Il existe un paradoxe particulièrement inquiétant sur les rapports entre la France et l’Europe. Cette situation ne s’améliorera pas dans les prochaines semaines puisque par exemple dans la seule journée de hier on est allé gaiement de tout à son contraire. S’il fallait une illustration de la nécessaire méfiance du peuple à l’égard de textes passés ou futurs on l’aurait eu en moins de 24 heures. On se trouve en effet face à une classe politique soutenue par les médias qui soutient mordicus que les traités sont indispensables à la construction d’une Europe en panne. Or cette dimension européenne ne résiste pas à la réalité qui s’abat en permanence sur les plus modestes à travers des sanctions ou des mises en garde qui démontrent que le système fonctionne parfaitement mais à sens unique : préserver les profits et favoriser la concurrence sus toutes ses formes. En fait quoi qu’en pensent les euros enthousiastes qui ne voient aucune autre perspective pour sortir du marasme que celui de transférer nos problèmes vers un échelon plus lointain. On constate par exemple que Nicolas Sarkozy qui vante son Traité salvateur s’empresse d’accorder par exemple aux marins pêcheurs des avantages dont il sait fort bien qu’ils seront refusés par…cette Europe chérie incapable de sortir d’un discours immuable ne figurant plus dans le texte : la concurrence libre et non faussée doit être respectée. On voit bien que supprimé ou pas cette idéologie libérale représente le principal danger pour la société française. Hurler que celles et ceux qui, au minimum, doute de la valeur des engagements européens relève de la culture des ayatollahs. Le doute existe et ce n’est pas être anti-européen que de l’entretenir. Si vous en parlez dans les ports bretons, à part les Sarkozystes, les autres ont l’impression d’appartenir au maltraités.
Le Comité national des pêches maritimes et des élevages marins s'est en effet alarmé hier de la " volte-face de la Commission européenne " concernant le mécanisme de compensation que le gouvernement français envisage face à la flambée du gazole. Un abus de langage car la commission européenne n’a pas pu changer d’avis puisqu’elle ne l’avait pas donné sur une négociation menée en dépit du bon sens par un Président de la République prêt à promettre n’importe quoi en sachant qu’il s’appuiera ensuite sur le refus européen pour justifier l’inutilité de ses promesses. En fait il ne fera que renforcer finalement que le sentiment anti-européen dans le pays justifiant deux discours différents. D’un coté il est le chevalier blanc d’une Europe libérale et d’un autre coté il met en évidence le terrible carcan que constitue cette même Europe.
LE TACLE EUROPEEN
Bruxelles a averti la France que ce mécanisme de compensation risquait de s'apparenter à une aide d'Etat illégale du point de vue communautaire, car de telles aides ne sont possibles " que dans certaines conditions, dans le cadre de plan de sauvetage et de restructuration des entreprises en difficulté ". Le gouvernement français veut, sans vergogne, notamment compenser le surcoût du gazole supporté par les entreprises de pêche au-delà de 30 centimes d'euros le litre de gazole en moyenne annuelle. Actuellement, les pêcheurs payent environ 50 centimes d'euros par litre. Or cette décision qui pénalise lourdement les organismes de solidarité sociale constitue une subvention déguisée au fonctionnement d’une filière française.
Pour les marins-pêcheurs français, " la Commission a émis des réserves sur l'euro-compatibilité de cette mesure sans avoir véritablement examiné les conditions d'application aux flottilles " qui sera l'objet du groupe de travail. " Inquiet de cette menace ", le président du CNPMEM affirme qu'il a reçu l'assurance par le ministère français de l'Agriculture et de la Pêche que " cette mesure sera bien mise en place ".
Le gouvernement français a aussitôt précisé qu'il allait transmettre à Bruxelles " dans les prochains jours les différentes solutions envisagées " pour venir en aider aux marins-pêcheurs et tenter de contourner la remarque négative de cette Europe tellement libérale qu’elle en oublie toute régulation sociale. Le document du gouvernement français s'enrichira " des propositions des représentants professionnels dans le cadre des quatre groupes de travail qui ont été mis en place ". Si c’est de la même veine que la diminution de la TVA sur la restauration on mesurera à leur juste valeur les engagements présidentiels que le Premier ministre " collaborateur " François Fillon a également promis de tenir. Mais l’effet aura été immédiat puisque
Pierrehic Cauchois, l'un des porte-parole du mouvement basé à Honfleur, a déjà menacé " d'aller manifester la prochaine fois à Bruxelles " en cas de blocage. Le transfert a été parfaitement réussi et dans quelques semaines on aura toutes les raisons de renoncer au… référendum sur le mini-traité européen car les mêmes causes produiraient les mêmes effets !
CROISSANCE EN BERNE
La commission européenne a par ailleurs réactualisé hier ses prévisions de croissance. Elles sont révisées à la baisse et la France n’échappe pas à la correction. Bruxelles envisage désormais une progression du PIB hexagonal de 1,9% en 2007 et de 2% en 2008. Des prévisions inférieures à celles auxquelles s’accroche le gouvernement. Christine Lagarde, la ministre de l’économie, a récemment réaffirmé son espoir d’atteindre en 2007 le bas d’une fourchette comprise entre 2% et 2,5%. Là encore on " rasera gratis " car tout le monde sait que les 2 % seront inatteignables pour une économie brisée par la dégringolade du pouvoir d’achat. Un restaurateur du Créonnais me confiait hier que sur la semaine écoulée il avait une chute de 110 couverts par rapport à 2006 !
La crise des marchés financiers, les prix toujours plus élevés du pétrole et le ralentissement américain devraient continuer à peser lourdement sur la croissance européenne en 2008, estime la Commission européenne. Dans l'ensemble de l'Union européenne, la Commission prévoit que la croissance marquera le pas. Elle devrait tomber de 2,9% en 2007 à 2,4% en 2008. Voici les effets de la politique européenne actuelle mais pourquoi oublie-t-on de l’expliquer aux " masses laborieuses " qui ne comprennent rien (selon les euros béats) et ne veulent pas que l’on fasse leur " bonheur " malgré elles.
" L'horizon s'est clairement assombri en raison des turbulences sur les marchés financiers cet été, du ralentissement américain et des prix toujours plus élevés du pétrole ",
LA LECON EUROPENNE
C e contexte débouchera tôt ou tard sur un resserrement des conditions de crédit aux entreprises dans les mois qui viennent. A cela s’ajoutera le renchérissement du pétrole à des niveaux records et une appréciation trop forte de l’euro qui s’annonce durable, pesant sur les commandes étrangères. En septembre, le déficit commercial s’est déjà creusé à plus de 3 milliards d’euros, soit 400 millions de plus qu’au mois d’août. Soit surtout un déficit cumulé record de près de 34 milliards sur les douze derniers mois. Autrement dit, la contribution du commerce extérieur à la croissance sera encore négative en 2007. Dans ces conditions, Bruxelles a également révisé ses prévisions de déficit public.
L’Europe table désormais sur un déficit français à… 2,6% du PIB, en 2007 comme en 2008. Contre respectivement 2,4% et 1,9% auparavant. Et une nouvelle fois, la commission européenne a adressé une mise en garde à la France. L e commissaire aux affaires économiques, a promis d’examiner " avec beaucoup d’attention " les grandes orientations budgétaires en débat au Parlement que Paris doit lui remettre début décembre dans son programme de stabilité. S’autorisant même une leçon. " On entend beaucoup d’annonces et de suggestions de réformes, mais la croissance en France ne dépend pas des réformes annoncées mais adoptées et appliquées ", a-t-il insisté. Car pour la commission, " le déficit français est trop près de 3% ". D’autant plus que Paris, comme les autres capitales de l’Union monétaire, avait pris l’engagement de revenir à l’équilibre de ses comptes publics en 2010. Cause toujours tu nous intéresses !
Pourtant le Parti socialiste plonge tête baissée dans le piège de soutenir cette vision de l’Europe libérale avec le prétexte que l’on ne faut pas parler " social " tant que le Traité n’est pas mis en œuvre. Il va se faire laminer, détruire, exploser par des prises de positions qui ressemblent à un règlement de comptes internes et pas nécessairement à une analyse objective de la situation actuelle. Le président de la République veut à tout prix montrer sa force et sa toute puissance en se faisant une image de " libéral extrémiste " et en brisant un mouvement social. Il luis era temps ensuite (février) de compléter cette opération de communication faite sur le dos des fonctionnaires et eds régimes spéciaux, par une bonne " ouverture " sur le traité européen dont le sort sera réglé au niveau des initiés et surtout pas par le peuple, trop " c.. " pour comprendre où est son intérêt. Il est vrai que pour mesurer la catastrophe qui se pointe (programme d’austérité pour celles et ceux qui gagneront moins en travaillant plus) au… nom de cette belle Europe dont nous rêvons.
Mais je déblogue…
a souligné le commissaire européen aux Affaires économiques et monétaires. La Commission a donc abaissé sa prévision de croissance en 2008 pour l'Allemagne, première économie de la zone euro, à 2,1%, contre 2,4%. Elle a aussi revu en baisse celles de l'Espagne et de l'Italie.
Qui dit vrai ? Christine Lagarde le clame, le troisième trimestre d’activité sera très bon. Sur ce point, les économistes lui donnent raison. L’indicateur avancé du Crédit agricole signale un net rebond de l’activité pour les trois derniers mois : à + 0,7% par rapport au dernier trimestre. Celui de la BNP-Paribas envisage même + 1,1% de croissance. Soit un fort regain après un deuxième trimestre morose. L’industrie aura probablement beaucoup contribué à la croissance du PIB durant ce trimestre. Et ce grâce à une accélération marquée des exportations. Dans le même temps, les dépenses de consommation des ménages en produits manufacturés ont bondi à + 2,1%. Cependant, l’été indien s’est achevé en septembre, constate-t-on à la BNP.
Ce mois ci, la production industrielle a enregistré son plus fort recul depuis juillet 2006, avec –1,1%. Ce qu’a confirmé hier l’Insee. Ce chiffre de septembre, s’il apparaît comme une correction après un été solide, n’en augure pas moins d’un retour à une activité industrielle atone dès le quatrième trimestre, avertit la BNP. Ses économistes prévoient même un fort ralentissement de l’activité. Rien d’étonnant si l’on tient compte du marasme américain, conjugué aux tensions sur le marché interbancaire après la crise des " subprimes " qui n’est pas encore totalement jugulée mais surtout camouflée.