Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

ATTENTION CHUTE DE ROCKS !

 

 

Après quelques semaines d’adaptation au régime monastique de l’Ecole normale d’Instituteurs de la Gironde en 1963 les différences de sensibilité apparurent au sein de la promotion à laquelle j’appartenais. Originaires pour la très grande majorité de collèges ruraux et de milieux modestes, nous ne possédions pas, à 16 ans, la culture suffisante pour que les clivages pussent être politiques. Et pourtant, ils le devinrent. Mais pas à partir de la lecture du Capital de Marx ou du Petit Livre rouge de Mao. Les premières fissures qui générèrent des débats parfois enflammés vinrent de la… musique. Très vite, il y eut en effet des groupes constitués autour de tel style ou de tel artiste. Bien évidemment, on s’aperçut, au fil de la vie collective, qu’ils recouvraient d’autres réalités, un peu comme les choix de la pipe ou de la cigarette, de la Gauloise, de la Gitane ou de la Lucky Strike !
Nous avons très vite compris que les adeptes de Brassens, de Jean Ferrat ou de Leny Escudéro auraient du mal à cohabiter avec ceux, peu nombreux, de Richard Anthony ou de Claude François. La vague du Yéyé ne fut jamais un tsunami au Parc Bourran. Elle ne submergea jamais les adeptes des " Trompettes de la Renommée ", de " la femme d’Hector " ou du " Gorille "… et ne mit réellement jamais en péril leur prédominance. Nul n’osa jamais prendre la défense de Sheila, bien qu’elle se fasse l’apôtre de la " fin de l’école ". En revanche, les querelles les plus vives se situèrent très rapidement dans le clan des rockers. Une caste à part qui possédait une connaissance parfaite de tous les arcanes de ce milieu en fin de vie.
LA QUERELLE FATALE
Un nouvel arrivant aux allures peu orthodoxes pour les normes en vigueur au sein de l’Ecole normale se chargea d’entretenir durant un laps de temps très court la polémique. Il s’appelait Serge Coulaud, et il est devenu  l’un des plus éminents spécialistes  actuels des disques en vinyle… anciens sur Bordeaux ! Il arborait le jour de la rentrée une coupe de cheveux plus proche de celle d’Elvis Presley que de celle exigée pour un futur Hussard noir de la République. Il détonnait et il étonna. Quand il nous annonça qu’il avait pris comme nom de scène Vince Rilway, et que nous devions l'appeler ainsi, nous fûmes un certain nombre à lui prédire quelques déboires avec l’orthodoxie laïque. Il dut d'abord aller en consultation rapide chez un coiffeur pour retoucher cette chevelure angoissante pour un surveillant général peu rock and roll ! L’effet ne fut pas suffisant, et ses ennuis ne firent que commencer.
Autour de lui se constitua pourtant le groupe des " puristes " refusant toute compromission avec les " corrompus " qui mettaient un zeste de yéyé dans leurs rythmes. Pour les premiers, agressifs et intransigeants, il n’y avait que Bill Haley, Buddy Holly, Jerry Lee Lewis, Eddie Cochran, Chuck Berry et surtout Elvis Presley… qui méritaient le qualificatif de rockers. Un certain Dick Rivers et ses Chats sauvages éclipsaient, pour eux, sans contestation possible, Eddy Mitchell et ses Chaussettes noires ! Danièla ", " Tu parles trop ", " Be bop a lula ", " Dactylo rock " " Petite Sheila " étaient considérés comme des ersatz " rock’and rollesques " par les gardiens du temple. On ne se mélangeait pas.
Vince Rilway, le plus convaincu d’entre eux, ne résista pas à laisser " gonfler " sa banane pour que, lors des maigres sorties que nous avions, il puisse avoir l’allure adéquate sur scène. Le métier d’instituteur ne paraissait pas entrer dans son plan de carrière réel, d’autant que ses parents avaient des moyens financiers nettement supérieurs à ceux de la moyenne de la promotion. Son engagement pour la cause d’Elvis, un tempérament de meneur, causèrent plusieurs incidents successifs qui n’avaient rien de diplomatiques dans un contexte proche de celui d’un monastère trappiste. Son sort fut rapidement scellé.
Il ne termina même pas la première année d’E.N. Son sens personnel de la discipline s’accommoda mal de sa vocation pédagogique. La rupture était inévitable. Il nous fit donc ses adieux en mai 64, et quitta les lieux sans véritablement avoir convaincu de sa vocation pour l’enseignement. En revanche, il avait semé la zizanie dans le camp des rock and rollers ! Mais il fut probablement le premier normalien tombé au champ d'honneur du Rock !
LA DISPARITION D’UN STYLE
Le camp d’Elvis Presley s’en trouva affaibli, d’autant que l’idole donnait quelques signes de faiblesse.  En effet, lorsque l'idole d'Outre Atlantique rentra au pays en 1960, après son service militaire en Allemagne, le monde musical avait bien changé ! Buddy Holly, Richie Valens et Eddie Cochran étaient décédés (les deux premiers dans  un accident d’avion, Eddie dans un accident de taxi), Little Richard était… entré dans les ordres, Chuck Berry avait été emprisonné pour détournement de mineures, Jerry Lee Lewis était banni des ondes pour avoir épousé sa cousine germaine âgée seulement de 13 ans ; et le dernier, Gene Vincent (le co-auteur et interprète du célèbre "Be Bop A Lula"), avait été contraint de s’exiler en Angleterre, car les conservateurs avaient tout fait pour qu’on ne parle plus jamais du Rock’n’Roll, cette musique de "mauvais garçons". Bref, le Rock fut mis en berne, et le restera jusqu’à l’arrivée, quelques années plus tard, des Beatles et des Rolling Stones… qui en 1963 firent des entrées fracassantes au sein de la Promotion 124 !
Ce qui suivit était inévitable, à partir du moment où Elvis prenait cette voie : dès la première partie des années 60 les Beatles, les Rolling Stones, Bob Dylan et bien d’autres se partageaient les premières places du classement des ventes de disques et finirent par faire éclater le clan des puristes qui se détourna alors définitivement de sa référence initiale. Il trouva dans la reprise de "Blue Suede Shoes", "Hound Dog" et "Heartbreak Hotel" par Jimi Hendrix ; "Mystery Train", "Love Me Tender" et "Heartbreak Hotel" par les Doors (la plupart de ces reprises circulant non pas sur des disques officiels mais sur des pirates) vont consoler quelques-uns d’entre eux. Pas encore entré dans un clan ou un autre je me retrouvais davantage autour d’Eddy Mitchell pour ma tendance rythme et vers Jean Ferrat pour ma tendance paroles… Les rebelles furent dans le camp du "Gorille" ou de "Nuit et brouillard", plus jamais dans celui de "Love me tender" !
Je garde en mémoire une soirée de fin juin 65 sur le perron du château de Bourran, où la chorale de l’E.N. dirigée par un jeune professeur de musique éclectique, Gérard Azen, qui finira sa carrière comme Inspecteur général, interprétant " Potemkine ". Tout un symbole du fossé qui s’était brutalement créé en quelques années entre les cultures originelles des uns et des autres, grâce au passage dans le creuset formateur de la laïcité. Le rock avait lentement été réduit à la portion congrue… Il n’y avait plus de fans et surtout plus de croyances.
UN VERITABLE CULTE
Ce qui est inimaginable, c’est pourtant que quarante ans plus tard, Elvis soit demeuré ancré dans l’actualité alors que tous ses compagnons de route ont lentement été recouverts par la poussière des souvenirs de leurs vies plus ou moins dorées. Mercredi, des milliers de fans (rassurez vous il n’y avait ni Nicolas, ni Cécila parmi eux) ont bravé une chaleur écrasante de 40,5 degrés, affluant du monde entier pour se joindre à une procession commémorative à la veille du trentième anniversaire de la mort du King. La chaleur a même causé le décès d'une fan, une femme de 67 ans.
Malgré la perspective d'une autre journée caniculaire, certains fans avaient commencé à prendre position pour la veillée aux chandelles dès le matin, plantant des ombrelles et plaçant des chaises pliantes sur le trottoir, le long du Boulevard Elvis Presley qui compte quatre voies. La veillée de commémoration s'est poursuivie toute la nuit.
Les fans ont défilé en procession, comme à Lourdes, le même jour, tenant des bougies à la main, devant la tombe de la star, dans un petit jardin derrière son ancienne demeure, Graceland. De nombreuses personnes apportaient des fleurs, des animaux empaillés et des petits cadeaux à déposer sur la tombe. Cette idolâtrie a de quoi inquiéter, et même parfois révolter, tant elle est exagérée. Le besoin de se raccrocher à un symbole devient tellement fort qu’Elvis reste pour beaucoup, selon la célèbre formule, plus grand mort que vivant.
Cette veillée aura été le point culminant, le moment le plus populaire et solennel de toute une semaine de concerts, danses, projections de films et autres festivités organisées à Graceland pour les 30 ans de la mort de celui qui fut pourtant considéré comme un paria, au faîte de sa gloire. L'artiste de légende, salué dans le monde entier comme le King, mort le 16 août 1977 à l'âge de 42 ans, d'une maladie cardiaque aggravée par la consommation de drogue, avait en effet des ennemis forcenés. Il n’a jamais constitué un exemple de l’Amérique parfaite, telle que la voulaient les Républicains. On reçut pourtant à Menphis plus de 75 000 personnes au cours de cette semaine de festivités.
Trente ans après sa mort, Elvis continue de rapporter, chaque année, plus 40 millions de dollars à ses héritiers. Ce succès commercial fait de lui la deuxième personnalité décédée la plus rentable… en 2006, derrière le chanteur de Nirvana, Kurt Cobain, selon le magazine Forbes.
Extraordinaire paradoxe de la culture américaine qui transforme en profit, sans scrupules, tout ce qu’elle a parfois haï ! Mais n’empêche que malgré tout, pour ma part, malgré ces outrances, je ne brûlerai pas ce que j’ai adoré. Le rock restera le mouvement révolutionnaire de ma jeunesse. Même Raffarin vous le dira ! C'est dire.
Mais je déblogue… 
Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
N
Bonjour <br /> Oui ..c'est bien lui ...Chaque samedi il y avait inspection des coiffures ,avant de partir..<br /> Je lui pardonne ..il y avait des consignes à l'époque et j'étais <br /> "adolescent" donc un peu en révolte ..<br /> Mais un premier Mai il fallait le faire ...Il n'a pas été présent lui-même ......<br />                       J'en ris encore .<br />  Il a fait depuis beaucoup de chemin, notamment dans le nouveaux médias.<br />    Pardonné. C'est une anecdote, mais authentique.<br />                         N.C<br />  
Répondre
M
Marcel desvergnes ? le notre ... ? Je glousse. je savais qu'il avait été surveillant à l'Ecole Normale par les histoires racontées par françoise, serge et papa ... mais de là à ce qu'il colle un élève pour une coiffure... et en plus un premier Mai ...
Répondre
N
Nostalgique retour sur une période , qui nous a tous marqués en effet.<br />     Il y avait déjà un semblant de "conflit "de génération .<br />  J'ai été   " collé "deux heures , par un certain Marcel Desvergnes,un dimanche 1er Mai  !!!!    pour ne pas avoir été chez le coiffeur...Inoubliable..<br />                  N.C
Répondre