Nous constatons chaque jour que la faiblesse terrible de la formation citoyenne va finir par tuer la République. En ayant oublié durant des années, dans le système éducatif, de simplement, bêtement allais-je écrire, faire de la formation civique, on a perdu tous les repères permettant aux gens de se prononcer sur des projets… politiques. Ils se contentent des apparences, et comme le soulignait Laurent Fabius, sur les " paillettes ". Ainsi, plus grand monde n'est capable d’expliquer les valeurs qui ont conduit le Conseil National de la Résistance à bâtir le concept de la Sécurité sociale. Depuis déjà une bonne décennie, elle a même été remplacée par… l’insécurité sociale, sans affoler outre mesure celles et ceux qui en sont les victimes. Les valeurs de solidarité et d'équité dans l'accès aux soins furent, en effet, à la base du concept de l'assurance-maladie. Elles en sont le socle essentiel et incontestable comme l’avait souhaité, en 1944, Pierre Laroque. Admis au Conseil d’Etat en 1929, cet " illustre inconnu " de la majorité du Peuple devait à son entrée, en 1931, au cabinet d' Adolphe Landry, ministre du Travail et de la Prévoyance sociale, de devenir un spécialiste des assurances sociales.
Révoqué en octobre 1940 pour des origines juives comtadines (le teste ADN n’existait pas mais le principe était le même), il entre dans le secteur privé, participe à Lyon à l'organisation de résistance " Combat ", et rejoint Londres en avril 1943. Rentré en France en juin 1944 avec De Gaulle, il fut nommé Directeur Général de la Sécurité sociale le 5 octobre, et prit alor
s une part considérable dans la rédaction des ordonnances fondant et organisant notre système actuel de protection sociale. Il serait bon de se référer à sa volonté pour juger de l’instauration de la franchise médicale. Mais les modifications sociétales et économiques qui ont eu lieu depuis la création de celle-ci, en 1946, posent question. Le système est-il encore adapté aux besoins, et sa gestion répond-elle aux exigences les plus modernes que l'on peut attendre pour un objectif original de cette envergure ? L'usager de l'assurance-maladie est un cotisant aveugle, sans information sur la qualité des soins qu'il est en droit d'attendre, se remettant entre les mains d'un médecin traitant (qu'il a certes choisi une fois) et en faisant confiance à sa compétence professionnelle, à son réseau de correspondants spécialistes, à ses relations avec le système de soins et le système hospitalier, etc. Vouloir le responsabiliser " économiquement " par la franchise relève donc du pari absurde, car elle ne règlera absolument pas les rapports des gens avec la santé. Devenu consommateur de soins plus que d’actes concrets de prévention, il continuera à s’inscrire dans un processus ancré dans les habitudes.
L’ASSURANCE REMPLACERA LA SOLIDARITE
La franchise est une décision dogmatique qui soulève nombre d'interrogations. Elle renvoie d'abord à l'univers de l'assurance et pas à celui de la solidarité. Elle prépare des étapes ultérieures par le fait qu’elle ne résorbera absolument pas le déficit qui est structurel et pas du tout conjoncturel, et donc elle prédisposera à basculer vers le système dangereux de l’assurance individuelle. Avant la fin de son mandat présidentiel, il y a fort à parier que Nicolas Sarkozy, ayant mis en évidence cette réalité, se tournera vers une mise à mort de la sécurité sociale de Laroque. Le prélèvement en amont de la dépense présente un risque majeur de restreindre l'accès aux soins. Il pose la question de la solidarité car, par un phénomène pervers, la franchise pourrait pousser les " plus cotisants " à se désimpliquer à terme en se soustrayant alors à l'effort consenti de solidarité et à ne laisser, face au financement, que les moins capables de l’assurer.
L'idée libérale que le gouvernement veut mettre en place repose sur le principe réputé inafillible que l’on ne résoud un problème que par des sanctions financières généralisées. Elle évite surtout de répondre à un certain nombre de questions, et donc de se pencher sur des possibilités d'action.
Par exemple, la gestion du système doit répondre aux critères d'exigences modernes. Pour améliorer son efficience, il faudrait utiliser les outils de gestion les plus modernes, tels qu'ils existent et sont appliqués dans la majorité des grandes entreprises nationales ou internationales. La direction de l'assurance maladie, garante de la mise en œuvre de la politique de santé, doit répondre de ses résultats devant la représentation nationale et non pas laisser filer pour se réveiller au bord du gouffre.
Les négociations doivent être menées entre partenaires sociaux qui doivent assurer une véritable cogestion de ce pan de la vie sociale. Les relations entre les acteurs du soin et la gouvernance du système doivent enfin devenir beaucoup plus efficaces. Il faut repréciser, lors d’un Grenelle de la protection sociale, le rôle de chacune des tutelles, pour définir son exacte responsabilité et les moyens de contrôle qui s'exercent. Actuellement, c’est le flou le plus complet.
ET LE MALADE DANS TOUT CELA ?
Le malade, auquel on inflige désormais une double peine, doit pouvoir bénéficier d'une information nécessaire à la compréhension de son parcours de soins et de sa thérapeutique, de ses droits et de ses devoirs. Le futur dossier médical personnalisé pourra peut-être aider à la réalisation de cet objectif, pour peu qu'il devienne un véritable outil de la relation soignant-soigné. La responsabilisation du couple " malade-thérapeute ", sur la base d'un contrat thérapeutique, doit être recherchée. Sa " feuille de route en santé ", qu'il devrait discuter et partager avec les professionnels de santé doit lui être lisible.
Pour cela, l'information et l'éducation sanitaires devraient être inscrites dans le parcours scolaire, au même titre que… l'éducation civique qui devrait être développée, et au moins mise au niveau de l’éducation à la… sécurité routière. Le concept de base de " solidarité " doit être repensé, pour actualiser ses principes fondamentaux. Car actuellement, au nom de ce socle non défini, une consommation injustifiée peut être prise en charge.
Les " soins d'environnement ", basés sur un besoin de réassurance, d'esthétique… ne doivent pas être pris en charge de la même façon que les " soins de santé ". On doit véritablement faire le ménage entre ce qui relève de la santé et ce qui relève du confort. Pour trouver des recettes supplémentaires, il serait courageux
d'envisager la création d'une taxe sur les produits manifestement déséquilibrés sur le plan nutritionnel et qui, on le sait désormais, causent des ravages chez les enfants et les adolescents. Les ressources de cette taxe ,attribuées à l'assurance-maladie, doivent servir à envisager des actions de prévention et d'éducation dans la prise en charge de l'obésité.
La franchise est une vraie fausse bonne idée, puisqu’elle vise à responsabiliser les consommateurs de soins alors qu’elle va lourdement pénaliser les patients les plus atteints, sans que jamais soit mis à plat un système qui ne repose à tous ses niveaux que sur le… profit. Les présidents départementaux des huit Caisses primaires d'assurance maladie (CPAM) de la région Midi-Pyrénées ont annoncé d’ailleurs, hier à Toulouse, leur intention de dénoncer dans une lettre ouverte aux hommes politiques, les méfaits de la nouvelle franchise médicale. Ils affirment que cette décision ne sera pas plus efficace que l’aura été le plan Douste Blazy, présenté comme le plan qui allait sauver la sécurité sociale, alors qu’il a accentué le " trou ".
DEVOIEMENT AUX PRINCIPES DE SOLIDARITE
" Cette franchise médicale sur les transports, les médicaments et les soins ,constitue un nouveau dévoiement aux principes de la solidarité des Français face à la maladie ", a déclaré Bernard Giusti, président de la CPAM de Haute Garonne. " Au cours d'une réunion, nous avons décidé à l'unanimité de tirer cette sonnette d'alarme afin de dénoncer la mise en place de ces nouvelles franchises qui trahissent purement et simplement l'esprit de la solidarité nationale face à la maladie mise en place en 1946 ", a t-il précisé.
" Plusieurs études montrent, en plus, que ces franchises, comme les précédentes, ne servent à rien économiquement. On parle de dépenses, mais c'est le problème des ressources qui est en question, et derrière lui l'ensemble des exonérations de charges ",
" Les exonérations sur les stock-options ont eu un coût : trois milliards d'€ , a-t-il ajouté. Celles sur les intéressements et les participations aussi : cinq milliards d'€ ! Comme rien n'a été compensé, et c'est la Cour des comptes qui le dit, 37 milliards d'€ ne sont pas rentrés dans les caisses en 2005 ".(1)
Les mutuelles ne prendront probablement pas les franchises à leur charge suite aux nouvelles taxes que le gouvernement prépare. Les 50 centimes par boite de médicament, 2 € pour le transport sanitaire et autres frais non remboursés, qui paraissent plus des mesures de boutiquiers que de véritables mesures économiques, devront, parait il, " responsabiliser " le patient. Comme si une personne comme mon père, paralysé à 99 %, ou ses voisines atteintes de la maladie d’Alzheimer en étaient responsable, et avaient choisi d’avoir cette maladie uniquement pour se faire plaisir. Vous avez dit franchise ? C’est plutôt un coup tordu !
Mais je déblogue…
(1)Or ce n’est pas la franchise qui palliera ce manque à gagner colossal ! Inutile de tourner en rond, l’assurance maladie est condamnée à des déficits comptables récurrents. L’addition est lourde et ce n’est hélas que le prélude de difficultés permanentes. Que peut avoir de plus le plan Bachelot par rapport à celui de ses prédécesseurs ? En fait, quasiment rien, il s’agit de stopper l’hémorragie sans pour autant trouver un remède efficace de guérison. On tente de mettre une compresse sur un cancer. Tous les plans de redressement passés se sont révélés pratiquement aussi inutiles les uns que les autres, car jamais la solidarité n’est au cœur des mesures. Il ne faut pas être grand devin pour savoir que la médecine va devenir de plus en plus coûteuse, que les factures vont s’allonger avec la durée de vie et que tous les plans qui ont été entrepris jusqu'à présent ne sont que des rustines. Les ministres de la santé successifs depuis 20 ans n’ont fait que de se repasser la patate chaude qui amène à la situation présente plus que dramatique, pour arriver à la fin de la couverture universelle généreuse et collective de Laroque. Conclusion, il faut se préparer à payer plus pour son médecin, plus pour ses soins et plus pour ses complémentaires. a dit encore le porte parole d’une poignée de présidents courageux.