Le sujet essentiel des prochaines semaines ne sera pas, pour les médias, l’explosion des prix de détail, la suppression des postes de fonctionnaires, la loi sur les exonérations fiscales, l’arrivée des feuilles d’imposition locale, le réchauffement climatique, la mort dramatique de milliards d’abeilles… ni bien d’autres sujets essentiels. Ce serait mal connaître les affamés du commentaire. Ils vont se jeter comme des morts de faim sur la refondation de la gauche et plus encore sur les querelles internes du PS. Vous ne trouvez pas, sincèrement, que depuis quelques semaines, l’agitation de Nicolas Sarkozy et son rêve américain ont occulté les déclarations des quatre ou cinq habitués, en la matière, des caméras. Certes, en fin de semaine ils vont se retrouver pour tenter, à La Rochelle ou ailleurs, une percée, mais il leur faudra profiter d’un maigre créneau médiatique délaissé par le Président de la République et surtout se dépêcher, avant que la France ne soit plus hexagonale mais… ovale. En fait ils devraient plus simplement examiner ce qui est en passe de se produire aux Etats-Unis pour les Démocrates et sur lequel je reviendrai. Or ils ne sont pas nombreux à s’exprimer sur ce sujet par crainte de se faire " griller " avant l’heure !
Sentant venir l’ouragan des déclarations continuelles autodestructrices sur la nullité des positions actuelles, certains, à gauche, commencent à se mettre aux abris. On sent bien que les éléphants, ne voulant pas rejoindre le cimetière, préfèrent ne pas aller au-devant de certaines désillusions et se retirent sur leur Aventin. La saison des sondages va reprendre, on va façonner les successions, les restructurations, les modifications sur la base de la notoriété personnelle et pas obligatoirement sur les idées. Tout le monde le sait parmi les gens qui comptent et d’ailleurs certains se planquent pour se faire oublier après avoir constaté qu’au PS moins on en dit et mieux on se porte !
Il y en a pourtant toujours un qui n’arrive pas à conserver sa langue dans sa poche et qui finit par exploser : Jean-Luc Mélenchon. Il en a "marre" et tient à le faire savoir. "Nous sommes réduits à une compétition d'egos et à une bouillie intellectuelle sur le thème de la rénovation. Marre de tout cela !", s'énerve-t-il dans le Parisien de hier. Pour le sénateur de l'Essonne, le débat sur l'avenir du PS n'est que "pure agitation". Il accuse François Hollande et Ségolène Royal d'esquiver la question centrale: "Jamais le pays n'a été aussi riche, mais jamais autant de gens n'ont été dans la gêne. De quoi parle le PS pendant ce temps-là ? D'attrape-nigauds, comme la rénovation par l'âge du capitaine... ou le choix entre les éléphants et les lionceaux."
Quant à l'opposition à Nicolas Sarkozy, elle reste pour lui "très superficielle". "On en fait plus sur les infirmières bulgares que sur le "paquet fiscal". Sarkozy y va sans hésitation, mais François Hollande en reste aux pleurnicheries bon chic bon genre." Jean-Luc Mélenchon, qui publie aux Editions Balland En quête de gauche, a décidé de ne pas se rendre aux universités d'été du PS à La Rochelle, du 31 août au 2 septembre. Il fait comme beaucoup, qui considèrent que rien de bien constructif ne sortira de ces journées, où il faut surtout faire savoir que vous avez été vu, et qui ont décidé de rester à la maison.
A force de jouer à qui perd gagne, la Gauche a pris des allures de maison close ou de passe qu’il faut fréquenter sans trop le dire. A force d’avancer masqué, elle va finir pas ne plus être reconnue par personne. Je sais que ce n’est pas très " moderne " et que ce serait plutôt néo-stalinien que de dire que quand on est dans l’opposition, il faut d’abord s’opposer avant de penser à reconquérir. L’exemple de l’erreur pouvant être fatale vient pourtant sur ce comportement d’Outre Atlantique.
HESITATIONS SUR LA FIN DE LA GUERRE EN IRAK
L'incapacité du Congrès à mettre fin à la guerre en Irak a tant divisé les Démocrates qu'elle pourrait anéantir leurs chances lors des élections de novembre 2008 aux Etats-Unis, prédisent des experts. Il faut avouer que les fractures internes du Parti d’Hillary Clinton sont telles que plus personne ne sait véritablement faire la différence entre les Républicains modérés et les Démocrates réalistes. La confusion actuelle va probablement engendrer les mêmes conséquences pour les Socialistes avec bien évidemment bien d’autres sujets que celui de la guerre en Irak. On ne reconnaît plus les frontières et les propositions.
Fin 2006, les démocrates avaient su exploiter électoralement l'impopularité de la guerre en Irak pour ravir aux républicains la majorité à la Chambre des représentants et au Sénat. Encouragée par ce succès électoral et par ses influents " blogueurs " (tiens donc), l'aile gauche du Parti démocrate, les "libéraux", milite désormais avec la plus grande force pour un retrait des troupes américaines d'Irak. Elle met au service de l’engagement pris sur la toile toutes ses forces solidaires.
L'aile centriste du parti, soucieuse de ne pas se mettre à dos les électeurs conservateurs dans les circonscriptions les plus serrées, juge au contraire urgent de ne pas se précipiter. Elle tente de faire adopter une position mi chèvre mi chou qui, espère-t-elle leur vaudra une réélection sur des territoires hésitants.
Certains Démocrates se souviennent qu'ils ont acquis la majorité au Congrès en s'imposant dans des bastions républicains. "Si les démocrates souhaitent conserver le contrôle de la Chambre lors des élections de 2008, ils ne peuvent contraindre ces élus de procéder à certains votes sur l'Irak", dit un expert des questions électorales américaines.
La cohésion des démocrates sera mise à l'épreuve par le rapport que doivent présenter en septembre le général David Petraeus, commandant des forces américaines en Irak, et Ryan Crocker, l'ambassadeur des Etats-Unis à Bagdad. Même si ces deux responsables signalent une amélioration de la situation en Irak, les " libéraux " (la Gauche des Démocrates) ne devraient guère changer de position. En revanche, il deviendrait plus difficile pour des élus centristes de circonscriptions conservatrices de soutenir un retrait américain d'Irak, jugent les observateurs.
Les démocrates qui ont hésité à voter les calendriers et les différentes formules de retrait " vont devenir encore plus hésitants ", prévoit on parmi les habitués des assemblées fédérales américaines. On en arrivera a un affrontement entre la gauche démocrate, qui est certainement insensible à toute annonce de progrès en Irak, contre l'Amérique moyenne. Le scénario le pire pour tout parti, c'est quand la somme des pressions exercées par ses représentations locales est en décalage avec la majorité des Américains. C'est la recette pour une catastrophe électorale. Comment ne pense-t-on pas ainsi au moment d’aborder la refondation de la Gauche.
Or la gauche des Démocrates, qui a été marginalisée durant la présidence de Bill Clinton dans les années 90, ne semble guère encline à céder cette fois. Depuis 10 ans, ils ont gagné en influence au sein du parti avec leur réseau structuré de "blogueurs", de bailleurs de fonds et de militants reliés par internet. Ils constituent via la toile un réseau fort et influent par son dynamisme.
Des blogueurs ont notamment réussi à séduire une audience fidèle en lançant fréquemment des débats sur Internet, en faisant partager leurs points de vue ou en critiquant les Démocrates jugés trop éloignés des principes libéraux.
Des sites de collecte de fonds ont permis de rassembler des dizaines de millions de dollars pour les candidats démocrates " crédibles ". Le succès explosif de la blogosphère de gauche a placé le parti sous une pression encore plus forte de la part de leur aile gauche. Le compromis interne va donc être extrêmement difficile à mettre en place car il y aura un affrontement entre la puissance des idées et la volonté de conserver des circonscriptions ou des villes " justes ". Il est donc à craindre que 2008 soit encore chez nous une année de dupes pour la refondation car elle aura du mal à déterminer le terrain sur lequel elle doit reposer.
UN SONDAGE QUI NE CLARIFIE RIEN
En effet par un étrange hasard, les Gracques se sont associés à un sondage exclusif SOFRES-Le Nouvel Observateur, publié cette semaine dans le Nouvel Obs. C’est ainsi que notammment 51 % des sympathisants de gauche jugent le programme socialiste " pas réaliste ", 63 % " pas vraiment innovant " et 49 % " en décalage avec les aspirations des Français ". Fermez le ban ! Telles sont quelques unes des révélations de ce sondage qui revient sur les " vraies raisons de la défaite de l’opposition " à l’élection présidentielle, tout en montrant comment les Français entrevoient l’avenir de la gauche au moment où s’engage la rentrée politique. C’est reparti… quelques jours avant la rentrée politique et au moment où un autre sondage donne 61 % de Françaises et de Français satisfaits par l’action de Nicolas Sarkozy. En même temps, tout n’est pas clair dans un sondage fleuve. Les sondés, dépités par le PS tel qu’il est, ne donnent pourtant pas le contour du PS de demain. Il y a des rejets et des adhésions.
Ainsi, ceux qui dénoncent la mauvaise qualité du programme socialiste expliquent bizarrement que ce programme n’a pas joué de rôle majeur dans la défaite (27% des sondés, 23% des sympathisants de gauche) bien moins en tous cas que " les rivalités internes au PS " (46% des sondés, 57% des sympathisants de gauche)! Ségolène Royal aurait donc pu l’emporter avec un mauvais programme, à condition de soigner la présentation ? Etrange conception de l’action politique, réduite aux ententes au sommet, fussent-elles factices… et au médiatique fut-il uniquement le reflet des apparences. Tout n’est pourtant pas encore perdu.
Les Français jugeraient en revanche pourtant comme " adaptée " l’augmentation du SMIC à 1500 € (52% des sondés, 67% des sympathisants de gauche) qui soit-disant n’était pas réaliste. Ils plébisciteraient la retraite à 60 ans (65% des sondés, 69% des sympathisants de gauche) que personne à gauche ne relancera. Et ils rejetteraient la diminution du nombre de fonctionnaires (55% des sondés, 75% des sympathisants de gauche)! Ils condamneraient la mondialisation avec 74% qui la jugent négative pour les salariés et 48% pour les entreprises. Par contre ils condamnent l’alliance de ceux qui luttent pour ces propositions (PS-PC-Verts-LCR) qu’ils considèrent comme dépassée et il plébiscitent l’alliance PS-Verts-Modem qui ne paraît pas évidente à mettre en place à la lecture de ces résultats qui ne sont pas tous défavorables aux mesures sarkozistes (récidive, sélection universités, durée du travail) et parfois contradictoires.
Dans leurs réponses, les rares Verts sont en effet plus gauchistes que centristes. Et les sympathisants de Bayrou, sur les fonctionnaires, la flexibilité ou la sélection à l’université, sont plus proches des sondés de droite, que de leurs supposés futurs alliés socialistes. Il faudra bien à un moment ou un autre pourtant trancher dans ce flot de contradictions comme chez les Démocrates américains où il sera impossible d’avoir été élu globalement contre la Guerre en Irak et voter individuellement pour sa continuité. Il faudra veiller à ce que la ligne du PS ne conduise pas aux mêmes errements, car la refondation ne conduira pas nécessairement à la reconquête. Surtout si elle tente de coller aux sondages.
Mais je déblogue…