Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

IN VINO VERITAS

In vino véritas…La vérité sera, pour combien de temps encore, à Bordeaux, dans le vin. Faute de lire l’avenir dans le marc de café, les économistes girondins le prédiraient dans le marc des vins de fermentation ou de pressage. Le cru 2005 aurait ainsi l’horrible privilège d’être abondant, de très grande qualité, et plus encore, fort prometteur pour son avenir. Autant de qualités qui inquiètent le " marché " car il aurait préféré une " mauvaise " année permettant de résorber les excédents dont regorge une majorité de chais. Chacun sait que les pénuries favorisent la hausse, alors que l’abondance n’a  jamais amélioré les affaires.

Le vin, seule production sur laquelle la FNSEA n’impose pas sa loi, en raison de la gestion historique des syndicats réputés indépendants, et d’un conseil pluridisciplinaire (le CIVB) où les acheteurs côtoient les producteurs, ne va pas globalement pour le mieux. Les viticulteurs les plus fragiles titubent face aux aléas d’un marché mondial de plus en plus concurrentiel. Mais quand on parle de " viticulteurs ", il faudrait se mettre d’accord sur une définition économique et sociale de cette noble profession. En effet, dans les domaines de la production de vins plus ou moins célèbres, il y a des catégories très diverses dont on fait semblant de croire qu’elles recouvrent des réalités communes.

Par exemple, peut-on considérer que des assurances, des mutuelles, des grands brasseurs, des armateurs, des chirurgiens, des avocats, des entrepreneurs… sont réellement des " exploitants agricoles ", ou même de véritables viticulteurs ? Ils amortissent les éventuelles crises dans une globalité de leurs affaires dans laquelle le " vin " correspond parfois seulement à une garantie patrimoniale, une " danseuse ", ou à un " supplément potentiel de revenus ". Dans le contexte actuel ils pourront, quoiqu’il advienne, tenir dans la tourmente. Comme, en plus très souvent, ils possèdent les clés de la commercialisation de leur produit " haut de gamme ", ces exploitants regardent les difficultés des autres avec condescendance. La crise ne touche pas leur petite entreprise !

Que dire de ceux qui ont largement déployé leur fortune, accumulée durant la période dorée, sur tous les continents producteurs, afin de se constituer des " para…chutes des cours " ? Ils se sont constitués un " catalogue " large, polyvalent, déclinant les divers tarifs, la gamme mondiale de Mondovino, et les autorisant à ne pas craindre les fluctuations des goûts de la clientèle. Sont-ils encore des " viticulteurs " ou des " multinationales du vin ", du style de celles qui pratiquent, par succursales interposées, la délocalisation ?

Il faudrait donc restituer au monde " agricole " sa spécificité originelle, celle reposant sur une adéquation réelle entre les revenus et la production. Les vrais viticulteurs souffrent, puisqu’ils ne peuvent ni compenser l’effondrement de leurs ressources par d’autres profits, ni pallier la faiblesse des cours français par une montée de leurs ventes de productions extérieures. Les prochains mois risquent donc d’être dramatiques pour ceux d’entre eux qui ont porté depuis des années leurs efforts sur le " produit ", et pas nécessairement sur le " commerce ".

En faisant trop confiance au négoce pour assurer communication, diffusion et recherche des débouchés, ils se sont livrés, pieds et poings liés, à cette loi du marché ayant tué des pans entiers de l’économie dans d’autres secteurs spécialisés. Dans l’Entre Deux Mers, la Caisse de recouvrement des créances du Crédit Agricole aurait en instance le sort d’une centaine d’exploitations à bout de souffle financièrement… Et les prévisions de la " banque verte " ne virent pas au rose ! Paradoxalement, le Crédit agricole se retrouve avec deux types de clientèle parmi ses sociétaires attitrés : ceux qui placent des revenus et n’empruntent plus, et ceux qui ne peuvent plus faire face à leurs échéances et réclament des exonérations ou des prêts sans fond !

Ce soir, lors d’un débat lénifiant, ou les langues de bois n’ont pas fait sept tours dans toutes les bouches politiques, j’ai eu le tort d’affirmer que les rapports entre la politique et l’économie avaient besoin d’être clarifiés, soulevant illico des déclarations de vierges effarouchées de la part de ceux qui sont prêts à jurer que jamais au grand jamais ils accepteraient une subvention des pouvoirs publics. " Laissez nous entreprendre. Votre argent nous n’en avons pas besoin " a clamé, outragé, un maire entrepreneur qui, quelques minutes auparavant avait décrit son parcours méritant, idyllique, exceptionnel, dû uniquement à… son talent personnel consistant à vendre à la grande distribution. " Les subventions du Conseil régional en faveur des entreprises sont inutiles et doivent être supprimées "  a renchéri une Conseillère régionale dopée par le parterre néo-libéral ! La salle l’a d’ailleurs applaudie comme si, jamais au grand jamais, ses supporters d’un soir n’avaient eu recours aux politiques pour les soutenir dans leurs demandes diverses…

Ils n’attendent rien des élus, foi de libéral sincère, a part que ces élus leur laissent faire le maximum de profit tant qu’ils peuvent en faire, qu’ils les laissent virer qui ils veulent, quand ils veulent et qu’ils viennent à leur rescousse quand la conjoncture est moins favorable.

Je propose donc immédiatement d’appliquer ces mesures, présentées comme un fondement de la libre entreprise, au monde viticole : suppression des aides de toutes sortes (primes à l’arrachage ou à la distillation payées avec mes impôts par exemple), sous le prétexte que " les canards boiteux " doivent disparaître.

J’attends maintenant avec impatience des déclarations médiatisées de ces élus de terrain affirmant que plus un € d’argent public ne doit aller en soutien au monde des entreprises ou à celui de l’agriculture. Chiche qu’ils vont écrire à Crin Blanc dans ce sens !

Pour avoir osé dire qu’il faudrait un jour poser clairement le lien qu’il doit y avoir entre l’économie et la politique, j’ai déchaîné, hier soir une tempête dans un verre de vin… L’économie est pure, loyale, saine, indépendante et plus encore, capable s’assumer sa survie. Si c'était vrai, ça se saurait !

Pour ces élus UMP, la réponse à cette interrogation absurde de l’un de leurs collègues gauchiste ne souffre aucune doute… Tellement que je me suis pincé en me demandant ce qu’ils étaient venus faire à une réunion de compte-rendu d’une étude territoriale, essentiellement consacrée au rôle possible des élus dans le développement économique… Etude dont le financement n’avait été assuré que par des fonds publics !

Mais je déblogue…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
D
Selon le Conseil interprofessionnel du vin de Bordeaux, "les vendanges sont sur le point de s'achever dans le Bordelais et les viticulteurs affichent un large sourire".<br /> Le CIVB annonce une autre bonne nouvelle en ces temps de surproduction : "Les rendements agronomiques, du fait des conditions climatiques particulières, seront modestes, et le volume global de la récolte 2005 avoisinerait les 6 millions d'hectolitres, contre 6,6 Mhl en 2004".<br /> De magnifiques vins seront produits….<br /> Propos de l’article Millésime d'exception pour 2005. NOUVELOBS.COM | 06.10.05 | 15:44<br /> Déclaration sincère ou pas, libérale ou pas, il y a le négoce du vin et le viticulteur d’origine, pas contrôlé par des financiers évoluant sur les moquettes de leurs bureaux bien loin de la centaine d’exploitation de l’entre deux mers près positionnée dans « corbeille » et ou la question « vider la corbeille » oui - non clignote à l’écran.<br /> Mais la encore l’avenir le démontrera, l’anticipation économique en période d’opulence garantie souvent l’amortissement des chutes en période difficiles.<br /> Il y a un certain nombre d’années, il faut tout de même le rappeler que soutenue par une certaine « chabatisation » il était hors de question d’envisager un empiétement de nos surfaces industrialisées bordelaises, sur celles de la viticulture girondine.<br /> Aujourd’hui réduire la surface de production devient une solution de sauvegarde économique mathématique.<br /> Oui mais voilà les réflexions économiques sur le passé au moment présent, face aux problèmes déjà bien en perspective à venir sont obsolètes surtout que la concurrence ne vous attend pas.<br /> Evoluer avec ce produit noble qu’est le vin dans le TGV de l’évolution économique, sans vouloir remettre en question toute la filière, et sans solidarité entre grands et petits semble complexe.<br /> Auto sécurisez-vous dans « le pinard » imposez vous un fond de garantie, un ISFV (Impôt de solidarité sur les grandes fortunes viticoles, au profit d’une caisse de compensation des petits exploitants en difficulté, « voilà une idée qu’elle est bonne », aurait suggéré Coluche.<br /> Enfin vouloir absolument continuer de garantir une image de marque visuelle d’une bouteille de vin en continuant d’imprimer une vue de son Château sur l‘étiquette, c’est du nombrilisme anti- marketing et pas libéral non plus…et nous ne voudrions pas non plus payer deux fois la bouteille de vin, une fois à l’exploitant et une deuxième fois à l’état, car la bouteille californienne actuellement elle ne coûte qu’une fois. CQFD ?<br />
Répondre