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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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UNE TETE BIEN PLEINE

Le problème de la vie politique, difficilement admis par les puristes, c’est que l’on est tôt ou tard contraint, durablement ou passagèrement, à se raccrocher aux prises d’une position publique d’un leader ou un autre. Il faut avouer que désormais ce ne sont plus les mots qui comptent, les pensées, les propositions mais plus simplement les images portées par l’un ou l’autre. On n’adhère plus à un parti pour y défendre des principes mais une " vedette " dont on espère qu’elle parviendra au bout d’une sorte de sélection par sondages interposés. Cette évolution n’est pas récente mais elle s’est accéléré sous l’ère Mitterrand. Le fait d’avoir parcouru durant maintenant près de 4 décennies les chemins de la politique, je suis bien obligé de constater que le système empire. Désormais on assiste même à une " iconisation " des femmes et des hommes censés porter des valeurs plus que des dogmes. Peu importe ce que vous portez comme idées, on est prêt à vous idolâtrer en vous pardonnant les revirements les plus spectaculaires ou les imprécisions les plus folles. La notoriété constitue le socle de la récolte des soutiens. Une victoire permanente de la forme sur le fond.
Depuis 1974 au sein du parti socialiste la mutation aura été spectaculaire. Elle aura reposé sur l’opposition de deux visions diamétralement opposée de la gestion politique : celle de François Mitterrand et celle de Michel Rocard. A partir du moment où la vision du premier l’a emporté sur l’autre, le virage a été pris et si le PS en est rendu où il en est rendu c’est la continuité désordonnée de ce match. Ayant été un acteur de terrain de cet affrontement de deux véritables philosophies et étant devenu en quelque sorte un " éléphant " retiré sur un carré restreint de la brousse j’ai pris l’annonce de l’AVC qui a touché Rocard avec une émotion particulière.
J’assume en effet totalement avoir été très proche intellectuellement de cet homme qui, pour moi, a respiré durant longtemps l’intelligence. Je n’ai absolument pas honte de m’être rallié non pas à une personnalité mais surtout à des préceptes me paraissant en parfaitement en adéquation avec ma conception de la société. Depuis maintenant 5 ans, j’ai définitivement pris mes distances avec celles et ceux qui continuent de suivre un Michel Rocard filant vers des positions social libérales incompatibles avec ce que je crois des nécessités du monde. Il n’y a jamais eu pourtant d’amertume, de mea culpa, de flagellation publique ou de sentiment de défaite. Je n’avais rejoint Rocard que par estime profonde pour Mendés-France qui reste pour moi, quelles que soient les circonstances, la référence. Il n’y a jamais eu de culte de la personnalité et j’ai souffert, comme je souffre actuellement, de cette accusation permanente voulant que celles et ceux qui s’accrochèrent aux propositions rocardiennes auraient été des groupies inconscients. Combien ils peuvent avoir tort…car aucun de ces " accusateurs " ne peut mesurer l’intensité réelle des débats internes qui animèrent de 1976 à 1998 environ un " courant " qui n’admettait jamais la vérité délivrée par le haut.
LES CONVICTIONS D’ABORD
Entré en 1947, année de ma naissance, à l'IEP de Paris, Michel Rocard adhère en 1949 aux Jeunesses socialistes avant de devenir responsable des étudiants socialistes. Il entre à l’ENA en 1955 alors que se déclare la guerre d’Algérie et rejoint les militants en rupture avec Guy Mollet à propos sur ce sujet. J’ai toujours aimé celles et ceux qui savent à un moment où à un autre compromettre leur avenir serein au nom de leurs convictions. Je ne l’ai jamais oublié et maintes fois j’ai refusé de cautionner ce qui me paraissait " incautionnable ". En 1977 déjà localement, en 89 lors des échéances locales ou en 95 quand il s’est agi de poursuivre ce qui avait été engagée avec un état d’esprit extrêmement proche des fameux Groupes d’Action Municipale (GAM) et en 2004 lors des régionales. Chaque fois j’ai tenté de rester fidèle à ce que j’avais appris d’abord au PSU comme " intermittent " puis parmi les rocardiens rejoints en 1976.
Le slogan de François Mitterrand, " rendre le pouvoir aux citoyens ", était constitutif du renouveau du Parti socialiste et de la gauche dans les années 1970. Il établissait le lien entre les utopies mobilisatrices de l’après-68 et la reconstruction du Parti qui avait vocation à amener la gauche au pouvoir. Un des meilleurs exemples de cette volonté d’expertise citoyenne portée par la gauche fut alors la création des groupes d’action municipale, les GAM, dans les années 1960. Le premier GAM de France était né à Grenoble et avait été à l’origine d’une politique municipale innovante, qui montra la voie à la décentralisation réalisée plus tard par Pierre Mauroy.
" Je suis devenu maire de Grenoble parce que ma femme devait se lever tôt pour chercher l’eau", se plaisait à résumer, Hubert Dubedout, le maire de Grenoble. Dans la capitale des Alpes, les services publics étaient si défaillants que l’eau ne montait pas dans les étages ! Les militants associatifs qui se mobilisèrent sur cette action établirent bien vite un lien entre ce problème et l’inefficacité municipale, et donc la problématique de la gestion d’une ville.
LA BELLE PERIODE DU MONDE DES IDEES
En 1963 le GAM de Grenoble était né, rassemblant des personnes venues de La Vie nouvelle, Peuple et Culture, Économie et Humanisme, la CFDT et les Unions de quartier. Deux ans plus tard, dans un contexte difficile, alors que la ville devait faire face à l’organisation des Jeux olympiques, le GAM remportait l’élection municipale et portait Hubert Dubedout à la mairie. Il avait triomphé des appareils classiques en raison de l’inadéquation de la réponse aux questions d’urbanisme, de développement et de démocratie locale qui se posaient aux citoyens. Ces questions étaient prépondérantes à la suite de la croissance économique et des modifications sociales profondes des trente glorieuses. Nous avions gagné en 77 !
Rocard ne fut jamais loin de cette conception de la gestion municipale qui n’a jamais cessé de m’habiter. Nous y avons ajouté avec mon prédécesseur une volonté farouche de citoyenneté concrète. C’est en cela que lors d’un voyage ministériel sur Créon en 1984 que j’avais personnellement préparé, en réponse à une présentation de " notre " système communal de vie municipale axée à plus de80 % sur les relais associatifs Michel Rocard eut ce mot qui restera dans ma mémoire : " Roger -NDLR : Roger Caumont était le Maire- tu as utilisé le mot d’autogestion, je t’en laisse la responsabilité car tu sais que c’est dangereux ! ". Plus tard quand il devient Premier Ministre il invita personnellement celui qui l’avait reçu à monter un soir à Matignon et à participer à un dîner destiné à témoigner du fait qu’il avait conservé une estime particulière pour celui qui avait osé devant… celles et ceux qui nous combattaient dire tout haut, ce que lui ne pouvait même plus susurrer tout bas ! Durant une bonne dizaine d’années j’ai " payé " la note politique de cet événement car en Gironde le Rocardisme se portait avec une étoile jaune. Jamais je ne me suis privé de critiquer vertement ce qui ne me convenait pas. Jamais je ne me suis départi du sentiment sincère que mieux vaut être minoritaire que laudateur exagéré. Je suis d’ailleurs très gêné quand, un tant soit peu, on vante mes mérites personnels. C’est une survivance de ces années passées à justement tenter de me détacher du principe voulant que toute critique adressé à Mitterrand était vécue comme un crime de lèse-majesté. Le climat, soigneusement entretenu, par les médias, est bizarrement identique : malheur à celui qui ose s’interroger sur les raisons d’un échec présidentiel. Il mérite l’exclusion. Elle m’a par exemple touché en… 1976 où je fus " dissous " avec toute la section de Créon pour " rocardisme " outrancier et en 82 où l’on a tenté de m’exclure pour avoir, professionnellement, effectué une analyse prévisionnelle des municipales sur la CUB qui… a été vérifiée un an plus tard.
LE TERRIBLE CONGRES DE METZ
La fin des années 70 a marqué l’avènement du rocardisme, un courant au sein du PS qui affichait une tendance décentralisatrice depuis le seul congrès qui fut autre chose que des accords ou des désaccords de personnes, celui de Nantes en 77 congrès de Nantes, puis ouvertement hostile aux nationalisations intégrales (à 100%) préparées par les mitterrandistes lors du déplorable Congrès de Metz en 1979. Michel Rocard, dont la cote a toujours été élevée dans les sondages, devint ainsi une figure incontournable du paysage politique français et nos ennuis commencèrent.
En s’opposant aux " nationalisations à outrance " et en acceptant l’économie de marché, le " rocardisme " se retrouvait à l’opposé des positions défendues par le Parti communiste dans les négociations du Programme commun. S’y opposer en section devint vite suspect. On monta des opérations d’adhérents fantômes. On accentua la pression sur les élus suspects. On s’arrangea pour " tuer " dans une opération politicienne Roger Caumont aux cantonales. Prétendre que l’histoire ne se renouvelle pas serait simplement croire à un miracle de Lourdes. Elle est en passe de s’amplifier comme quand un barrage qui cède après de longues années d’accumulation de rancœurs non dites. Elle va déferler sur l’ensemble du pays socialiste. Chaque fois que la tactique prend le pas sur le fond on en arrive à des implosions incontrôlables.
Michel Rocard avait le grand mérite de proposer, sans cesse proposer, sans cesse rechercher des innovations politiques.
Quand il est nommé Premier ministre il fait signer les accords de Matignon entérinant les droits de la Nouvelle Calédonie à l’autodétermination et mettant fin aux violences sur l’île. Cette action, souvent qualifiée de miraculeuse pour la pacification de la Nouvelle-Calédonie est, selon lui, " ce qu’il a fait de mieux en matière de gouvernement " mais c’est aussi l’action pour laquelle il a subi les pires attaques (" haute trahison de la République , " digne de la cour martiale "). Il a instauré également le Revenu Minimum d’Insertion il y a 19 ans qui constitue l’un des rares projets de loi… votés à l'Assemblée sans une seule voix d’opposition. Il fait également adopter par l’assemblée (19 novembre 1990) la loi sur la CSG, nouveau prélèvement sur tous les revenus pour faire baisser le déficit de la sécurité sociale. La CSG est toujours en vigueur en 2007 et augmente régulièrement depuis sa création.
Quand il devient Premier secrétaire du Parti socialiste en 93 après la déroute socialiste aux élections législatives il remanie profondément les institutions dirigeantes du Parti, donnant notamment son autonomie au Mouvement des jeunes socialistes.
Opéré d'une hémorragie cérébrale hier à Calcutta, Michel Rocard pourrait être rapatrié en fin de semaine prochaine. "Il est sorti de l'intervention (chirurgicale) en ayant parfaitement conscience. Il veut manger, il veut partir, tout va très bien", a déclaré Sylvie Rocard sa dernière femme. Si en plus il se remet à avoir des idées neuves différentes de celles qu’il a évoquées ces derniers temps, on ne sera pas loin du miracle qui il faut bien le reconnaître n’a vraiment pas eu lieu pour le " Ché " de Belfort.
Mais je déblogue…
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Référendum  <br /> Il fallait voter NON !  <br />  <br /> <br /> http://www.echofrance115.blogspot.com/  <br />  <br />
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M
Merci pour ce très bel article sur Rocard.....C'est un beau moment de l'histoire des socialistes.....Comme vous j'ai fait partie de ce courant depuis 1974, et je me consifère toujours rocardien aujourd'hui....Le social libéralisme n'étant à mon sens qu'une évolution naturelle du Rocardisme, même i beaucoup de militants rocardiens refusent de l'admettre et si Michel Rocard lui-même n'a pas approuvé la création d'IES.....où j'avais espéré l'entraîner......<br /> J'ai un peu de mal en revanche à comprendre comment un "ancien" rocardien( mais cesse-t-on jamais d'être rocardien?....) peut défendre les positions que vous  défendez.....Il faudra reparler de tout cela ...En tous cas , avec vous je souhaite qu'il nous revienne en pleine forme intellectuelle et physique et qu'il continue à animer la vie politique française et européenne... 
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E
"Si en plus il se remet à avoir des idées neuves différentes de celles qu’il a évoquées ces derniers temps, on ne sera pas loin du miracle qui il faut bien le reconnaître n’a vraiment pas eu lieu pour le " Ché " de Belfort."
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R
"Michel Rocard avait le grand mérite de proposer, sans cesse proposer, sans cesse rechercher des innovations politiques." C'est un "Gracque" bien! ;-)
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