Pour sa 9e édition, le Festival Simenon, dirigé par le juge Didier Gallot, est l'occasion de célébrer le 75e anniversaire du personnage "Maigret" et accueille, du 16 au 24 juin, aux Sables d'Olonne (Vendée), les passionnés du célèbre commissaire. Ecrivains, cinéastes et autres artistes ou personnalités du monde de la justice se donnent rendez-vous chaque année depuis presque une décennie. L'ancien policier et comédien, Olivier Marchal, réalisateur du film "36 quai des Orfèvres", fait partie des invités de marque du Festival.
Ce festival, ouvert à tous, est l'occasion pour les passionnés de redécouvrir le célèbre commissaire Maigret, créé en 1932 par le belge George Simenon. Comme les années précédentes, cette édition sera animée au cours de la semaine par : des projections de films, des pièces de théâtre, des conférences, des manifestations populaires dans plusieurs quartiers de la ville, des expositions, des chorales et des concerts, et les traditionnelles "Causeries du palais". Elles traitent cette année du thème "Police d’hier, police d’aujourd’hui".
Le Festival Simenon se penche cette année sur le berceau de Jules Maigret. "Est-il né d’une inspiration fulgurante de Simenon sur le port de Delfzijl aux Pays-Bas, ou d’une composition appliquée au fil de ses rencontres?", s'interroge Louis Guedon, Maire des Sables d’Olonne. Depuis le "Bal anthropométrique", Maigret a fait du chemin. Héritier des Juve et autres Vidocq, personnages de policiers peu reluisants de la littérature, Maigret a su redorer le blason de l'enquêteur.
Longtemps considéré comme le représentant d’un genre sous-estimé, le roman policier, Maigret, surnommé "le raccommodeur de destinée", est aujourd’hui reconnu comme le personnage d’une œuvre littéraire immense. Le Vendéen François Bon, éternel admirateur de Simenon, dit de ce dernier : "On aimera toujours relire, pour ce sentiment de proximité et de grande présence sensible du réel, les romans de Simenon".
Sur l'affiche du Festival, Maigret est reconnaissable entre mille, grâce à ses signes particuliers : sa pipe et son chapeau. Les aventures du commissaire ont été transposées à l'écran, notamment avec "Le Chien jaune", par Jean Tarride, un an après la parution du roman par George Simenon, tandis que Jean Renoir adapte "La Nuit du carrefour" en 1932.
Je vous propose, épuisé par une campagne électorale de plusieurs mois cette rubrique écrite antérieurement sur ce personnage qui me fascine… Une chronqiue écrite il y a déjà plusieurs mois sans savoir que ce festival existait !
MAIGRET FLIC D'ANTAN
"Quand j’ai de temps en temps une lucarne dans mon emploi du temps du vendredi soir (événement rare) j’aime bien me retrouver devant un Maigret. Je fus un passionné de romans policiers mais il y fort longtemps que je n’ai pu l’assouvir à mon grand regret. La plongée dans un Simenon demeure un plaisir particulier pour ceux qui préfèrent l’authenticité à la violence. La délectation du lecteur naît du caractère méticuleux de la description du contexte qui finit par être la véritable vedette de l’histoire. L’intrigue ciselée force également l’admiration par son mécanisme reposant essentiellement sur des caractères forts ou fragiles. C’est dans le dosage de cette dualité que se niche le plus souvent la subtilité du talent de l’auteur. Le mystère ne constitue pas l’essentiel des affaires traitées puisque seule l’observation permet finalement de dénicher le coupable qui n’est justement jamais idéal.
La force de Jules Joseph Anthelme Maigret c’est qu’il sait, en tirant sur sa pipe, qu’un détail peut tuer ou a tué. Et, de ce coté là, son " père " cultive le sens du crime…tant il fignole les moindres événements ou les moindres personnages. La qualité d’un livre ou d’un film se situe dans l’infiniment petit car c’est autour de lui que se construisent tous les destins que croise le commissaire.
Simenon était pourtant un romancier d’une fécondité exceptionnelle : on lui doit 192 romans, 158 nouvelles, plusieurs œuvres autobiographiques et de nombreux articles et reportages publiés sous son nom, 176 autres romans, des dizaines de nouvelles, contes galants et articles parus sous… 27 pseudonymes divers, ce que l’on sait moins. Les tirages cumulés de ses livres atteignent 550 millions d’exemplaires. Georges Simenon est, selon l'Annuaire statistique de l'UNESCO de 1989, le dix-huitième auteur toutes nationalités confondues, le quatrième auteur de langue française, et l'auteur belge le plus traduit dans le monde. Paradoxalement cette notoriété chiffrée n’a jamais donné à son producteur une dimension et une considération de véritable écrivain… car son genre littéraire a toujours été jugée comme secondaire. Simenon n’est pas enseigné au collège ou au lycée malgré la qualité exceptionnelle des " tableaux " décrits et la finesse des descriptions en tous genres. Ses œuvres constituent un véritable reportage sur un milieu social, un lieu ordinaire, un métier commun. Les gens appartiennent à un monde familier qui finit par devenir angoissant ou injustement agréable . Simenon a de la sympathie pour eux et ils le lui rendent bien.
UN DECLIC QUI ENGAGEA SA CARRIERE
Maigret, enfant, connut un véritable drame qui le suivra dans chacune de ses enquêtes : la mort de sa mère dans des circonstances tragiques. Ce fut comme un déclencheur qui généra sa carrière. J’ai retrouvé cette situation en discutant longuement avec un vieux Créonnais qui me confiait qu’il avait voulu devenir médecin après que son père soit décédé sous ses yeux lors de la première sortie de la famille sur les bords du Bassin d’Arcachon. " J’ai toujours souhaité savoir les raisons pour lesquelles il était décédé et je ne pouvais le savoir qu’en devenant médecin ! ".
Cette histoire me revient en mémoire car Maigret à l’instar du docteur Graziana reçut, dés le décès de sa mère, le don d’assimiler, de digérer les événements plutôt que de les comprendre. Il a donc eu, lui aussi, l’expérience très vite que ce sont les hommes qui, par leurs actes et leurs comportements se laissent entraîner dans leurs destins et non le contraire. Le fil de la vie n’est autre chose que le fil de l’eau pour les personnages de Simenon.
Que l’homme soit un lâche, un courageux, un actif , un apathique, un riche, un pauvre, un têtu ou un faible ne change rien à l’affaire. " Je crois que c’est cela : j’avais l’obscur sentiment que trop de gens n’étaient pas à leurs places, qu’ils s’efforçaient de jouer un rôle qui n’était pas à leur taille et que par conséquent, la partie était perdue d’avance… " apprend-on dans les mémoires Du commissaire. Logiquement, le jeune Maigret aspirait… à devenir médecin et la mort de son père, après celle de sa mère, l’entraînera à entrer dans la police où il se comportera en définitive comme un accoucheur des esprits plutôt que comme un chirurgien des corps
ON LUI A CONSTRUIT UN PASSE, UN PRESENT, UN AVENIR
Le commissaire Maigret est un personnage, le seul personnage virtuel à qui on a justement construit, en étudiant soigneusement les 103 œuvres dans lequel il passe ou occupe la scène, un passé, un présent, un avenir, un environnement et même une âme et tout cela sans faille, dans une complexité et une limpidité extrême

s sur une période de quarante ans, sans presque jamais vieillir ! Simenon a réussi la prouesse de donner de la chair, des os, plus encore une intelligence et un esprit à un personnage qui est donc forcément devenu intemporel, omnipotent mais curieusement pas infaillible et même parfois en proie au doute.
Ce qui a fait son succès c’est que le policier " virtuel " devient au fur et à mesure que se développe l’œuvre de Simenon réellement vivant, avec une histoire familiale, une sensibilité, une morale, des passions interdites (alcool modérée mais assumée, tabac, bonne bouffe…) ou véritablement banales (sa femme…)
Il devient surtout géant par sa stature morale mais pas forcément physique ( pourtant il ne mesure qu’un mètre quatre vingt pour plus ou moins cent kilos). Son air paisible (il n’utilise que rarement la force) inspire l’inquiétude car il cache les méandres d’une logique, d’un mode de pensée qui ne le fait jamais arriver à la vérité par la ligne droite. Il prend le contre-pied de ce que l’on attend de lui. Il rompt un entretien alors que par ses questions précises il semble entrer dans le vif du sujet. Il se montre confiant alors que tout s’effondre autour de lui. Il ne s’agite qu’à ce qui semble être le contre temps de l’urgence. Maigret ne pense pas ouvertement : il mûrit lentement un jugement par petites touches, par instantanés, par déductions.
Plusieurs fois dans ses romans, Georges Simenon utilisera une superbe expression le caractérisant : Maigret est un " raccommodeur de destinées " car souvent il n’intervient que sur des déchirures, des vies brisées, des ruptures ou des haines fracassantes. En tissant lentement les liens entre un fait et des caractères il reconstitue des parcours souvent peu glorieux.
PAS FACILES A METTRE EN IMAGES
Georges Simenon a toujours tenté les cinéastes mais il faut bien avouer que les enquêtes de Maigret ne sont pas faciles à mettre en image car elles manquent singulièrement… d’action. Plus de cinquante films ont été tournés par le cinéma en France à partir de l’une de ses œuvres. Des dizaines d’autres ont été réalisées par d'autres industries cinématographiques et notamment la télévision à travers le monde. Les réussites sont assez rares, car entre la fidélité décevante et la trahison féconde, la ligne de partage est étroite, de nombreux réalisateurs s’y sont essayés avec plus ou moins de succès.
Finalement, le choix de l’interprète s’est toujours avéré primordial car c’est autour du commissaire que va se structurer le film. Sa personnalité, son humanité et sa présen

ce, doivent être aussi fortes que l’intrigue. Pierre Renoir, Harry Baur, Jean Gabin fut le trio le plus convaincant au fil des adaptations pour le grand écran. Incontestablement Bruno Cremer aura réussi à populariser ces dernières années après Jean Richard le " commissaire entomologiste ", sur les chaînes de télévision. Tous deux ont donné des images différentes du " camarade " de Simenon mais elles étaient crédibles car elle étaient constituées par un fort humanisme. Avec Maigret apparaissait en effet un type nouveau de roman policier, non plus axé sur le problème à résoudre, mais sur un criminel à comprendre, à prendre en charge et tous deux ont su intérioriser cette dimension d’une autre époque.
Hier on apprenait tout autre chose sur la police de notre époque. Toufik El-Amri a disparu à Nantes après être monté dans une voiture de police, le 22 novembre dernier. Trois policiers ont finalement reconnu l'avoir interpellé mais affirment l'avoir relâché peu après… Les avocats des familles des deux adolescents morts électrocutés à Clichy-sous-Bois le 27 octobre 2005, Zyed Benna et Bouna Traore, réclament la création d'une commission d'enquête parlementaire pour élucider l'attitude des pouvoirs publics après leur électrocution alors que l’on sait maintenant qu’ils étaient poursuivis par la police. Autres temps. Autres mœurs. Autres affaires. Autres conséquences. Autres mentalités. Autres réalités. Finie la fiction et le virtuel. On est loin, très loin, des oeuvres de Simenon.
Mais je déblogue…- " Il