Qui n’a pas peur du cancer ? Qui peut affirmer sans mentir que cette maladie ne le conduit pas à un moment ou à un autre à envisager un moment difficile de sa vie ? La peur réelle portée par ce mot aux multiples facettes augmente dans une société qui ne rêve que d’immortalité. Le nombre de cas recensés en France a augmenté au cours des dernières années. Ce constat soulève un certain nombre de questions auxquelles un groupe de travail a tenté de répondre. Composé de membres du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), des Académies nationales des sciences et de médecine et de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer, il a rendu public son verdict hier, soulignant l'importance des facteurs liés aux comportements individuels.
Le groupe de travail, coprésidé par Peter Boyle et Maurice Tubiana , s'est basé sur l'ensemble des données françaises existantes. Son rapport présente un tableau d'ensemble, où la mortalité par cancer a globalement diminué, mais où les variations sont importantes d'un type de cancer à l'autre.
En 2002, 278 000 no
uveaux cas de cancer ont été découverts, et 150 000 décès constatés. Différents facteurs peuvent expliquer l'augmentation du nombre de cas, parmi lesquels les outils diagnostiques performants et non traumatisants, capables de détecter désormais des lésions cancéreuses de petite taille et de faible potentiel évolutif. Le rapport note que pour les cancers concernés (sein, prostate ou thyroïde) l'augmentation de l'incidence n'est pas accompagnée d'une augmentation de la mortalité. Le rapport, indique que le tabac et l'alcool sont à responsables de 28% des cancers en France, et minimise le rôle de la pollution (moins d'1%). Le document confirme qu'en France, comme dans tous les pays industriels et la majorité des pays du tiers monde, le tabac reste la principale cause de cancer. En 2000 les cancers dus au tabac ont fait 29.000 décès, soit 33,5% des décès par cancer chez l'homme, et 5.500 décès, soit 10% des décès par cancer chez la femme. Au total, le tabac est à l'origine de 18,2% des cancers en France, devant l'alcool (10,8% d'incidence chez les hommes et 4,5% chez les femmes).
Ces constats chiffrés masquent néanmoins beaucoup de détresse et de souffrance. Il faut bien avouer que ce n’est pas le sentiment partagé par la population qui doute véritablement de la notion de guérison liée au cancer. Chacune et chacun d’entre nous possède dans son entourage une femme ou un homme qui lutte contre le mal. Chaque fois que l’un d’entre eux disparaît, on évoque les conséquences " d’une longue maladie " sans même oser nommer la cancer. Il est vrai que les réalités semblent bien différentes des statistiques.
LE TABAC ET L’ALCOOL
Les racines de ce " chancre " sont multiples, et tous les chercheurs tentent de les identifier. Il semble pourtant que les expositions professionnelles à des produits toxiques, en diminution, sont à l'origine de 3,7% des décès par cancer chez l'homme et 0,5% chez la femme. Les traitements hormonaux de la ménopause sont à l'origine de 2% environ des décès par cancer chez la femme, essentiellement par cancers du sein et de l'ovaire.
Loin derrière, l'excès de poids et l'insuffisance d'exercice physique causent 2% de décès par cancer chez les hommes et 5,5% chez les femmes. Si le nombre de cas augmente, les chercheurs précisent que, rapporté à l'augmentation de la population et à son espérance de vie, " globalement, la mortalité par cancer a diminué d'environ 13% entre 1968 et 2002 ". Et c’est ce que l’on a le plus de mal à croire.
Si les causes de cancers sont identifiables dans 45% des cas chez les hommes et 30% des cas chez les femmes, l'étude reconnaît que l'on ignore l'origine spécifique de 85% des cancers chez les non fumeurs. Les experts préconisent donc un renforcement des recherches pour découvrir ces causes inexpliquées, car ce sont elles qui conditionnent la longévité de beaucoup de gens actuellement bien portant ! Et c’est sur ce point que le texte publié pose le maximum de problèmes. La pollution se trouve en effet très vite exonérée.
C'est un rapport copieux, fait par des scientifiques compétents. Mais il n'apporte rien de nouveau. Il redit que le tabagisme et l'alcoolisme sont des facteurs importants à l'origine du cancer. Selon ce rapport, 0,5% des cancers ont pour origine la pollution chimique de l'environnement. Ce n'est pas possible. On reviendrait en effet à un taux inférieur à celui avancé en 1981 par des chercheurs anglo-saxons qui soutenaient que la pollution était directement responsable de 1% des morts par cancers. Cela voudrait dire que la pollution a régressé depuis ces 25 dernières années. C'est impossible. Ce rapport ne fait d'ailleurs pas l'unanimité parmi les scientifiques et médecins rencontrés. Il va pourtant rassurer la population ! Et l’on se demande si ce n’est pas son but principal.
LA POLLUTION REELLEMENT MORTELLE
Dans ce rapport, on dit que dans 45% des cas, les causes de cancer sont identifiables. Qu'en est-il des 50% restant? Implicitement, les scientifiques qui ont réalisé ce rapport reconnaissent donc qu'il existe d'autres causes du cancer; lesquelles : là est toute la question? De nombreuses études, notamment britanniques et américaines, p
rouvent le lien de causalité entre cancer et pollution. Ces études se basent sur des analyses toxicologiques et biomoléculaires. L'hypothèse que nous avons avancée est qu'au moins 50% des cancers, si ce n'est les deux-tiers, sont liés aux modifications chimique, physique et biologique, de notre environnement, en particulier aux fameuses substances CMR (cancérogènes, mutogènes et ), qui sont internationalement reconnue comme pouvant être à l'origine de cancers. Comment peut-on arriver à de tels résultats ? C'est une question de méthode. Dommage que ce rapport se base uniquement sur des analyses épidémiologiques. Il ne s'agit pas en effet d'un rapport sur les causes des cancers comme indiqué, mais sur les facteurs de risque, autrement dit les facteurs favorisant l'émergence des cancers. On prend une série de malades, on analyse et on compare à des témoins. Ce rapport aurait du faire état des études toxicologiques et biomoléculaires internationalement reconnues, pour interpréter les résultats épidémiologiques obtenus. Cela n'a malheureusement pas été le cas, ce rapport est donc partiel, voire même partial. En outre, il ne correspond pas au ressenti de la population. Un malade qui ne fume pas et ne boit pas ne comprendra pas qu'on lui explique que sa maladie est sans cause. Cela va également à l'encontre des données de santé publique de notre pays : les chiffres du tabagisme et de l'alcoolisme sont en baisse, or, on constate une augmentation du nombre de cancers. Il existe forcément une différence formidable entre le ressenti des gens et ce rapport officiel et des interprétations permanentes des constats effectués par les chercheurs. Impossible pour moi de croire que les pesticides dans l’air, les produits chimiques dans la nourriture, la qualité de l’eau ou de l’air, les progrès technologiques (téléphone mobile, informatique, peintures diverses, teintures multiples…) n’interviennent pas dans le processus de déclenchement du cancer !
L’EFFET REDUCTEUR DES COUPABLES FACILES
Il existe des voies de recherche dans deux domaines, et qui sont extrêmement prometteuses. D'une part, les virus et les bactéries. On leur a longtemps accordé un rôle des plus négligeables dans le développement des cancers. La réalité est probablement plus importante. Et d'autre part, la nutrition. En réalité, c'est dans les premières années qu’elle est la plus importante. Même chez une femme enceinte, cela aura une influence considérable pour le futur enfant. Si on se préoccupe uniquement de la lutte contre le tabagisme et l'alcoolisme, on n'arrivera jamais à éradiquer complètement la maladie. Il faut donc que le Plan national cancer soit réorienté en faveur de la prévention environnementale, en tenant compte de l'ensemble des données actuelles liant cancer et environnement. Ce rapport tombe bien mal, au moment des négociations du Grenelle, et on peut se demander s'il n'est pas une provocation destinée à dédouaner quelques pollueurs. Avec de telles conclusions, les industriels et les pouvoirs publics vont en effet penser qu'il est anodin de continuer à polluer. C'est extrêmement grave. C'est un véritable retour en arrière en matière de prévention.
Le cancer tue au moins 150 000 personnes chaque année en France. Il est donc urgent d'apporter des réponses, en vertu du principe de précaution. C'est ce qu'a fait le corps médical en établissant une plate-forme commune de 7 propositions, dont le renforcement du Plan national santé environnement (PNSE), un moratoire concernant l'incinération, une réduction d'utilisation des pesticides, et surtout un redéploiement du Plan national cancer. Ces mesures n’apparaissent pas comme utiles après la publication d’un rapport rassurant. Après la couche d’ozone qui se reconstitue, ont peut se poser des questions sur les pollutions qui ne paraissent pas si dramatiques que cela.
Et pourtant, par exemple, les poissons et sédiments du Rhône contiennent des polychlorobiphényles (PCB), plus connus sous leur appellation commerciale de Pyralène, longtemps utilisé comme isolant électrique des transformateurs. Sa toxicité est équivalente à celle de la dioxine pour des consommateurs réguliers de poissons, selon l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa). La présence de PCB dans le Rhône est attestée depuis des années.
En 2005, des analyses de chair de poissons pêchés dans le canal de Jonage, dans la banlieue de Lyon, avaient de nouveau mis en évidence une contamination. Et conduit les services de l’État à mettre en place un protocole d’analyses et d’enquêtes réalisées par le Cemagref et la Direction des services vétérinaires. Ce sont les conclusions de cette enquête qui ont provoqué la semaine dernière l’extension de la zone d’interdiction, et ont décidé la Fédération Rhône-Alpes d’associations de protection de la nature (Frapna) à déposer plainte contre X pour pollution. Bizarre, il n’est pas question des conséquences sanitaires de cette pollution, qui transforme le Rhône en véritable Tchernobyl. Mais on le sait, la pollution n’a aucune influence sur la santé générale. Du moins, tant qu’on ne la connaît pas. On va finir par vous faire croire que l’amiante, le pyralène, le DDT et que sais-je encore, ne sont pas des " fortifiants à cancer " au moins aussi forts que la " Gitane " et le " jaune " !
Mais je déblogue...