Malgré le moratoire sur la chasse commerciale aux baleines, la communauté internationale n'est pas parvenue à mettre fin à ce massacre. Commençant par les baleines les plus faciles à capturer, les flottes baleinières poussent les espèces aux bord de l'extinction les unes après les autres. Dans quelques années, il sera inutile de se réunir annuellement pour évoquer les quotas accordés aux pays encore friands de cette ressource, dont on ne sait plus très bien si elle sert véritablement à leur économie.
Le ministre des pêches islandais, Einar K. Gudfinnsson, vient pourtant de déclarer qu’il n’y avait aucune raison de poursuivre la chasse commerciale à la baleine en Islande, s’il n’existait pas de demande pour ce produit. A l’heure actuelle, les Islandais consomment peu… de viande de baleine et les débouchés commerciaux prévus vers le marché japonais sont restés au stade du projet. Ainsi, aujourd’hui, une grande partie de la viande que représentent les 7 rorquals communs et les 7 baleines de Minke, tués par les chasseurs islandais cette année, demeure invendue et stockée dans des entrepôts frigorifiques. Extraordinaire bêtise des hommes qui leur fait exterminer des espèces, pour les congeler mortes et dépecées… en attendant que l’on sache ce que l’on pourrait en faire. L’absurdité absolue !
Etant donné que la période de chasse se termine prochainement, et que l’Islande arrive au terme du quota de 200 baleines de Minke, tuées pour des raisons… scientifiques, la déclaration du ministre de la pêche est très favorablement accueillie par le fonds international pour la protection des animaux lequel espère maintenant une décision gouvernementale officialisant l’arrêt de la chasse.
Rappelons que c'est en octobre 2006 que l’Islande avait repris la chasse, en fixant un quota de prélèvement à 30 petits rorquals et 9 rorquals communs, dont l’espèce est menacée. Cette mesure faisait suite à la reprise des chasses dites scientifiques, promulguée en 2003 après une interruption de 14 ans.
En dépit de l'interdiction mondiale de la chasse commerciale, imposée par la Commission baleinière internationale en 1986, le Japon a capturé de l’autre coté de la planète actuellement 935 petits rorquals dans le sanctuaire de l'océan Austral, ce qui représente plus du double du nombre de baleines prélevées l'an dernier dans une zone que la commission internationale a désignée comme sanctuaire baleinier en 1994.
MORTES POUR LA SCIENCE
Le Japon chasse toujours, sous couvert de chasse "scientifique", et prévoit également de harponner 10 rorquals communs (espèce menacée) au cours des prochains mois. Il prévoit de prendre 50 baleines à bosse (espèce menacée également) au cours des deux prochaines années, et d'augmenter les quotas qu'il s'est auto-attribué de manière à inclure 40 rorquals communs au cours des deux prochaines années.
Au large des côtes du nord-est du Hokkaido, dans le nord du Japon, les navires pêcheurs de baleine et les bateaux d’observation des cétacés en mer, toujours plus nombreux, se chamaillent les océans. Tandis qu’on pêche ici des baleines depuis des siècles, les navires d’écotourisme, organisant des sorties en mer pour aller les observer, n’hésitent plus, visiblement pour gêner leurs activités, à voguer tout près des navires de pêche. Pro et anti-chasse se jalo
usent ainsi en mer, au large de la péninsule de Shiretoko, un site naturel classé au Patrimoine mondial de l’Unesco depuis l’été 2005. Mais pendant que la rivalité continue, on extermine sans pitié au nom de la science, en évitant de se heurter. Les caméscopes tournent. Les appareils photonumériques se déchaînent. Les cétacés meurent sous les yeux réprobateurs ou avides des touristes fascinés.
Parmi les mesures importantes figuraient pourtant, dans les instances internationales spécialisées, l'adoption d'une résolution condamnant la chasse menée par le Japon, ainsi qu'un rapport du Comité scientifique de la Commission baleinière internationale, qui critiquait violemment le programme soi-disant "scientifique" de chasse pratiqué par le Japon. Si une victoire aux voix a été obtenue, les chasseurs gagnent sur les prises de cétacés, car les organismes de gestion sont incapables d’imposer leurs décisions. Le Gouvernement japonais a donc l'intention de tuer plus de 1400 baleines avant la réunion de l’an prochain, y compris 50 baleines à bosse. Des actions fortes sont nécessaires au sein de la CBI et à l'extérieur afin d'encourager le Japon, l'Islande et la Norvège, les seuls pays encore engagés dans cette poursuite mortelle des cétacés. à arrêter cette chasse mortelle. Il semble que depuis, l’Islande soit sur la bonne voie mais rien n’est réellement gagné.
Les nations pro-chasse ont mal réagi au fait de ne pas avoir obtenu une majorité simple à l’assemblée. Bien que la majorité favorable à la conservation ait continué de tenir bon lors de l'assemblée cette année, les baleines continuent paradoxalement de perdre du terrain à l'extérieur du forum puisque, par exemple, une résolution proposant l'instauration d'un sanctuaire marin dans l'Atlantique Sud n'a pas recueilli la majorité des trois quarts requise. Même si elle a quand même obtenu le soutien de 60% des votants c’est insuffisant pour espérer sauver ce qui peut encore l’être. Il faudra attendre un an de plus pour parvenir à préserver des espèces en nette chute et déjà soumises aux aléas de la pollution des océans.
UNE HECATOMBE QUI PERDURE
Les gros cétacés constituèrent, il y a des décennies, une source importante de produits utiles à l'homme. Depuis des siècles, les baleines ont été chassées pour leur viande et leur graisse. Un balénoptère de 20 mètres de long fournit 8 tonnes de lard et 24 tonnes de viande. Mais les cétacés permettaient aussi la fabrication de nombreux produits dérivés. L'huile que l'on tirait de leur graisse était utilisée pour s'éclairer et pour la lubrification. Elle pouvait aussi être hydrogénisée et solidifiée pour obtenir des margarines, des savons, des bougies, des crayons, certains cosmétiques, etc.
En 1906, la campagne de chasse rapporta 75 000 barils d'huile ; en 1925, 1.02 million de barils, et en 1935, 2.34 millions en trois mois seulement. La farine d'os pouvait être employée comme engrais ou encore permettre la fabrication de la gélatine. Les fanons servaient à la fabrication des corsets, des fouets des cochers de cabriolet, et des parapluies.Un cachalot adulte recèlait, par le contenu de son melon (masse adipeuse située sur le devant de la tête), 5 tonne
s d'huile appelée spermaceti ou blanc de baleine. Des quantités parfois considérables d'ambre gris (concrétion digestive formée de déchets de calmars), utilisé en parfumerie, étaient souvent présentes dans l'intestin des cachalots. Mais tout ceci appartient à l’histoire, car désormais, des produits de substitution ont bien évidemment été trouvés. Il ne reste même que la légende portée par Moby Dick pour espérer convaincre que les duels entre l’homme et la baleine tenaient de l’héroïsme pur. Désormais, on massacre à distance et en série pour parfois des considérations religieuses (Japon) ethniques (Inuits) ou économico-politiques (Pérou, Corée du Sud), mais plus personne ne peut réellement considérer que l’Humanité a besoin de cette chasse pour assurer sa survie. Les grands bateaux dotés d'un plan incliné arrière et équipés pour dépecer et transformer à bord les baleines harponnées. Ces "usines flottantes " permirent l'essor de l'industrie baleinière moderne. L'Antarctique devient le théâtre rouge du baleinage, et les chiffres des prises s'envolent. Alors que, jusqu'en 1910, le total mondial annuel des captures de grands cétacés n'a jamais dépassé 10 000 sujets, en 1911 on atteint 20 000 ; en 1926, 27 000 ; en 1931, 44 000, dont 30 000 baleines bleues. Le record sera de 55 835 en 1938 et même de 66 090 en 1961. Les populations de cétacés s'effondrent : le rorqual bleu, le plus grand des animaux qui ait existé sur la Terre (20 à 30 mètres de long et jusqu'à 150 tonnes), comptait environ 200 000 individus au milieu du siècle dernier. Aujourd'hui, il ne resterait plus que quelque 11 000 rorquals dans l'hémisphère sud et quelques centaines dans l'Atlantique nord. La baleine franche noire, quoique protégée depuis un demi-siècle, reste rare : de 200 à 300 sujets pour sa sous-espèce de l'Atlantique nord, de 100 à 200 pour celle du Pacifique nord, et 3 000 pour celle des mers du Sud. La baleine franche boréale, ou du Groenland protégée depuis la même époque, n'a pas dépassé les 3 000 individus. Le rorqual commun compte le dixième de ses effectifs d'origine (50 000 sur 500 000) ; la baleine à bosse, le trentième (5 000 sur 150 000). L’hécatombe se poursuit comme pour beaucoup d’autres espèces de la planète.
LE PIRE ENNEMI : LA POLLUTION
Il reste aussi un autre fléau tout aussi redoutable que la chasse, mais sur lequel on reste plus discret car il met en jeu d’autres considérations. Les cétacés, par leur position au sommet de la chaîne alimentaire marine, sont particulièrement sujets à accumuler des toxines chimiques, telles que les organochlorés et les métaux lourds, au premier rang desquels l
e mercure. Des analyses sur les nombreux cétacés retrouvés morts sur les côtes américaines, en Méditerranée, en Mer Noire, etc. ont révélé, pour la plupart de ces animaux, de hauts niveaux de PCB et de DDT dans leurs tissus. En 1994, une étude portant sur approximativement 1000 individus dans 10 espèces de divers océans du monde a montré que les concentrations de DDT et de PCB dans les tissus des animaux sont plus fortes dans l'hémisphère Nord que dans les océans du Sud, vraisemblablement à cause de l'industrialisation supérieure du Nord. En 1995, une autre étude a permis de détecter des concentrations de mercure dans le foie, les reins et les muscles de nombreux cétacés.
Cette étude a également montré que le taux de mercure était différent d'une espèce à l'autre mais aussi en fonction de la localisation géographique, ce qui confirme la responsabilité de l'homme dans cette contamination. Les Bélugas de l'estuaire du Saint-Laurent sont aujourd'hui parmi les animaux les plus contaminés sur Terre et présentent des tumeurs et des problèmes reproductifs. Le PCB, le DDT, les organochlorés et autres produits chimiques industriels sont potentiellement parmi les menaces les plus graves pour la survie des cétacés. La fameuse viande et le lard concentrent ces déchets ce qui les rend souvent impropres à la consommation et donc fait de la traque des cétacés une hérésie des temps modernes.
Même si la chasse s’arrêtait définitivement sur tous les océans et les mers du monde, il existe tellement d’autres causes de mortalité que l’extinction de certaines espèces se ferait inexorablement. L’Islande a montré la voie mais on est encore loin du compte. Très loin du compte. Mais dans le fond on imagine qu’une baleine de plus ou de moins, quand chaque jour des milliers d’enfants du monde meurent de faim ou de soif sans que personne ne réagisse véritablement, ne constitue pas une préoccupation essentielle pour la planète. Un jour pourtant....
Mais je déblogue…