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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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ECHEC AU ROI

Aujourd’hui Alain Juppé a rendu son verdict sur son avenir en politique. Je ne veux absolument pas tirer sur une ambulance d’autant que j’ai moi-même connu en 93 le même contexte : minoritaire à Créon et donc battu aux législatives malgré tous les efforts consentis pour cette élection. Je n'avais pas pour autant renoncé. Il y a certes bien peu de ressemblances entre les deux cas et ce serait vaniteux au possible de comparer les contextes. Pourtant il faut bien reconnaître que, dans la vie publique, il n’y a jamais de bout du chemin et que surtout il ne faut jamais se calquer sur le cas… Jospin. La jurisprudence voulant que tout échec doive être suivi, à un certain niveau, de la tentation de Venise ne constitue pas une vérité absolue. Les événements extérieurs pèsent sur toutes les élections sur un territoire apparemment réduit. Le nier c’est croire en une personnalisation excessive de la vie publique.
En fait l’échec de Juppé réside dans l’accumulation de très nombreuses erreurs successives et ne peut être le fruit d’une seule campagne électorale. En refusant d’examiner l’histoire comme base de l’explication du présent les analystes ne font que du factuel sensationnel dénué de tout réalisme. C’est pourtant très à la mode dans le monde des médias qui considèrent que les… articles trop longs ou les reportages trop pédagogiques désintéressent les destinataires du message. Il faut faire bref, synthétique, sommaire et… forcément non pédagogique. Dans de nombreuses chroniques de L’AUTRE QUOTIDIEN on pourrait retrouver une annonce de cette défaite d’autant plus aisée à prévoir qu’elle a été concédée à un femme d’une extraordinaire pugnacité.
D’abord il faudrait revenir à l’an 95 avec le parachutage d’Alain Juppé sur le port de la Lune bordelais. Tout le monde a effacé de sa mémoire la manière exacte dont Chaban à bout de forces a imposé son successeur en difficulté déjà à Paris. Meurtri par un véritable échec dans la capitale qu’il devait quitter en raison des suspicions multiples pesant sur sa gestion compliquée du RPR et de la Mairie de Paris il avait profondément choqué le milieu chabaniste en écartant quelques séides de celui qui avaient soutenu l’ancien premier ministre. La plus virulente, difficile à bâillonner fut Simone Nouailles dont on sait quel rôle précieux elle jouait sur certains quartiers bordelais et surtout ce qu’elle représentait en matière de contacts personnels. Bien d’autres prétendants au fauteuil laissé vacant par celui qui était beaucoup plus radical socialiste que Gaulliste se sont tus mais n’ont pas pour autant disparu de la circulation. Certains ont mis leur mouchoir sur leur déception pour continuer à exister ou ont avalé des couleuvres avec un appétit particulièrement généreux.
LES MILIEUX HISTORIQUES
Malgré les apparences, la greffe n’a jamais totalement prise et ce en dépit des qualités de Juppé ou de ses efforts pour moderniser une ville qui s’était endormie durant une bonne décennie. Dans les immeubles des Chartrons, dans ceux de Caudéran ou de Saint Augustin, bien que l’on ait continué à voter « politiquement correct » il reste un fond de méfiance vis à vis de celui qui n’a jamais su avoir le comportement consensuel, à la bordelaise, de Chaban. On aime le rond de jambe, la flatterie, les apparences trompeuses, la noblesse de style, les racines du terroir, la bonne franquette qui encanaille. On a horreur des donneurs de leçons, des arrogants, des sûrs d’eux, des psychorigides, des tueurs nés, des empêcheurs de tourner en rond dans les microcosmes discrets où se règlent les affaires. Il subsiste un fond anti-Juppé dans les milieux historiques. Bien évidemment il est très discret mais il existe. Il peut représenter globalement sur la ville environ 2 à 3 000 voix. Cette réalité subsiste dans certains cercles.
Ensuite, il est certain que tous les épisodes électoraux antérieurs avaient largement laissé planer un doute masqué par des commentaires bienveillants de la part d’une presse gênée aux entournures (d’ailleurs elle a été vertement rappelée à l’ordre lors de l’inauguration de Vinexpo). Les élections municipales partielles souhaitées par le maire de retour du Nouveau monde avaient été bien mal estimées. Elles portaient déjà en germe l’échec du 17 juin.
La perte d’un siège à la mairie et celle d’un autre siège à la CUB, malgré les cocoricos de « victoire significative » reflétaient déjà un divorce latent entre la ville et son enfant prodige. Il avait été masqué par une faible participation puisque bien des électrices et des électeurs indécis n’avaient pas cru bon dans un contexte spécial d’aller manifester leur opposition. Néanmoins on pouvait prévoir qu’une faible brise contraire pouvait tout faire basculer. Un score se mesure toujours en écart de voix mais pas nécessairement en pourcentages car la jauge est aléatoire.
GAGNANT… PERDANT
« Retour gagnant » a-t-on pu lire et entendre dans les médias. La progression de Juppé de plus de 6 points par rapport à 2001 masquait le fait que l’UMP perdait à la fois… 118 voix, un élu municipal et un élu communautaire dans cette partielle. La progression de la liste PS-PCF était un élément significatif. En progressant de plus de 5 points et de 1 600 voix alors que l’on compte 4 000 suffrages en moins, on peut penser que la dynamique de rassemblement de la gauche autour de cette liste avait fonctionné. Par ailleurs, les Verts, qui perdaient 173 voix, n’ont absolument pas bénéficié de l’absence de listes « concurrentes » comme c’était le cas en 2001 où les liste de MM. Diallo et Teisseire avaient recueilli respectivement 2 180 et 2 200 voix.
L’extrême gauche s’effondrait avec un score pour la LCR inférieur de 313 voix avec 1 118 voix, alors que là aussi l’absence de liste LO (1 178 voix en 2001) aurait pu profiter à la liste menée par M. Bichindaritz. Le Front national progresse légèrement et principalement sur le 7ème canton (La Bastide) où toute sa campagne fut centrée sur le rejet de construction d’une mosquée. La liste de gauche a donc réussi à mobiliser un électorat. Sur les 1 600 voix gagnées, 1 000 proviennent des 1er (Bacalan-Les Aubiers), 5ème (St-Michel) et 6ème (Belcier-Carle Vernet) cantons. Ce progrès à gauche posait la question de l’avancée significative de la bipolarisation de la vie politique et d’une prime au rassemblement à gauche dont a bénéficié la liste conduite par Jacques Respaud.
Le peu de temps pour développer des thèmes avait néanmoins vu surgir dans le paysage bordelais ceux du logement et de l’emploi de même que la question des services publics et de l’accueil de la petite enfance. Le clivage gauche/droite s’affirmait en germe sur la ville avec un progrès sensible des listes affirmant cette identité de gauche. L’ère Chaban du consensus plus ou moins mou suite au Yalta de partage de la CUB était effacé.
Assurément, M. Juppé ne pouvait pas arguer, comme il l’avait fait, d’un « carton plein » et d’une « victoire totale ». La défection des Bordelais pour cette partielle précipitée, le contexte national, ont accentué cette fois le vote à gauche quand de moins en moins d’électeurs ont accordé leur confiance à la droite dans le département. Les séquelles du vote anti Sarkozy se sont également reportées sur celui qui avait accepté de le soutenir en étant numéro 2 d’un gouvernement très anti chiraquien. On ne pardonne pas facilement à Bordeaux !
DEJA UNE OPPORTUNITE MANQUEE
Peu d’analystes avaient souligné que si Alain Rousset avait accepté de partir lors des législatives partielles antérieures ayant « poussé » Hugues Martin de justesse à l’Assemblée nationale, il n’y aurait même pas eu… de combat cette fois-ci ? Juppé lui-même confiait, à certains responsables politiques du PS, qu’il n’avait pas compris comment le Président du Conseil régional avait pu renoncer à cette opportunité. Le travail de fourmi effectué par Michèle Delaunay prolongé de quelques mois allait en fait accentuer ces deux tendances. Elle avait le résultat antérieur comme socle, un résultat extrêmement positif obtenu par Ségolène Royal et une « boboïsation » croissante de la 2° circonscription dont les logements neufs sont… peuplés de fonctionnaires désireux de se rapprocher de leur lieu de travail. La révolution souterraine était en marche depuis maintenant 3 ou 4 ans !
Le territoire qui fut enkysté autour du commerce, des métiers de bouche, de l’artisanat, des ouvriers du port et surtout de retraités dociles a connu une lente mais inévitable mutation. On se contente pourtant dans 4 articles similaires publiés le même jour dans Sud-Ouest du 20 juin d’insister sur « l’idiotie d’un électorat qui n’aurait pas encore compris qu’il avait fait battre le meilleur d’entre tous ». Ce n’est véritablement pas bon pour Alain Juppé… car il accrédite l’image de quelqu’un qui n’admet pas la défaite. Cette avalanche véritablement exceptionnelle (plus de 600 lignes de texte à sa gloire) doublée de photos de liesse après une défaite avait quelque chose d’offensant pour les lectrices et els électeurs n’ayant pas voté pour celui dont on vante les mérites à longueur de page. Mais en revanche pas une analyse fouillée des causes de son échec et surtout de son avenir.
Qui a rappelé que la mise  en garde de Fillon n’était destinée qu’au seul Juppé puisqu’il aurait fallu ne tsunami de gauche pour que tous les autres ministres candidats perdent leur fauteuil de député ? Elle n’est lancée que quand les candidatures sont déposées et que l’on sait à l’Elysée que Juppé, avec une petite poussette vers le précipice, disparaîtra de la scène politique nationale. Il est trop tard pour lui. Il part au combat en multipliant els sondages qui sont tous défavorables… Cherchez à qui profite le « crime » et vous aurez une idée plus exacte de la machination mise en place. Le clan Chirac qui pouvait espérer survivre est décapité. Un ennemi de plus disparaît !
Mais je déblogue…
 
Aujourd'hui au cours de l'émission présentée par le funeste Patrick Sabatié sur France Bleu national entre 13 h et 14 h , ce ne fut qu'une honteuse propagande en faveur d'Alain Juppé... Les journalistes ou présentateurs de télé présents (je ne veux même pas citer leur nom) sur Bordeaux (aux frais du contibuable) pour la Fête du Fleuve ont encensés leur hôte dont le départ aurait été catastrophique pour la ville. Une honte pour une radio... financée par des fonds publics! C'est tout juste s'ils n'ont pas demandé un nouveau vote aux législatives pour... réparer cette erreur du suffrage universel qui l'avait éliminé du paysage politqiue nationale. Un vrai scandale!
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E
@ Vinz<br /> Rousset va devoir abandonner un de ses mandats, c'est la loi. Sinon, son élection aux législatives sera annulée ! Il me semble qu'il a jusqu'au 17 juillet pour se décider. Lui, paraît-il, voulait garder la présidence de la région et abandonner la CUB. Certains "stratèges" du PS pensent qu'il vaut mieux garder la CUB en vu des municipales à Bordeaux... Pauvre Rousset, que de tiraillements... ;-))))))
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V
Juppé de retour au Canada, c'est une très bonne nouvelle... Mais j'avoue ne pas bien comprendre pourquoi un premier ministre demande expressément des cumulards dans son gouvernement. Si il n'est pas député, il aurait eu plus de temps à consacrer à son ministère, non ? C'est surement pour montrer qu'il n'y a pas de 'loser' dans ce gouvernement. C'est un avant goût de l'esprit qui va animer ces dirigeants durant les 5 prochaines années...<br /> A propos de cumulard, Rousset me parait pas mal non plus: président du Conseil Régional, président de la CUB, élu de la ville de Pessac (?), député... je vois pas bien comment c'est possible d'exercer tous ces mandats. Et pour l'avoir vu s'exprimer durant la soirée électorale, cela n'a pas l'air de le géner outre mesure. Il a peut-être des ambitions nationales au PS maintenant. Décidément, les vieilles manières de faire de la politique ne sont décidément pas réservées aux ministres ump !
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E
@ Jp<br /> Pas du tout sûr que la TVA et les 35h changent quelque chose dans cette élection de Bordeaux. Si j'en crois l'analyse de JMD, qui est quand même plus expert que toi sur la "chose", il semble que la défaite de Juppé ait des racines plus profondes...<br /> Le traitement de l'information politique par le journal Sud-Ouest montre de réelles incompétences. La direction de ce journal devrait en être inquiète ! Ont-ils demandé l'avis à Sarkozy pour le recrutement des journalistes politiques ? ;-)
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J
S'il avait été questions de toutes les casseroles de l'Union pour la Magouille Populiste, l'assemblée serait rose bonbon... mais voilà ma tante reste bien ma tante et les choses sont à peu près à leur place parfois!...<br /> je crains moi qu'avec ce que je vois et entends, des jours sombres soient en gestation pour le bon peuple qui a envoyé Naboléon à l'Assemblée. Même si je lui reconnaîs d'être excellent en communication et incantation à l'heure actuelle...<br /> attendons la suite...
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Cependant si avant le deuxième tour, il avait été question dans les médias non seulement de la TVA sociale mais aussi du point de vue de Ségolène Royal sur les 35h et sur le smic à 1500 euros, possiblement Alain Juppé serait élu! Le PS a du travail à faire!
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