L’université d’été du Parti Socialiste a fermé ses portes. Elle n’a malheureusement pas donné aux médias l’occasion de s’extasier sur les affrontements entre éléphants. Avait-elle donc, pour les journalistes commentateurs qui font et défont les notoriétés, un intérêt particulier ? On peut se le demander… puisque, désormais, tout passe par le culte des personnalités. Tenez, dès ce matin à 6h 45, quand mon radio réveil m’a rappelé que dimanche ou pas dimanche il fallait préparer les manifestations du jour, j’avais déjà la tendance politique générale de la journée. L’événement ne serait pas nécessairement le discours de clôture de La Rochelle mais… le choc Paris Saint Germain-Marseille, dont le niveau serait rehaussé par la présence de… Nicolas Sarkozy ! La machine à détruire toute intelligence citoyenne était lancée. Du moment que le Président de la République allait assister au Parc des Princes au " classico " comme ils disent bêtement sur Canal +, depuis des jours et des jours, les problèmes de la France n’avaient aucun intérêt. Toute la journée, le nom du fan de foot a été ressassé, au cas où l’auditeur moyen n’aurait pas compris la caractère exceptionnel de la démarche. Et ce n’est rien, car à la mi-temps, il sera interrogé pour donner son avis sur la qualité de cette rencontre qui n’est rien d’autre qu’un match de football, n’arrivant pas à la cheville du véritable " classico " opposant le Réal et le Barça !
L’université du PS sans vedette en dissidence, sans querelles de chefs, sans enjeux de pouvoir, sans affrontements de personnes, sans courants déchaînés, n’offre aucun intérêt. Et encore ce n’est rien, puisqu’à partir de vendredi soir le système va fabriquer de l’émotion avec l’ouverture de la campagne mondiale des troupes du Secrétaire d’état aux Sports et à la Jeunesse.
La croissance, le pouvoir d’achat, le droit de grève, le niveau du chômage, la privatisation de GDF… vont être noyés dans des torrents de nationalisme potentiel. Ce sera la moment de faire passer tout ce qui pourrait ultérieurement poser problème et déclencher un mouvement social. D’ailleurs, le secrétaire général de la CGT s’est cru obligé de préciser que s’il fallait déclencher une grève, il ne se considérait pas comme lié par une quelconque trêve d’Ovalie. Dans un tel contexte, il ne sera plus question de se contenter de guimauve idéologique, mais d’arguments similaires à ceux de Chabal à quelques mètres de la ligne d’en but.
LE ROLE PEU ENVIABLE DU PUNCHING BALL
Il semble que François Hollande, pourtant totalement étranger à la culture du " rentre dedans ", ait enfin décidé d’exister et de déblayer l’empilage d’ambitions qui semble se constituer devant lui. Au moment de la sortie des messes dans l’Hexagone, il a expédié quelques " mandanes " à l’ancienne qui n’avaient rien à voir avec le principe chrétien de la joue tendue pour recevoir la seconde gifle. Il est vrai qu’entre la philosophie " nuancée " de Claude Allègre, les ambitions à peine voilées de Manuel Valls et Gaétan Gorce, l’ego surdimensionné de son ex-compagne, les offres de services de Delanoé, qui a passé son temps à recruter dans les couloirs des soutiens départementaux putatifs, il a eu un coup de sang politique, l’un de ceux qui vous soulagent quand on est véritablement excédé de jouer le rôle peu enviable du punching-ball. Malheureusement, son discours de clôture aura du mal à parvenir jusqu’aux militants, et plus encore jusqu’aux gens de gauche. Nicolas Sarkozy, en allant de son domicile de Versailles (on de dit pas assez que désormais il prend ses quartiers quotidiens à Versailles) au Parc des Princes, a effectué un acte politique beaucoup plus fort !
Il est vrai que Hollande n’a, semble-t-il, plus rien à perdre. Et c’est probablement ce qui va faire sa force. Vilipendé par un Allègre surtout désireux de faire un coup de marketing afin de promouvoir son énième bouquin, dans une rentrée où les ouvrages sur le PS fleurissent de tous côtés, il ne va pas se priver d’expédier des pignes à tout va. Aujourd'hui, le contexte actuel d'éclatement généralisé au sein du parti fait que tous les coups sont permis. On a vraiment la sensation que tous les verrous ont sauté et, désormais, c'est l'escalade dans la critique. Plus aucune raison de se retenir. François Hollande a donc rappelé quelques fondamentaux, histoire de souligner que s’il rejoint le banc de touche en 2008, ce ne sera pas définitif !
UNE AFFAIRE DE TETES
Il a ainsi, à sa manière et avec un indéniable talent oratoire, rappelé que la fameuse formule " sortez les sortants " ne constituait pas encore une ligne politique crédible. Le charme des têtes nouvelles, souvent bien faites, le fantasme de la feuille blanche et des bonnes résolutions de début d’année, fait souvent de la " rénovation par l’âge " l’exutoire aux insuffisances des idées. François Hollande, a épinglé les increvables " rénovateurs " du PS qui disent vouloir changer " le logiciel " du parti, en affirmant que " le logiciel politique ne se confond pas avec un disque dur qui devient vite un disque rayé " et très répétitif dans ses fondements. " Rénovation a-t-il tonné. Le mot est vieux comme le Parti socialiste. A chaque défaite, un rénovateur s'annonce, parfois plusieurs, j'en ai fait partie ! " Il faudrait d’abord poser la question essentielle de savoir combien, à l’heure actuelle, combien des 100 000 rénovateurs potentiels qui ont été recrutés en 2006 sont encore réellement au PS et y jouent un rôle concret sur le terrain. Mais le sujet est tabou, car il conduirait à remettre en cause une désignation qui, pour moi, a constitué un coup d’état exemplaire, reposant sur une pression médiatique bien orchestrée.
François Hollande a aussi expliqué que le renouvellement des générations était " un mouvement réducteur nécessaire, mais qui ne peut pas seulement être réducteur de têtes " Il sait fort bien qu’en fin d’année, quand les désignations pour les municipales et les cantonales auront été effectuées, on reviendra forcément à l’étiage du PS et que les " incrustés " feront la décision. Il a récusé l’idée en vogue de changer le nom du Parti. Il s'est alors référé à une remarque de François Mitterrand : " Réfléchissez bien, ça fait cent ans que nous essayons d'imposer la marque. Si nous la laissons tomber, il y en aura bien un pour la ramasser ", aurait dit l'ancien président. En effet, on sait fort bien que ce n’est pas l’étiquette qui change la qualité du contenu de la bouteille. Les futurs décideurs au PS devront obligatoirement tenir compte du public nouveau qui le compose. Exigence de transparence, confiance beaucoup plus forte dans les élus de terrain que dans les grandes figures nationales, discréditées par leur comportement à l’égard de l’ouverture sarkoziste. Les éléphants qui ont rejoint les gras pâturages du pouvoir ont discrédité définitivement l’impact qu’ils peuvent avoir sur la base. Les défaillances des uns ont renforcé la solidité des autres que l’on ne pourra pas brocarder sans risquer une effet boomerang douloureux.
LE LOCAL SAUVERA LE GLOBAL
L’université de La Rochelle aura démontré que le successeur de François Hollande ne sera pas dans la meute de ceux qui lui courent aux basques et ess
aient de le contraindre à abandonner le navire dans une chaloupe de secours. Bertrand Delanoé l’a compris. Selon toutes les informations recueillies sur place, il va vite monter un réseau regroupant les gens de DSK, perturbés par le départ imminent de leur mentor, les Royalistes, qui ne disent pas encore tout haut ce qu’ils pensent de leur ex-favorite tout bas, les Jospiniens, tapis dans l’ombre et des Fabiusiens, pressés d’aller chercher un abri protecteur plus sûr. Il est certain qu’il a compris que le Parti ne se gagne pas par de grandes déclarations, mais par le ralliement massif des élus locaux qui font sa force incontournable et qui risquent d’être encore plus solides après les échéances de 2008 ! Le discrédit collectif qui frappe nationalement le PS n’existe absolument pas dans la proximité. C’est le global qui a affaibli le local lors des législatives. Mais il est certain, désormais, que ce sera le local qui sauvera le global. Des centaines d’élus locaux socialistes font leur travail dans la fidélité à leur engagement de jeunesse, et inventent au quotidien un socialisme de proximité. Il n’en reste pas moins vrai que cette confiance, qui sera certainement confirmée pour beaucoup d’entre eux au plan départemental ou communal, ne donne pas une vision d’ensemble crédible et cohérente pour le parti qu’ils représentent. L’addition des expériences locales et, n’en déplaise à certaines et certains, même régionales, ne constitue pas le projet de " nouvelle société " que les Français réclament.
"Je ne crois ni à la secousse salvatrice, ni à la crise salutaire. Je suis pour le changement assumé, profond, maîtrisé, durable", a poursuivi François Hollande. "Je ne suis pas pour l'abandon, le renoncement. On n'a pas besoin d'abandonner nos valeurs pour être modernes, car jamais les valeurs de progrès et de justice sociale n'ont été aussi pertinentes qu'aujourd'hui", a-t-il ajouté. Pincez-moi : je rêve… Mais pourquoi ne l’a-t-il pas dit en 2006 avant l’échec ? Il devrait lire L'AUTRE QUOTIDIEN depuis longtemps : il l'aurait appris de la base !
Mais je déblogue...
La photo : Delanoé en pleine discussion discrète à La Rochelle avec Vincent Feltesse nouveau président de la Communauté Urbaine de Bordeaux . Le mercato est ouvert