Jamais peut-être les thèses du Front national n’ont eu autant d’audience en France. Marine Le Pen le sait et c’est paradoxalement ce qui l’a fait enrager. Le problème c’est que son parti n’en tire aucun bénéfice. Et pourtant le principe de la priorité du travail réservé aux " Français d’abord " a constitué le fond de commerce de son père durant de nombreuses années. Or depuis quelques mois le FN est relégué au rôle de comparse car ses " idées " sont pillées par le gouvernement actuel. Pour récupérer les voix de ces égarés de la démocratie il fallait en effet un porte voix plus crédible. Brice Hortefeux, ministre de l'Immigration et du Co-développement a présenté, hier, une liste de trente métiers qualifiés auxquels les étrangers candidats à l'immigration de travail pourront postuler, expliquant avoir choisi " de ne pas ouvrir l'immigration de travail dans des secteurs peu qualifiés ".
" Avant de recourir à une main-d'œuvre en provenance de l'étranger, il faut d'abord accompagner vers l'emploi les chômeurs présents en France ", a justifié le ministre, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse organisée au lendemain du comité interministériel du contrôle de l'immigration. Selon la liste arrêtée conjointement par son ministère et celui de l'Economie, six métiers seront accessibles pour les migrants voulant s'installer dans toute la France, comme les... informaticiens experts ou, pour le secteur du BTP, ceux de... conducteur de travaux ou de chef de chantier. Le recrutement dans les autres métiers ne sera possible que dans les régions qui connaissent une pénurie de main-d'œuvre.
Le ministre a précisé que des accords bilatéraux pourraient permettre aux ressortissants de certains pays d'accéder plus largement à l'emploi en France. Ainsi, un accord signé avec les Philippines prévoit une coopération pour recruter des travailleurs " dans les domaines de la santé, des technologies de l'information, de l'hôtellerie et des soins à la personne ".
Les ressortissants des nouveaux pays européens devraient pouvoir eux accéder d'ici à la fin de l'année à 150 métiers, contre 61 aujourd'hui. Il s'agit pour une part de métiers peu qualifiés pour lesquels les employeurs ont du mal à recruter. Ces quotas qui travestissent dans les faits l’une des propositions essentielles du FN vont profiter à tous les malheureux qui croient encore qu’elle leur permettra d’échapper au rouleau compresseur du profit. Désormais les militants du FN élisent leur chef et Marine Le Pen est revenue aux " fondamentaux " du discours frontiste dans une attaque en règle du bilan du président de la République. Interrogée sur cette violence verbale inédite, elle a expliqué qu'elle n'avait " peut-être pas été assez dure " avec le candidat de l'UMP pendant la campagne présidentielle, puisque le FN " n'a pas réussi à montrer au peuple que Nicolas Sarkozy était dans la manipulation, qu'il avait été un mauvais ministre de l'Intérieur et qu'il serait un président pire encore ".
Une erreur qu'elle a rectifiée, hier, accusant le chef de l'État de pratiquer " la politique du leurre sur des segments politiques qui parlent à son électorat " comme les régimes spéciaux, le service minimum ou l'amendement ADN. " Il fait partie du système qu'il dénonçait pendant la campagne ", a-t-elle assuré, reprenant le discours de son père sur la " bande des quatre ". Elle rassure sa base en lui démontrant que Brice Hortefeux ne fait que reprendre à son compte en les habillant de la légalité démocratique des sujets fondamentaux du discours du FN. Cette attitude d’un Ministre de la République en charge de l’extinction idéologique du camp Le Pen risque bel et bien de radicaliser encore plus les positions de l’extrême droite obligée de faire de la surenchère.
ELECTIONS GAGNEES SUR CE SUJET
La question est donc totalement d'ordre politique avant d'être technique. Nicolas Sarkozy estime avoir gagné les élections notamment sur le sujet de l’immigration et il lui faut donc maintenir la pression, donner l'impression en permanence de faire quelque chose dans ce secteur sensible de l’opinion dominante. La nouvelle loi ne va créer que des procédures et donc des complications supplémentaires dans la tâche des fonctionnaires, déjà débordés. Sans même parler des nouvelles demandes, l'administration finit par se retrouver dans l'incapacité de répondre correctement à celles des étrangers qui vivent en situation légale, comme les renouvellements des titres de séjour par exemple. A cause de cet excès législatif le gouvernement traite de plus en plus mal et son administration et les étrangers. La politique française d'immigration va à l’échec garanti mais c’est probablement ce qui est recherché afin d’en démontrer l’inutilité et le caractère incontrôlable et donc dangereux de ce phénomène planétaire.
D'abord, "immigration choisie" est un terme choisi par le pouvoir : il est plus approprié de parler d'" immigration de travail ". 50%, c'est un objectif inatteignable, parce que les travailleurs que l'on veut faire venir ne viendront pas... sans leur famille.
Au Canada, par exemple, où tous les efforts sont réalisés pour attirer une main d'œuvre qualifiée, l'émigration de travail plafonne à 23%. En France, cette barre des 50% paraît d'autant plus exagérée que la complexité du nouveau système de titres et la mauvaise image de la France chez les étrangers qualifiés découragent à la fois les candidats qualifiés, qui préfèrent aller voir ailleurs, et les entreprises.
Songez que, depuis un an et demi qu'elle a été créée pour attirer les meilleurs étrangers, pas une seule carte 3compétences et talents " n'a été délivrée ! C’est donc un leurre complet, une supercherie idéologique et d’une inutilité absolue Il eût fallu d'abord réformer l'administration afin que sa réponse à une demande des entreprises puisse se faire en un mois maximum, comme au Royaume-Uni. Si l'on ajoute à cela les quotas que l'on veut mettre en place, toute cette immense usine à gaz que l'on va encore créer paraît d'autant plus absurde que dans trois ans et demi, en 2011, le marché français sera ouvert à tous les ressortissants des pays européens de l'Est, sans limitation d’aucune sorte. Il faudra alors abandonner tout un processus totalement inutile mais qui aura permis de persuader les foules de la prise en comte de ses sentiments xénophobes latents.
EXPULSER SPECTACULAIREMENT
Brice Hortefeux parle UMP et agit FN en stigmatisant " l’étranger " qui viendrait piquer le boulot des Français, qui pillerait les systèmes de solidarité sociale, qui " sans papiers " viendrait conforter les chiffres de la délinquance. Alors il a opté pour l’expulsion visible destinée à provoquer le maximum de réactions par sa dureté. Il s’était fixé l’objectif d’expulser plus de 25 000 étrangers en situation irrégulière ce que la FN lui même n’avait pas osé quantifier se contentant d’une déclaration d’ordre général " La France on l’aime ou on la quitte ".
Brice d’Auvergne a annoncé hier qu’il pouvait inscrire à son palmarès, avec le concours de toutes les forces de police et des services officiels, seulement ….18 600 expulsions depuis le début de l’année. Un bilan qui intervient six mois après son installation à la tête du ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement (quelle carte de visite !). En tenant compte des chiffres de l’outre-mer, le nombre total des expulsions de janvier à octobre est de 39.982, soit " légèrement supérieur " à celui de la même période de 2006, qui était de 39.900. Tous ses efforts pour ne pas faire mieux que le patron. C’est désespérant car ce n’est pas le boulot qui manque. Mais l’impression est parfaite sur l’opinion. D’ailleurs je me pose la question de savoir si les exagérations commises ne profitent pas à l’idée d’une sévérité impitoyable.
Concernant la lutte contre le travail clandestin, 332 employeurs ont été interpellés sur les 9 premiers mois de l’année contre 177 pour la même période en 2006, soit une augmentation de 87,6%. Les interpellations d’employés clandestins ont, elles, augmenté de plus de 60% pour la même période.
UN ECHEC PROGRAMME
Patrick Weil, chercheur, l'un des meilleurs spécialistes de l'immigration est véritablement extrêmement net : " On est les plus cons ! On se lance dans une politique de rupture... pour reprendre les modèles dépassés du passé, du début du siècle dernier, avec les quotas et un grand ministère spécialisé. Les Etats-Unis avaient eux aussi mis en place une administration spécialisée, avec même une police spécialisée, mais cela ne marchait pas. Cela regroupe trop de gens qui ne font pas le même boulot, comment gérer en même temps les douaniers, les agents de préfectures, les consuls, etc. Ces personnes continuent en parallèle à appartenir à leur ministère de tutelle, les Affaires étrangères, l'Intérieur... Leur carrière ne dépend pas de Brice Hortefeux, et du coup l'immigration devient pour eux un sous-dossier. Au total, ce nouveau système porte de plus en plus atteinte aux droits de l'homme et se révélera, en matière de contrôle des flux, moins efficace ". C’est ceci la réalité et pas celle de statistiques qui ne veulent rien dire ou des quotas qui n’ont pas d’autres significations que pour faire un sujet sur TF1 ou France 2. On ne donne à voir que des "tableaux de chasse" rutilants à des assoiffés de l’intolérance et de la bêtise humaine ;
" Je ne connais pas d'autres pays où l'on agit ainsi. On est d'abord dans l'affichage d'un message : on veut dire aux émigrants potentiels : vous voyez, la France, c'est dur, ne venez pas ! De l'autre côté, on dit aux Français : on fait quelque chose. Mais quand on mobilise la masse des policiers pour interpeller des irréguliers, on ne les occupe plus à leur tâche prioritaire : interpeller des criminels et les délinquants. Ce qui est intéressant avec cet objectif de 25 000 reconduites aux frontières, c'est qu'il y a dans le même temps, chaque année, 25 000 régularisations. Le paradoxe est là, entre ces deux chiffres exactement les mêmes, mais il y a celui qu'on affiche et celui qu'on cache ".
Et c’est bien là le problème. Marine Le Pen ne s’en est pas encore aperçue. La gauche n’ont plus d’ailleurs car elle a la trouille de se faire recaler par l’opinion dominante.