symboles : le Fouquet’s, le yacht, le jet privé, le soleil, la Résistance, les visites tous azimuts, un gouvernement style " ferme des célébrités ". Pas une minute de répit. La machine produit un ou plusieurs événements par jour conforté par une annonce plus ou moins incertaine mais présentée comme celle que fit l’archange Gabriel à Marie ! Autant de rêves inaccessibles que le Président procure aux autres par télé interposée. Plus les gens sont pauvres plus ils rêvent de vivre comme les riches et plus ils admirent ceux qui y arrivent ! Surtout dans une société du profit roi.
LA TECHNIQUE DE LA PSEUDO REVELATION
Il faut ensuite transformer en vérité cette impression permanente des esprits. L’astuce relève de la plus élémentaire des techniques de propagande : celle de la pseudo révélation. Les gens aiment en effet qu’on les conforte en permanence dans le fait qu’ils ne se trompent pas. Ils adorent la révélation que les idées qu’ils n’osent pas formuler sont celles du plus grand nombre. La bible politique ne contient plus les évangiles selon Marx, Engels ou Mao mais repose sur le sermon dominical du Journal du Dimanche (JDD pour les initiés) qui diffuse les sermons selon Saint IFOP, Saint CSA, Saint OpinionWay ou selon Saint . Tenez ce matin dans toutes les chapelles médiatiques on va vous prêcher la raison : comment peut-on encore être hostile à Sarkozy alors qu’il est adulé par une France en extase !
Voici comment d’ailleurs vous sera annoncé, mot à mot, la révélation : Nicolas Sarkozy enregistre une cote de popularité de 65%, selon un sondage Ifop réalisé pour "Le Journal du Dimanche". Seul le général de Gaulle a fait mieux lors de son arrivée à l'Elysée, il y a près de 50 ans ! Le nouveau chef de l'Etat, qui a pris ses fonctions le 16 mai, obtient une cote de satisfaction totale de 65% - 23% très satisfaits, 42% plutôt satisfaits - auprès des personnes interrogées dans cette enquête réalisée du 18 au 26 mai. En juillet-août 1958, après son retour au pouvoir, Charles de Gaulle avait obtenu 67%, et 61% en janvier 1966 après sa première élection au suffrage universel pour un second mandat.
Les autres présidents de la Ve République ont lors de leur arrivée à l'Elysée et dans l'ordre chronologique obtenu les cotes de popularité suivantes : Georges Pompidou 54%, Valéry Giscard d'Estaing 44%, François Mitterrand 54% (à la fois en 1981 et 1988), Jacques Chirac 59% en 1995 et 51% en 2002.
De son côté, François Fillon enregistre une cote de popularité de 62%, selon le même sondage. Seul Alain Juppé a fait mieux en tant que nouveau Premier ministre de la Ve République, en 1995. Le locataire de Matignon est, d'après cette enquête, nettement plus populaire au même stade que son prédécesseur, Dominique de Villepin, qui avait obtenu 44% d'approbation il y a deux ans.
UN PRESIDENT DEJA BEATIFIE
A titre de comparaison, le prédécesseur de ce dernier, Jean-Pierre Raffarin, avait eu un score de 60%, le socialiste Lionel Jospin, en 1997, 47% et Pierre Mauroy, premier chef de gouvernement du président François Mitterrand en 1981, 53%. Après cela comment voter autrement aux législatives pour un autre parti que celui de ce président " béatifié " par une opinion tellement dominante ? Quels sont les idiots, les benêts qui ne voient pas dans cet avènement un espoir pour le peuple ? Qui ne rêvera pas d’être dans l’église UMP pour être protégé des foudres divines ? La machine sarkoziste carbure au sondage et elle a l’immense avantage d’avoir les moyens financiers de les susciter, de les offrir et surtout ensuite de le relayer.
Dans le camp adverse on semble hypnotisé par ce déferlement et on annonce déjà la défaite. Empêtrés dans des querelles byzantines sur l’élection du " pape " les agnostiques du sarkozisme donnent un piètre image : ils accréditent dans tous leurs discours la thèse portée par les sondages. Ils admettent implicitement la défaite en parlant " d’opposition ", comme si la perspective d’une victoire les effrayait. Ils font le dos rond avec l’espoir qu’individuellement ils échapperont au ras de marée en se repliant au sommet de la tour de leur " château. ". Il est vrai que les bannières ont été rangées depuis longtemps et que de là-haut ils scrutent l’horizon pour espérer voir arriver des renforts encore hésitants sur la direction à prendre.
Les uns veulent négocier un accord à tout prix. Les autres souhaitent attendre un ralliement de fait. Plus que jamais un improbable plan d’urgence semble s’imposer pour tenter d’écorner le syndrome de la fatalité qui s’installe. ce matin Laurent Fabius a senti que la nature avait horreur du vide, même si hier Ségolène Royal a fait des offres pour en combler une partie, celle qui lui convient. Il est lui aussi passé par la JDD pour exprimer sa rage de voir le combat ne pas être menée alors que rien n’est véritablement perdu. A moins que la défaite programmée arrange celles et ceux qui veulent débarquer le plus vite possible le " général " actuel pour lui piquer sa place après une déroute.
DENONCER D’UNE MÊME VOIX LA PROPAGANDE
"
Je parcours la France pour soutenir de nombreux candidats socialistes, et je sillonne ma propre circonscription. Partout, je sens monter chez nos concitoyens, et d'abord chez ceux qui ont le cœur à gauche, de l'exaspération et même une certaine colère. A quinze jours du premier tour des législatives, ils nous demandent avec force deux choses : pas de divisions, mais de l'unité ; pas de défaitisme mais de la combativité. Une élection n'est pas perdue ou gagnée à l'avance. Le résultat est affaire de volonté et de pugnacité.
Les Français n'ont que faire des querelles internes du PS et des positionnem
ents. Ils veulent nos propositions pour l'emploi, l'école, la santé, le logement, les services publics, l'environnement, l'Europe sociale. Ils veulent que nous dénoncions d'une même voix la propagande gouvernementale, l'augmentation de la franchise sur les soins médicaux qui va priver les moins favorisés de l'accès aux soins ou encore le contrat de travail unique, sorte de CPE généralisé, qui risque un peu plus de précariser la vie.
Je suis d'un naturel courtois et mesuré. Mais là, compte tenu de l'urgence, c'est non seulement d'un appel à la raison mais d'un véritable coup de gueule qu'il s'agit. Je demande aux dirigeant(e)s socialistes combativité et unité.
Le PS appartient à tous ceux qui ont besoin d'une gauche forte pour faire progresser notre pays et pour défendre leurs droits. J'espère, enfin, être entendu. " La diatribe vient des tripes mais a peu de chance d’être entendue autrement comme le barrissement d’un éléphant que l’opinion veut absolument conduire vers le cimetière. Et pourtant il vaudrait mieux se rendre compte que la nouveauté ne s’impose qu’avec du temps et qu’en attendant pour expédier les affaires courantes les grognards peuvent encore tenir la baraque.
Ségolène Royal, qui a reconnu avoir entendu parler de démobilisation, n'a pas dit autre chose en affirmant que "les électeurs ne doivent pas rester chez eux . Il est important que Le mouvement de fond qui s'est lancé aux présidentielles, cette énergie, cet enthousiasme se transforment aux législatives", a-t-elle dit. "Quelque chose s'est déclenché qui ne doit pas s'arrêter", a-t-elle ajouté. Ségolène Royal a dit voir dans le scrutin législatif des 10 et 17 juin "un enjeu démocratique majeur pour que tous les pouvoirs ne soient pas dans les mêmes mains", allusion à une possible victoire écrasante de l'UMP prédite par les sondages. Allez, chiche, tout le monde sur le pont… car le désir d’avenir de bien des gens passe encore par le 10 et le 17 juin. Après il sera trop tard !
Mais je déblogue…