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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LA BERLUSARKOLISATION N'EST PAS JOLY !

Il m’est arrivé dans de nombreuses rubriques, dont j’ai malheureusement oublié les références en ces deux années de parution quotidienne, d’avoir attiré votre attention sur la Berlusconisation de la France. Elle évolue de manière différente, mais elle est belle et bien réelle : elle avance masquée. Jusqu’à présent, le Président de la République qui se prend exactement, comme le " Cavaliere ", pour le maître du monde médiatique, a réussi à avancer derrière ses " amis " ou ses " frères " propriétaires du réseau de journaux, de radios et de télés. Tout n’est pas dans les mains d’une famille mais d’un clan politique dévoué, qui se vend et s’achète les publications ou les actions comme d’autres des petits pains à la boulangerie.
En fait, il y a pourtant une étrange ressemblance entre les manières d’agir de Berlusconi et de Sarkozy, car elles reposent sur une " peopolisation " outrancière et surtout sur un comportement de droite absolument décomplexé, sachant qu’il sera impuni médiatiquement. Durant des années, Berlusconi a ainsi gouverné en Italie avec des effets d’annonce subalternes, et en revanche, l’affirmation permanente que le libéralisme donnerait l’accession à la fortune à tous les gens entreprenants. Cette mise en avant du culte de la réussite individuelle, sans aucune autre contrainte que celle du profit, avait conquis le pays de la " combinazione " permanente. Assistant au matchs de football, rencontrant les vedettes du show-bizz, soutenant George Bush, s’appuyant sur les idées et les concepts de l’extrême droite, flirtant avec le patronat italien fasciné par son activisme, déréglemnetant tout ce qui pouvait l’être, accentuant les égoïsmes, le premier Ministre président italien ne s’est incliné, de justesse, qu’après avoir été trop loin dans sa volonté de laminer les systèmes collectifs transalpins.
Il s’est également distingué en débauchant, dans des moments difficiles, des soutiens dans le camp adverse. Il a aussi tenté, avec plus ou moins de réussite, de se sortir de tous les scandales personnels auquel il était mêlé en abandonnant ses " comparses " mal en point, ou en faisant voter, sans aucune honte, des textes de lois pouvant le dédouaner. En France, on prend le même chemin, et les réactions sont bien peu relayées par les médias.
L'ancienne juge d'instruction Eva Joly a violemment critiqué hier les projets de Nicolas Sarkozy de " dépénaliser " la vie économique et d'interdire, dans ce domaine, l'ouverture d'enquêtes pénales sur le fondement de lettres anonymes. " Il me semble que les valeurs que dessine le président Sarkozy ne sont pas celles de la France que j'aime. Les méthodes qu'il suggère sont celles de M. Berlusconi. Pour moi, c'est un extraordinaire et étrange choix que de choisir de soutenir les délinquants contre les victimes ", a-t-elle déclaré sur France-Info.
Eva Joly, qui a quitté Paris en 2002 pour devenir conseillère du gouvernement norvégien, fait un parallèle entre le projet du chef de l'Etat concernant les entreprises, et son idée de permettre des procès pour les criminels déclarés irresponsables. " Je ne comprends pas un pays qui responsabilise ses enfants et ses fous, et irresponsabilise ses élites, et cela me paraît une grave erreur et surtout une absence de compréhension de ce que veut dire la criminalité organisée et économique ", a-t-elle dit. C’est d’une criante vérité. C’est d’une scandaleuse évidence. C’est du clientélisme de bas étage. Mais ça marche ! Mais j’aurais bien aimé entendre des " directeurs de consciences médiatiques ", tellement empressés de se pencher sur les absences éléphantesques au PS, avoir la même gouaille et le même courage que cette femme intraitable.
95 % DES DELITS DEMEURENT DEJA IMPUNIS
Dans son discours devant l'université d'été de ses amis du syndicat patronal Medef, le Président de la République a annoncé son intention de faire interdire l'ouverture d'enquêtes pénales sur le fondement de lettres anonymes, et son souhait de "dépénaliser" la vie économique.
Les chefs d'entreprise réclament depuis longtemps une réforme du délit " d'abus de biens sociaux " (le détournement de fonds au sein des sociétés) qui soit disant les pénalise lourdement dans la libre gestion de leurs entreprises, dans la mesure où ils ne peuvent pas récupérer les bénéfices de leur héroïsme d’entrepreneur. Et le pire, c’est que cette loi serait totalement inutile puisque 95 % des délits financiers demeurent impunis en Europe. Pour les plus maladroits, le maximum de la peine encourue n'est que de cinq ans, soit un peu plus de deux ans avec les réductions de peine. Qu'une société condamne parfois à de bien plus lourdes peines les délinquants d'Evry que les corrupteurs et les corrompus, l'éclaire crûment.
" Dire que ce n'est pas grave de présenter des comptes inexacts ou de ne pas respecter la différence entre sa propre poche et la poche de l'entreprise, c'est grave. Le droit pénal, il ne faut pas l'oublier, protège les victimes ".
Eva Joly, l'ancienne juge d'instruction du pôle financier du Palais de Justice de Paris, ne décolère pas contre les élites françaises, contre leur complaisance vis-à-vis de la corruption, contre leurs petits arrangements avec la justice, contre l'indulgence coupable de l'opinion publique... Maintenant, elle a choisi sa cible, après les déclarations programme de Nicolas Sarkozy.
CHERCHEZ LA CONTRADICTION
De passage à Paris quelques jours après le départ de Jacques Chirac de l'Elysée, et donc de sa perte d'immunité présidentielle, elle avait affirmé haut et fort, dans une interview à " Rue89 ", que la justice devait reprendre ses droits dans les affaires dans lesquelles apparaissait le nom de l'ancien chef de l'Etat. La France, estimait-elle, se déconsidèrerait à enterrer les dossiers qui concernent le " retraité de l'Elysée ", et l'opinion, que l'on sent peu mobilisée sur ce front, ne devrait pas s'en désintéresser. Il est vrai quelle est quelque peu anesthésiée. A moins que le nouvel occupant du palais présidentiel ait décidé que les faits reprochés à son prédécesseur aient été commis en tant que " chef d’entreprise " ! Auquel cas la parade serait vite trouvée… car il faudra bien qu’à un moment ou à un autre, dans une loi ou une autre, un amendement sauve les meubles.
En fait, Eva Joly met le doigt sur des principes républicains essentiels. Elle se contente de constater que Nicolas Sarkozy ne tient que des discours disparates, adaptés à son auditoire qu’il tente de séduire par des effets d’annonce susceptibles de lui maintenir l’état de grâce actuel. Devant les patrons, vendredi dernier, il met ainsi à bas la morale la plus élémentaire, sans aucun complexe, et se fait ovationner par un public enchanté. L’immoralité dans les affaires est vantée et mise en exergue, et hier, il fait exactement le contraire dans sa lettre aux enseignants, auxquels il réclame de récompenser le mérite et de rétablir la morale et la réussite par le savoir.
Pour la " refondation du système éducatif " qu'il appelle de ses vœux, le chef de l'Etat juge " vain de chercher à ressusciter un âge d'or de l'éducation " qui " n'a jamais existé. Nous ne referons pas l'école de la IIIe République, ni celle de nos parents, ni même la nôtre ", assure-t-il. " Donner à chacun de nos enfants, à chaque adolescent de notre pays l'estime de lui-même (...), telle est à mes yeux la philosophie qui doit sous-tendre la refondation du projet éducatif ", explique Nicolas Sarkozy. " Nous avons le devoir de leur apprendre que tout ne se vaut pas, que toute civilisation repose sur une hiérarchie des valeurs, que l'élève n'est pas l'égal du maître " , a-t-il dit, invitant les éducateurs à " récompenser le mérite (sic), sanctionner la faute (re-sic), cultiver l'admiration de ce qui est bien (re-re-sic) ". Je crois qu’il s’est fourvoyé : cette lettre il aurait dû la lire au Congrès du MEDEF… et je suis certain qu’il aurait eu le même accueil.
Il est certain que les jeunes qui seront sanctionnés pour ne pas avoir réussi à s’insérer dans un système social injuste seront ravis d’apprendre que, dans la vie, pour échapper à la morale, ils devront devenir chefs d’entreprise, mais surtout pas manœuvre, ouvrier, technicien, ingénieur, cadre, car les lois seront impitoyables avec les égarements. La morale en sortira renforcée ! La lettre de Saint Nicolas aux apôtres de l’éducation prône absolument le contraire de ce qui a été annoncé au MEDEF. 
UN MELANGE DES GENRES
Eva Joly pousse sa vision de la berlusconisation française en observant courageusement le monde médiatique de l’opinion dominante. " Une démocratie, ça se mesure à sa presse indépendante et à sa justice indépendante, et je trouve que ce que nous voyons en France est plutôt inquiétant. Nous voyons un président de la République qui fête sa victoire d’élection avec Martin Bouygues, et qui téléphone le 8 mai à Omar Bongo pour le remercier de ses bons conseils, et qui ensuite, le 22 mai, nomme son directeur adjoint de campagne, directeur adjoint de TF1″
Elle dénonce un mélange des genres, et une nomination qui a été "annoncée par l’Elysée". "Pour moi c’était une violation d’une règle fondamentale en démocratie. TF1, est "vraiment une machine de guerre pour la propagande". "Cela me paraît des conditions assez berlusconiennes, et je souhaite mieux pour mon pays". Au moins, elle donne un sens aux mots, et elle ose s’opposer à une méthode de gestion du pays véritablement inquiétante. Quand on sait que désormais l’éducation repose sur deux heures de télévision quotidienne pour un enfant de moins de… deux ans, on a une idée exacte de la portée des recommandations éducatives de Nicolas Sarkozy et des efforts qu’il reste à accomplir aux enseignants.
J' ai toujours cru aux vertus de l’exemple, qui a fait des hussards noirs de la IIIème République des apôtres de la démocratie. C’est certain : ils auraient bien du mal, s’ils revenaient, à inscrire la fameuse phrase de morale qui débutait la journée de classe sur le tableau noir, et qui était recopiée, avec application, à la plume Sergent Major, sur un cahier d’écolier. Ils devraient avoir uns sacrée force de conviction pour faire admettre que désormais les règles républicaines s’appliquent durement aux uns et exonèrent les autres.
Durant les quelques jours de vacances estivales que je me suis accordées, je n’ai pas résisté au plaisir d’acheter dans un lointain et beau village de l’Aubrac un petit livre qui reprend justement ces sentences d’une autre époque. Dans " le carnet de morale " j’ai acquis celle ci, de Victor Hugo, que j’offre à Eva Joly : " La liberté commence là où l’ignorance finit ! ". Elle devrait dédicacer son bouquin avec cette apostrophe et l’envoyer à Berlusarkozy et à tous les enseignants qui oublieraient, parfois, d’être des citoyens !
Mais je déblogue…
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E
@ Brice de Nice ;-)<br /> Les enseignants qui veulent être organisés pour lutter efficacement pour l'intérêt général, le sont depuis longtemps en étant syndiqués ! Ils sont finalement peu nombreux ! Les autres, la majorité silencieuse, "penchent" toujours vers leurs intérêts particuliers à court terme ! La conscience politique et sociale disparaît aussi du milieu "enseignant". Les militants syndicalistes et politiques peuvent parfois, grâce à leur travail, faire pencher le rapport de force du « bon côté », mais c’est de plus en plus difficile ! Il est de plus en plus « mal vu » de débattre d’idées dans la salle des profs. Il est plus facile de vendre du vin, du saucisson ou des sacs à main ! Triste !
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B
J'ai été à nouveau fort intéressée par ta chronique d'aujourd'hui sur la Berlusarkolisation....Deux motifs particuliers à cela: j'ai été, durant plusieurs années, responsable, à la Direction des Services Fiscaux quelque part en France , des poursuites correctionnelles pour fraude fiscale; et je peux confirmer que pour être poursuivi, il fallait "en avoir fait"!!!  Je partage donc tout à fait le point de vue de Mme JOLY. ...mais la loyauté m'interdit de trahir le secret professionnel, aussi grande qu'en soit mon envie, devant l"indécence" de certains responsables politiques.Le second motif tient à ce que j'ai été très proche des milieux enseignants, que je connais particulièrement bien leurs problèmes, ayant moi-même enseigné plusieurs années. Je viens de lire Libé, et les réponses de certains enseignants à la lettre du Président : j'espère qu'ils vont s'organiser pour réagir violemment.
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M
Merci JMD de rendre hommage à cette femme superbe qui a une très haute idée de la justice et qui la défend coûte que coûte. La lecture de son bouquin "notre affaire à tous" il y a quelques années m'a profondément boulversée et j'en recommande chaudement la lecture à tous ceux qui ont la bonne idée de lire ton blog.On parle peu d'elle et pourtant elle vaut 1 milliard de fois plus que tous ceux qui figurent en 1ère page...
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