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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DES CHIFFRES QUI EN DISENT LONG

C’est devenu une constante du milieu économique : on fixe désormais des objectifs chiffrés à tous les niveaux dans les entreprises. Les ouvriers doivent s’astreindre à des rendements élevés. Les commerciaux sont contraints de vendre à tout prix. Les dirigeants sont sous les regards d’actionnaires ayant déterminé des dividendes à percevoir. Dès qu’un échelon manque son rendez-vous, les sanctions sont immédiates. Mutations, absences de promotion, délocalisations tombent quand ce n’est pas tout simplement l’envoi vers l’ANPE ou ce qu’il en restera bientôt. La notion de " chiffres ", de " taux ", de " résultats " a pris le pas sur tout le reste.

Dans le monde politique, cette chasse forcenée au profit prend ses aises et repose également sur des données chiffrées (sondages bien entendu, indices, quotas…). Elle est considérée comme inévitable. Parfois même, elle est louée comme étant la résultante d’une bonne gestion, paraphée par le mot qui fait fureur : le " ratio ".
Nicolas Sarkozy et l’UMP sont forcément les plus enclins à vanter le " résultat " et le " mérite " qui découle des performances réalisées, en terme médiatique. On prétend même, dans toute la presse écrite de hier, qu’il " note " ses ministres, auxquels il décerne des satisfecits indulgents ou des quolibets cruels. Christine Lagarde le décevrait beaucoup. Xavier Bertrand n’aurait plus aucun talent. MAM serait à renvoyer faire sa piperade à Saint Jean de Luz. Morin ne servirait à rien. Brice Hortefeux patinerait. Borloo serait considéré comme totalement inutile. Fillon ne serait finalement qu’un collaborateur trop ambitieux… Enfin, à part Rachida Dati, tous les autres ne seraient que des " pas grand chose " ne sachant pas atteindre les… objectifs fixés.
Si l’on applique la règle libérale des ratios au gouvernement actuel, sa cote de popularité devrait descendre vertigineusement. Aucune des mesures annoncées ou mises en œuvre ne changent en effet un bilan pour le moins inquiétant. A partir du moment où le libéralisme triomphant préfère les chiffres aux hommes, il lui faut admettre les conséquences de cette analyse sociale. Or ce n’est jamais le cas, car l’éducation citoyenne est à un niveau tellement bas que la compréhension des annonces n’écorne pas le suivisme des supporteurs, meurtris pas le double échec du… rugby puis du football. La catastrophe menace, mais pas là où on le croit. Si la France va très mal, ce n’est que de son sport. Pour le reste, rien n’est catastrophique.  Et pourtant !
Accrochez-vous, car tout chef d’entreprise qui annoncerait au 31 juillet un bilan chiffré comme celui de Nicolas Sarkozy, aurait du souci à se faire. En économie s’entend, car en politique, avec un brin d’agitation et beaucoup de vent brassé, on arrive aisément à placer des images plutôt que des nombres. Heureux soient les crédules, mais le royaume des réussites ne leur est pas encore ouvert !
LA CHUTE CONFIRMEE
Selon les prévisions de l’OCDE du début septembre, par exemple, la croissance française devait s'établir à seulement 1,8% en 2007 alors que dans ses précédentes estimations, cet organisme tablait sur une croissance du PIB de 2,2% en France. Pour l'ensemble de la Zone Euro, les perspectives de croissance ont aussi été revues à la baisse, l'OCDE anticipant désormais un PIB en hausse de 2,6% contre 2,7% précédemment. En Allemagne et en Italie, l'activité économique devrait finalement progresser de 2,6% et 1,8% (2,9% et 2% pour les précédentes estimations. Celui qui se croit Premier Ministre est alors vite monté au créneau. Christine Lagarde, dont le Président dit désormais pis que pendre, a assuré que cette prévision serait fausse. Nicolas Sarkozy en personne a tenté de donner un coup de menton salvateur pour le moral des troupes : " J’irai la chercher, la croissance... " a-t-il lancé, sûr de sa force et de ses résultats. Dommage que hier la commission européenne, où il ne compte déjà plus beaucoup d’hommes de confiance, ait réaffirmé (sans que la télé s’en empare) que la croissance française serait bel et bien au mieux (sans mouvements sociaux lourds et sans augmentation trop forte des cours de l’énergie) de… 1, 9 % contre 2,4 l’an passé et contre 2,5 initialement prévus. Le " paquet fiscal " qui devait relancer la France n’a absolument eu aucun effet, et c’est un échec avéré !
Il faudra donc que le Président qui fait tout, qui sait tout, qui veut tout, qui pèse sur tout, s’explique à nouveau devant ses collègues, car la France connaît la baisse prévisionnelle la plus forte de tous les pays de la zone Euro (0,5 %) alors que les Pays Bas sont à –0,3 %, l’Allemagne à –0,1 % que les Anglais sont à + 0,1 %, les Polonais à + 0,4 % et que l’Espagne maintient son taux à… 3,7 % ! " Nous verrons ce que nous dit la France lors qe notre réunion informelle de Porto " a déclaré le Ministre portugais des Finances, qui attend donc des explications de Christine Lagarde ! Ce paramètre qui devait compenser les cadeaux fiscaux et redonner du punch aux finances publiques doit être révisé à la baisse, sauf à trahir la vérité, et il sera intéressant de vérifier si elle maintient son optimisme béat.
DES DEFICITS QUI S’AGGRAVENT
Autre catastrophe chiffrée : la balance commerciale de juillet. Le déficit français excède maintenant la bagatelle de 30 milliards d’€ annuels. Il a encore progressé (malgré une bonne saison touristique) avec 3,304 milliards d’€ contre 3,145 le mois précédent. Seulement 19 airbus ont été placés et le Rafale de Dassault n’a pas encore séduit le moindre pays. On prétend même que l’Arabie Saoudite ne ferait pas le moindre effort, et s’orienterait vers le Starfighter. Les importations continuent en revanche à progresser, passant de 37,039 milliards à 37,266, alors que la France est moins touchée que les pays voisins par le coût du gaz et du pétrole. Le fossé se creuse, et il y a fort à parier que d’ici la fin de l’année, on ne retrouvera sûrement pas l’équilibre minimum. On atteindra des écarts records.
Intérieurement, jamais le déficit de la Sécurité sociale n’a pas été autant en décalage avec les prévisions. Aujourd’hui, à Porto, Christine Lagarde promettra un déficit du budget de l’Etat qui, dans un tel contexte, ne dépasserait pas 42 milliards d’€ et un déficit de la sécurité sociale inférieur à 10 milliards d’€. En fait, la cour des comptes, hier encore, a démenti ces espoirs. Le déficit du régime général de la Sécurité sociale pour l'année 2006 s'élevait en effet déjà à 8,7 milliards d'€, dont 5,9 milliards pour la seule branche maladie -la plus déficitaire-. Le déficit cumulé de la "Sécu" pourrait dépasser les 40 milliards d'€ à fin 2009, soit autant que celui d’une année du budget de l’Etat.
Le gouvernement avait prévu en 2007 un déficit de 12 milliards d'€, dont 6,4 milliards pour la seule branche maladie, soit un dépassement de quelque deux milliards d'€ par rapport aux prévisions pour le régime général. En 2006, les objectifs fixés en matière de soins de ville n'ont pas été respectés, souligne la Cour des comptes, qui attribue le dépassement au fait, notamment, que " la baisse des dépenses de médicaments (...) ne s'est pas suffisamment concrétisée, malgré les déremboursements et la progression des génériques ". Le seront-ils avec l’augmentation des consultations et des tarifs accordées avant les élections ? Comme en plus, on va bientôt exonérer les heures supplémentaires, il y a fort à parier que 2008 sera de la même veine !
D’AUTRES PARAMETRES INQUIETANTS
Il faut ajouter la dette publique qui ne passera que de 63,7 % du Produit intérieur brut (PIB) fin 2007 à 63,6 % fin 2008, si la croissance n’est pas celle prévue par l’Europe ,mais celle du père Noël de l’Elysée. N’oubliez pas les risques d’inflation que la crise du " subprime " fait encore courir à travers une hausse des taux d’intérêt ! Ralentissement du marché de l’immobilier donc du bâtiment, donc du secteur actuellement le plus dynamique… Ajoutez des mouvements sociaux, provoqués par la méthode de gestion des réformes plus que par les réformes elles-mêmes, des milliers de suppressions d’emplois cumulées (PSA par exemple) et vous avez les ingrédients d’une crise majeure qui se profile. Elle ne se résoudra pas en courant à travers le pays dans tous les sens, en décentralisant Outre Mer un prochain Conseil des Ministres ou en effectuant un remaniement du gouvernement en janvier avant les municipales. Il faut restaurer la confiance et toutes les mesures prises ne visent qu’à dresser une partie des Françaises et des Français les uns contre les autres, ou à les plonger dans l’inquiétude du lendemain. Les prix s’envolent. Le travail se précarise. Les retraites s’éloignent. Le pouvoir d’achat est attaqué sur tous les fronts.
En fait, hier, il n’y avait qu’une " nouvelle " susceptible de redonner du baume au cœur à la majorité UMP. Elle ne va pas bien, car elle a eu à avaler la mort de la TVA sociale à laquelle Christine Lagarde a trouvé 4 vices incontournables (les mêmes que ceux énoncés dans l’AUTRE QUOTIDIEN en fin de semaine dernière). Alors, elle a dégusté, à sa juste valeur, une mesure emblématique : l’annonce gouvernementale visant à rétablir le… contrôle fiscal sur les chômeurs par les fonctionnaires du Ministère de l’Emploi ! C’est de cette manière que l’on va modifier l’évolution des comptes de la nation, puisque le bouclier fiscal protège les autres, celles et ceux qui gagnent de l’argent en dormant. Même si, sur le principe, je ne saurais être en désaccord formel avec cette mesure salutaire destinée à mettre fin à d’indéniables abus, ce n’est, encore une fois, qu’un effet d’annonce, exclusivement destiné à flatter l’opinion dominante dans le sens du poil, car rien ne sera fondamentalement changé dans la réalité actuelle. Les parlementaires UMP ont dû également jubiler en apprenant que Brice Hortefeux allait être, lui, le seul à… atteindre son objectif : celui du nombre des expulsions du territoire français. Au moins c’est efficace, utile et capital pour la relance, puisque ça fait travailler les compagnies aériennes.
Que la croissance redémarre, que les entreprises développent leurs investissements, et personne ne fera aux chômeurs le procès d’intention d’être des fraudeurs potentiels, car ils auront retrouvé du travail, pour certains d’entre eux. On pourrait peut-être aussi, pour les motiver, les réunir chaque jour et leur lire la lettre de Guy Mocquet… et le faire pour les patrons ou les grands PDG. A moins que ce soit plus efficace de le faire tout bonnement en conseil des Ministres, avec tout le monde debout autour de la table, au garde à vous ! |Ça aurait de la gueule pour doper la croissance.
Mais je déblogue ! 
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Y
Il faudra que des sarkozystes m'expliquent comment on peut fixer des quotas si l'on étudie les dossiers au "cas par cas".Décidément les prefets ne sont plus ce qu'ils étaient, il faudrait qu'ils prennent exemple sur l'un des leurs qui remplissait, lui, bien ses quotas : Papon.
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J
Jean-Marie, j'espère que tu féliciteras le préfet Idrac d'avoir été conoqué à Paris par Brice Hortefeux. Par les temps qui courent, c'est quasiment une médaille, cette convocation !Faudrait peut-être d'ailleurs en faire autant pour la vingtaine de préfets qui ont fait l'objet de cette remontée de bretelles.
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