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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LE GENTILHOMME ET LES BOURGEOIS DE COUR

Je suis certain que ce matin je vais vous surprendre. Il n’est pas en effet habituel, après deux années de publication d’une chronique, que j’avoue tout de go que je suis partiellement d’accord avec… Dominique Galouzeau de Villepin. Pauvre victime consentante de l’affaire " Courant clair ", il a davantage " bénéficié " de mes critiques que de mes approbations. Et je me prends pourtant aujourd’hui à presque  le regretter, tellement je suis suffoqué par l’aplomb de son successeur à Matignon, Nicolas Sarkozy ! Personne ne peut prétendre, sans risque de se tromper, que François Fillon conservera en effet, un seul jour, sa fonction de Premier Ministre. Il n’y a que les syndicats de cheminots pour le croire. Ils ont eu la maladresse de lui demander une entrevue pour évoquer un horizon social terrible pour les emplois de la SNCF. Ils ont décidé de lui adresser ce matin une lettre, ainsi qu’à la présidente de la SNCF Anne-Marie Idrac, pour demander à être reçus par le Premier ministre et la direction de l'entreprise, inquiets notamment de la restructuration du fret.
Les syndicats veulent en premier lieu interpeller la direction de la SNCF et le Premier ministre sur la stratégie de l'entreprise concernant le fret, alors que la SNCF confirme la poursuite de la restructuration de ce secteur, qui devrait entraîner plusieurs milliers de suppressions d'emplois supplémentaires. De source syndicale, 6.000 à 7.000 postes supplémentaires pourraient être supprimés sur la seule activité fret d'ici trois ans. Une bagatelle, quand on sait combien le Premier Ministre de l’Elysée est attentif à la défense de l’environnement et à l’effet de serre que la suppression du transport ferroviaire vont singulièrement arranger. Borloo, étrangement silencieux depuis sa bourde de la TVA sociale, va avaler cette décision avec autant de mérite qu’un ténor d’opéra ingurgitant une poignée de clous. Mais peu importe, on attendra que Super Sarko prenne les commandes, un beau matin d’une locomotive quelque part sur une voie ferrée, pour réduire cette nouvelle gabegie qui est annoncée. Il redonnera ainsi ses lettres de noblesse au fret ferroviaire, et au lieu de 7000 postes, on n’en supprimera que 5 000 ! du moins si la cour ne s’y oppose pas !
Galouzeau de Villepin n’avait rien compris au film. Il n’avait pas saisi que la mise en scène n’a plus aucune importance : il suffit d’utiliser les talents des effets spéciaux, et bénéficier ensuite d’une bonne critique, pour faire désormais de la politique qui rapporte. Ce phénomène nouveau lui avait échappé, et désormais il se rend compte de son erreur. L'ex-Premier ministre d’un Jacques Chirac englué avec sa fille, maintenant dans les affaires de la Mairie de Paris, a violemment critiqué le phénomène de cour autour de Nicolas Sarkozy sur France Inter, comparant le pouvoir politique actuel, auquel préside Nicolas Sarkozy, au Bourgeois Gentilhomme de Molière.
" Ce n'est pas quand on est entouré de 'béni-oui-oui', de cire-pompes et de courtisans que l'on fait avancer un pays "
" On est le pays de Molière, ne soyons pas dupe de la réalité des choses. Le Bourgeois gentilhomme est une pièce qu'il faut voir et revoir ".
UN AUTRE SON DE CLOCHE
Interrogé sur la personne tenant le premier rôle de la pièce sur la scène politique actuelle, il n'a pas donné de nom, mais a précisé : " c'est toujours celui qui se met en scène, celui vers qui les regards se tournent ", avant de faire allusion au livre de Yasmina Reza consacré à Nicolas Sarkozy. " Le pouvoir n'est pas fait pour être ainsi consacré, il est fait pour rendre des comptes ", a-t-il précisé. " L'homme de pouvoir en France est toujours mis dans la position d'être flatté ", a-t-il observé, en souhaitant que " les amis de Nicolas Sarkozy soient capables de lui dire les choses, de lui donner un autre son de cloche ". Son tort le plus grand aura été de s’apercevoir un peu tard de cette situation : dans n’importe quel lieu, dans n’importe quel secteur d’activités, dans n’importe quel parti, dans n’importe quelle collectivité, une femme ou un homme détenteur d’un pouvoir est entouré d’une cour. Parfois, c’est celle des miracles, mais parfois aussi, c’est celle des flatteurs. Je n’ai pas d’exemples que cette pratique séculaire en France n’ait pas existé.
Mieux, je suis conscient que, moi aussi, dans mes fonctions électives, quelque part, j’ai dans mon environnement immédiat des " courtisans " ou des " courtisanes " qui confondent souvent le respect et la flatterie, la reconnaissance et la flagornerie, ma défense et celle de leurs intérêts. Je sais que c’est inévitable. Le problème c’est de le savoir et de le prendre pour un mal incurable d’une société difficilement modifiable dans ses comportements. La situation ne s’est guère améliorée puisque les citoyennes et les citoyens se détournent des idéaux dictant les actes, pour ne conserver que les apparences du pouvoir. Or, dans un tel contexte où plus personne ne justifie ses prises de position, la tentation est grande de s’entourer de personnes passant du statut inutile de militants à celui de supporteurs puis insensiblement à celui d’idolâtre. Difficile, pour le détenteur du pouvoir, de ne pas céder à la tentation… du cocon, protecteur des intrusions critiques. Le fameux premier cercle ne repose pas toujours sur la force de ses engagements ou sa loyauté infaillible après débat, mais sur le suivisme exagéré.
Galouzeau de Villepin a cependant une réaction très traditionnelle de celles et ceux qui deviennent lucides sur les comportement des autres, quand ils ont quitté… le pouvoir, sans admettre ce que pensaient les autres du temps où il régnait au milieu d'une… cour. Lionel Jospin n’a pas été différent et bien d’autres responsables de gauche ont eu la même réaction vis à vis de leurs remplaçants. Il faut en effet nécessairement se donner raison à posteriori. On connaît le fameux " droit à l’inventaire " permettant d’essayer de faire oublier que l’on a bel et bien partagé, sans mot dire, les réussites et les échecs de celui ou celle que l’on " inventorie ". D’ailleurs, plus ce droit est revendiqué, et plus il faut évaluer le comportement antérieur de celui qui l’exige !
UN HABITUE DE LA COUR
Galouzeau de Villepin a probablement en la matière des informations que personne ne possède sur l’entourage sarkoziste. Il est, en effet, un expert en matière d’appréciation de la valeur réelle des engagements des uns et des autres. Il sait que beaucoup lui avaient juré fidélité avant de passer chez l’ennemi avec armes et bagages. Il a étudié la composition des cabinets, et surtout celle des centaines de collaboratrices et collaborateurs que l’Elysée ne sait plus comment accueillir. Il doit connaître les " repentis ", les " ralliés ", les " silencieux provisoires ", les " " exécuteurs des basses œuvres ", les " quémandeurs de reconnaissance ", les " béni-oui-oui ", car il a eu le privilège d’en trouver sur sa route dans la vie publique comme tout " élu " qui se respecte.
D’ailleurs, on sent que c’est un fin connaisseur, car il pratique la fameuse formule : " ce n’est pas parce que je vous critique que je suis contre vous ! ". Combien de fois ai-je entendu ce concept, qui ne satisfait que les gens ayant besoin d’une bonne conscience pour expliquer une comportement ambigu ? Elle revient sans cesse dans les équipes de pouvoir, car elle permet d’échapper au principe de solidarité, sans se mettre totalement en marge. Je crains qu’il n’y ait, chez Galouzeau de Villepin, un soupçon d’amertume et une pincée de regrets d’avoir du abandonner les lieux de pouvoir.
Dominique de Villepin s'autorise en effet la critique du gouvernement, tout en affirmant, comme le veut cette tradition : " Je suis dans une majorité, dans un pays où il n'y a plus d'opposition, et dans cette majorité, j'estime que nous devons porter la critique " a indiqué l'ancien Premier ministre. " Je vais vous citer ma référence : c'est Nicolas Sarkozy. J'ai été dans un gouvernement où Nicolas Sarkozy n'a pas arrêté de dire qu'il fallait animer le débat " a affirmé Dominique de Villepin, avant de préciser : " Il avait raison, et je suis celui qui remplit le rôle d'aiguillon d'une majorité qui ne doit pas s'endormir sur ses lauriers. " Là, il se donne un rôle similaire à celui très enviable de la mouche du coche, qui dénote chez lui, dans le contexte médiatique actuel, une suffisance, correspondant à ce que l’on connaît de lui. Il fait même semblant de croire qu’il peut encore, comme l’a cru Lionel Jospin, à gauche, être un jour rappelé triomphalement !
L’ACCESSION AU POUVOIR ET L’EXERCICE DU POUVOIR
Galouzeau enfonce en réalité une porte ouverte. Il confond en fait deux échelons de la vie sociale : celui où l’on construit l’accession au pouvoir et celui où l’on exerce le pouvoir. Durant le premier, le débat, la critique, la contestation, la concertation doivent exister afin que soient définis les projets, les équipes, les axes de l’action. En revanche dans le second, il s’agit de mettre en œuvre solidairement le pacte conclu. Et là, il faut des gens solides, actifs, convaincus, fidèles, qui ne passent pas leur temps à démolir ce qui doit être construit pour respecter les engagements pris.
Nicolas Sarkozy demeure populaire, car il donne à ces deux niveaux, le sentiment qu’il est le meilleur. Ségolène Royal l’avait également bien compris. En lançant la phase des débats participatifs, elle savait qu’il fallait donner la sensation aux supporteurs qu’ils allaient devenir des acteurs. Ce fut concluant et efficace. En revanche, elle s’est plantée sur le second pallier car elle n’a jamais su trancher, en raison des circonstances, entre " une équipe de fidèles " peu prête à assumer les erreurs, et une " équipe patchwork " de gens plus ou moins hostiles mais compétents, traduisant une évidente ambiguïté. Elle n’a jamais trouvé, davantage par formation et par culture, l’équilibre indispensable entre la confiance reçue et celle donnée. Elle s’est donc repliée dans un bunker intellectuel rassurant.
Nicolas Sarkozy n’a pas eu d’états d’âme : il n’a travaillé exclusivement qu’avec des fidèles, et désormais il impose purement et simplement le principe voulant que le seul juge à l’arrivée soit l’opinion publique à laquelle il souhaite rendre compte, en permanence, grâce à un système médiatique sous perfusion de sarkozisme quotidien. Galouzeau de Villepin, échaudé par les guets-apens permanents posés par celui qui fut son " premier " ministre, doit avoir en travers de la gorge l’attitude de certains qu’il ne parvient pas à convaincre de commencer la guérilla interne. Ils sont donc devenus pour lui des " courtisans ".
Le thème du bourgeois balourd qui veut devenir aristocrate, on s’en doute, est banal dans la littérature, mais devient un peu cocasse quand il est présenté comme un exemple ridicule par un Galouzeau de Villepin, étonné de voir évoluer une cour !
Sa vanité le pousse ainsi à désirer quelque chose, simplement par imitation d'autrui. Mais je me demande bien qui Nicolas Sarkozy peut chercher à imiter. Il a au moins un avantage, contrairement à Monsieur Jourdain, Le Bourgeois gentilhomme, Galouzeau de Villepin, lui  fait une politique de droite sans le savoir.

 

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J
Il m'arrive parfois d'avoir des coups de "spleen"...S'opposer ne consiste PLUS à dire son mécontentement! Il faut proposer, inlassablement en partant de la longue plainte du peuple qui souffre, sans chercher à l'interpréter ... Les gens ne veulent PLUS de cet état d'esprit politicien ... Ils veulent que leur vie quotidienne change VRAIMENT. Il faut donc aider le pouvoir en place à faire les réformes qui s'imposent désormais naturellement en cherchant à les "tirer" vers sa propre philosophie personnelle.Si Sarko bénéficie d'une telle popularité, c'est parce qu'il est en phase avec la base ... Il ne faut donc pas être "avec" tous ceux qui sont "contre" et pas d'avantage être "contre" tous ceux qui sont "pour"!
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E
@ jacques<br /> Tu nous avais habitué à mieux qu'à des commentaires simplistes comme celui ci-dessus ! Quoique, je dois perdre la mémoire... ;-)
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J
Ce soutien à de Villepin est tout sauf sincère ... pur calcul politicien!Quand de Villepin était au pouvoir, Monsieur Darmian était contre lui. Attitude logique. JMD a fait tout ce qu'il apu pour torpiller la candidature Ségo. Attitude logique. Une fois placé dans l'obligation de choisir entre Ségo et Sarko, il a choisi Ségo. Attitude logique.Maintenant qu'il est, attitude logique, contre Sarko, il est donc pour de Villepin. Attitude logique puisque de Villepin est contre Sarko ... "Les ennemis de mes ennemis sont mes amis". Attitude logique ...  
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C
Nuire pour exister : De Villepin ne sera pas le dernier de ceux qui ont connu l’ivresse de la gloire avant d’être frappé de disgrâce, pour espérer rebondir en se rapetissant. Tous ceux que la spirale du succès entraîna au faîte de la notoriété ont, après l’extinction des feux de la rampe, cru que la faculté de nuisance pouvait servir de patch à la carence du pouvoir...
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N
Toujours  dans la veine de Darmian,analyse intelligente, commentaire délicieusement construit , accessible à tous et loin de l'intellectualisme stérile. M. darmian que n'êtes vous un virus se propageant à la gent journalistique! Merci Monsieur
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