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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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LES COULISSES DE L'EXPLOIT

Derrière les sunlights de la scène internationale il y a toujours nécessairement des coulisses. Quand le spectacle tire les larmes et provoque sa dose d’émotions fortes, on oublie facilement qu’il y a une machinerie (et je n’écris pas une machination) cachée beaucoup plus compliquée que les apparences. Elle est souvent, comme dans les bonnes réalisations soigneusement occultés de telle manière que la fiction soit irréprochable. Ainsi nonobstant les affirmations officielles, l’affaire abracadantesque de l’Arche de Zoé, mériterait une mise à plat beaucoup plus précise que sa seule présentation médiatique se résumant à un mauvais épisode de Zorro. Rares sont les journalistes qui la resituent dans son contexte géopolitique. Même si on ne saurait remettre en cause les reproches effectués à une équipe beaucoup moins anarchique dans son fonctionnement que l’on va s’efforcer de le démontrer il faut expliquer que leur aventure très critiquable tombe véritablement au mauvais moment. La situation au Darfour, celle qui s’est créée au Tchad, les prises de position gouvernementale sur l’Afrique sont les facteurs déterminants de ce qui finira par ne pas être une " crise " très ponctuelles dès que le Président Idriss Déby aura obtenu de son homologue français des garantie sur son maintien au pouvoir. Paris le minimise, mais son soutien au pouvoir chancelant d'Idriss Déby est en effet décisif. " Sans l'aide des militaires français, le régime tchadien serait déjà tombé", estime Olivier Thimonier, de l'association Survie, résumant le sentiment général chez nos voisins français. L'ancienne puissance coloniale dispose de 1 300 hommes sur place dans le cadre de l'opération "Epervier". Officiellement, les militaires français n'ont pas participé aux combats contre les rebelles parvenus jusque dans la capitale la semaine dernière. Mais l'oeil de l'Epervier a renseigné l'armée tchadienne sur les mouvements ennemis. Les Mirages tricolores ont été jusqu'à tirer un "coup de semonce" contre une colonne de véhicules rebelles progressant vers N'Djamena. Il fallait donc un sujet hautement symbolique à Idriss Déby pour se réconcilier avec une partie de son Peuple en train de l’abandonner et notamment celui situé aux confins avec le Soudan. Il l’a trouvé grâce aux exactions de l’Arche de Zoé.
Lui-même arrivé au pouvoir en renversant son prédécesseur Hissène Habré en 1990, Idriss Déby a été réélu en 1996 et 2001 et 2006, les trois fois dans des conditions pour le moins suspectes. Etat exportateur de pétrole depuis 2003, le Tchad reste l'un des pays les plus pauvres du monde et est considéré surtout comme le plus corrompu. Cette dimension n’est jamais prise en compte dans la rocambolesque aventure de l’Arche de Zoé qui a parfois toutes les allures d’une secte avec adeptes forcenés et engoncés dans leurs certitudes.
L’ODEUR DU PETROLE
Il faut savoir par exemple que, pour Paris, Idriss Déby représente un moindre mal comparé à la coalition hétéroclite de factions rebelles. Le président tchadien a beau avoir trafiqué la Constitution pour pouvoir se représenter une troisième fois et se faire élire dans des conditions suspectes l'Elysée ne trouve rien à redire. Vu le boycott des partis d'opposition, Idriss Déby s'était choisi quelques concurrents fantoches contre lesquels il était certain de l'emporter ce qui n’a pas empêché des problèmes récurrents avec ses opposants.
Dans la région où ont été " enlevés " les enfants, la situation est à cet égard plus que confuse. Rappelons qu’elle jouxte le Darfour dont on ne dit pas assez que sous l’horrible conflit ethno-religieux couve une autre guerre : celle du pétrole. Le partenariat du Soudan avec la Chine - de plus en plus présente en Afrique (Congo, Gabon, etc.) - se renforce au gré des nouveaux chantiers pétroliers. L’Inde vient aussi de racheter les parts de la Talisman Energy dans le Greater Nile Consortium. C’est un crime de lèse-hégémonie états-unienne de la part de l’Etat soudanais, au moment où Washington affirme sa volonté de renforcer sa domination sur le pétrole mondial. Ceci explique que les Etats-Unis soient devenus des croisés de la paix dans la région, proposant même au Conseil de Sécurité de l’ONU d’envisager des sanctions à l’encontre du pétrole soudanais. A l’inverse, après s’être abstenue, plutôt que d’opposer son veto lors du vote de la nouvelle Résolution 1564 du Conseil de Sécurité sur le Soudan, la Chine a promis d’opposer son veto à toute sanction grave contre le pétrole soudanais, qui est aussi le sien. Cette attitude pèse sur le conflit et met la France dans une situation inconfortable.
Cette structuration du partenariat économique ne se limite pas en effet au secteur pétrolier. Elle s’étend aussi au secteur financier - les capitaux du Golfe s’approprient des banques, par exemple - aux bâtiments et travaux publics, à l’électricité, au secteur ferroviaire... Une privatisation-libéralisation peu respectueuse de la domination exclusive des firmes occidentales pour l’appropriation des entreprises publiques et des marchés les plus juteux. Or le Tchad peut être tenté de se tourner vers cette protection " non française " sur des zones encore inexplorées pouvant receler de précieux gisements. Idriss Déby, pour se refaire une image meilleure dans un pays qui globalement le désavoue, a sauté sur une affaire dont il connaissait les tenants et les aboutissants et qui lui permet de peser sur un éventuel désengagement (économies budgétaires obligent) de notre pays.
UN REGIME EN PERDITION
Le gouvernement français, pris au piège par une action dont qu’elle passerait inaperçue, a été obligé de condamner un acte répréhensible que l’ambassade n’ignorait certainement pas et ensuite conduit à céder aux demandes d’Idriss Déby inquiet de voir débarquer dans quelques jours une force onusienne qui sera, à son égard, moins coopérative que l’armée française. La visite de Nicolas Sarkozy a donc été préférée à celle du chantre de " l’ingérence humanitaire " étrangement démuni quand il se trouve confronté à une situation de crise internationale. Kouchner est bel et bien un " collaborateur " du Président. Et rien d’autre ! Il est bien le seul à ne pas s’en apercevoir.
Il est certain que hier Idriss Déby a obtenu des assurances sur son avenir dans un contexte où ses jours à la tête de l’Etat tchadien dépendent du soutien discret mais efficace du contingent sur place. En novembre une nouvelle mission de maintien de la paix Nations Unies-Union européenne devrait en effet arriver au Tchad. Elle sera composée en grande partie de troupes françaises, bien qu'il ne soit pas clair si les effectifs actuels pourraient intégrer cette nouvelle force de maintien de la paix ou quitter le territoire tchadien pour être remplacés par un autre contingent de l’armée française, où le cas échéant, rester au Tchad en tant que force opérationnelle distincte. L’opposition dénonce vigoureusement cette présence maintenant artificiellement un régime discrédité dont un député pense qu ‘il conduira à la " somalisation " du pays. " Pour nous, il n’y a jamais eu élection présidentielle le 3 mai 2006 . Nous profitons de l’occasion pour rappeler à la communauté internationale que les propositions que nous lui avions remises en mars dernier restent et demeurent toujours valables : proroger le mandant d’ Idriss Déby de six mois pour permettre à cette communauté internationale de nous faire un recensement général des populations su Tchad d’où sera dégagé le recensement électoral incontestable ; procéder, avec l’aide de cette même communauté internationale, à un toilettage du code électoral qui était, du reste, taillé en 2002 sur mesure d’Idriss Déby afin que les élections en seront issues ne souffrent d’aucune contestation et enfin organiser les élections couplées (présidentielle et législatives) de manière transparente et ce, sous la supervision de cette communauté internationale à l’image des élections qui viennent de se dérouler à Haïti, aux Comores etc. Voilà ce que les Tchadiens attendent impatiemment de la communauté internationale et rien d’autre... " clame le courageux député d’opposition Ngarlejy Yorongo. Nul doute que les aventuriers de l’Arche de Zoé a servi de diversion et de faire-valoir à l’insu de leur plein gré !
UNE REGION A ENJEU STRATEGIQUE
Les enfants issus de villages (Tiné surtout) situés dans la zone frontalière avec le Soudan vont en effet permettre au gouvernement d’Idriss Déby de se repositionner dans un secteur où son autorité n’existe plus du tout. Pour le gouvernement tchadien, la crise ne s'explique que par l'agression du Soudan. Il en veut pour preuve la capture de "mercenaires soudanais et la saisie de matériel sophistiqué lors du raid des rebelles sur N'Djamena.
Or plusieurs dizaines d’ex-rebelles censés intégrer l’armée tchadienne se sont enfuis de leur garnison à Goz Beida, une ville de l’est du Tchad où vivent des dizaines de milliers de réfugiés soudanais et déplacés tchadiens, après les combats qui les ont opposés à l’armée, le 18 octobre dernier. Or Idriss Déby est né à Kornoy dans le Darfour soudanais d’où est originaire son père. Il lui était donc impossible de ne pas réagir d’autant que treize véhicules de rebelles ont traversé la frontière et ont été récemment découverts dans un village en territoire soudanais. Une douzaine de combattants de l’ex-groupe rebelle du Front uni pour le Changement (FUC) ont été tués et six autres ont été blessés alors qu’il y avait eu un mort et trois blessés dans les rangs de l’armée gouvernementale.
D’après certains témoignages, des soldats fidèles au président Idriss Deby auraient tenté de désarmer des combattants fidèles à M. Nour… son ministre des Armées !. Pour d’autres, il s’agirait tout simplement d’un malentendu entre les leaders des deux camps. Depuis quelques mois, la tension est perceptible. La grande interrogation a été de savoir quelle interprétation les populations de la région du nord-ouest de Dar Tama, proche de la ville de Guereda, feront des récents événements de Goz Beida. Les événements provoqués par l’intrusion de l’Arche de Zoé n’ont pas amélioré ce contexte. 
Idriss Déby ne pouvait pas faire autrement que réagir ca la région de Dar Tama est à la fois le fief de l’ethnie tama, dont sont originaires la plupart des ex-combattants rebelles, et de l’ethnie Zaghawa à laquelle appartient la majorité des troupes fidèles au gouvernement ; deux groupes ethniques que de vieilles rivalités opposent depuis des générations. C’est ce qui pourrait déclencher un conflit intercommunautaire généralisé . 
Selon le travailleur humanitaire présent à Goz Beida, des soldats et " officiers supérieurs français " auraient été aperçus dans la ville, selon une information confirmée par un fonctionnaire international. Et il serait étonnant que ces soldats n’aient pas entendu parler des pratiques de l’Arche de Zoé ou alors c’est à désespérer de l’Armée française.
En attendant il y a une centaine d’enfants au cœur de cet imbroglio international où l’in retrouve de toutes les manières les rapports avec le pouvoir, l’argent et la mondialisation. Après avoir délivré les " otages " bulgares il faut à Nicolas obtenir le retour des " coupables " français. Sans Cécilia et sans centrale nucléaire à concéder ça va être dur ! Les enfants ? On n’en parlera plus dès mardi soir sur TF1 !
Mais je déblogue…
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