Dans la journée de hier je n’ai pas trouvé une seule personne qui ait émis un commentaire favorable sur les déclarations soit-disant badées par plus de 19 millions de " couillonnés " du pouvoir d’achat. Au café peu de monde n’avait compris ce qu’apportaient concrètement aux gens les plus en difficulté les mesures alambiquées du chef de l’Etat. Rien n’avait véritablement retenu l’attention des amateurs du ballon de rouge ou du godet de blanc. Mieux, parmi les plus remontés se trouvaient celles et ceux qui avaient soutenu un Nicolas Sarkozy en qui ils mettaient tous leurs espoirs pour " karchériser " leurs angoisses. Tous les sondages du JDD et tous les déplacements à la Speedy Gonzalez ne changeront pas ce ressentiment, que je considère comme extrêmement dangereux, qui monte à nouveau contre les politiques incapables de sortir le pays de l’ornière. Les plus virulents en soirée étaient les… retraités, grands oubliés des effets d’annonces sarkozystes : pas un mot, pas un zeste d’intérêt pour ces " privilégiés " d’une société prête à les vouer aux gémonies. Il sont même eu le sentiment qu’ils mangeaient le pain des actifs obligés de travailler plus pour gagner moins et leur payer le confort de leur situation de privilégiés. D’ailleurs un récent sondage démontre amplement que le principe même de la retraite par répartition qui leur profite actuellement est lentement remis en cause par ces travailleurs agressés en permanence par des mesures restreignant leurs revenus.
La Confédération française des retraités (CFR) a déploré, sans barguigner, hier que Nicolas Sarkozy n'ait pas abordé les mesures concernant les 14 millions de retraités. Il n'a pas " confirmé " ses promesses électorales à l'égard des pensionnés les plus défavorisés: augmenter de 25% le minimum vieillesse et revaloriser les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Les grands principes sont oubliés car selon l’aveu même de leur " favori " les caisses de l’Etat gérées depuis maintenant plus de 5 ans par l’Ump étaient vides ! L'Allocation de solidarité pour les personnes âgées (Aspa) a remplacé en janvier 2007 le minimum vieillesse, qui comptait alors 634.000 bénéficiaires. Elle s'élève à 621,27 euros pour une personne seule (1.114,51 euros pour un couple) et c’est parmi ces attributaires que se trouvent les plus pauvres des habitués des supermarchés !
UN RPOGRAMME OUBLIE
Si par hasard ces braves victimes du Sarkozysme flamboyant avaient un doute sur ce qui leur avait été promis, je les convie à pendre connaissance des affirmations indiscutables publiées sur le site de l’Ump durant la campagne présidentielle, il y a maintenant 7 mois. Je ne résiste pas au plaisir de vous les retranscrire intégralement après avoir effectué une recherche que ni PPDA, ni Arlette Chabot n’avaient eu le temps d’effectuer : " J’augmenterai de 25 % le minimum vieillesse, je revaloriserai les petites retraites et les pensions de réversion pour que ces retraités vivent mieux. Ces mesures seront financées grâce aux économies que j’obtiendrai en réformant les régimes spéciaux de retraite. J’allouerai des droits sociaux et des droits à la retraite à ceux qui se consacrent à l’éducation de leurs enfants ou qui s’occupent d’une pe
rsonne handicapée.
Les droits des femmes sont fragiles et incomplets au moment de la retraite. Je veux parler de la pauvreté des femmes âgées. Parce que derrière la pudeur et la réticence à en parler, se cachent d’immenses injustices.
L’injustice faite à celles qui ont travaillé toute leur vie aux côtés de leur mari et dont on a accepté pendant des années qu’elles n’acquièrent aucun droit propre à la retraite. L’injustice faite à celles qui subissent, dans le montant de leur retraite, les conséquences de carrières entrecoupées par les grossesses et l’éducation des enfants. Si nous devons réformer les régimes spéciaux de retraite, c’est pour pouvoir revaloriser ces petites retraites.
L’injustice faite aux veuves, dont les pensions de réversion, si ce n’était l’intervention du minimum vieillesse, sont inférieures à 300 euros en moyenne. Quand un homme a travaillé toute sa vie, il doit pouvoir mourir dans la certitude que sa femme aura un minimum décent pour vivre. Ce n’est pas le cas aujourd’hui. Ce n’est pas une juste récompense du travail. J’augmenterai le taux des pensions de réversion. Quand un homme et une femme vivent ensemble, les cotisations retraites de l’un ne sont pas les siennes, mais celles du couple.
L’injustice faites aux femmes qui se consacrent exclusivement à l’éducation de leurs enfants, qui n’ont pas recours aux crèches et aux services d’accueil de l’enfance, mais qui n’ont droit ni à une pension de retraite, ni même à une sécurité sociale indépendante de leur mari. Je donnerai des droits sociaux et des droits à la retraite aux mères de famille qui se consacrent exclusivement à l’éducation de leurs enfants ". Ce n’était pas le programme de Ségolène Royal mais celui de… Nicolas Sarkozy ! C’était beau et prometteur ! Dommage ; vraiment dommage que pendant qu’il s’exprimait face aux… millions de retraités qui le regardaient fascinés par sa main de fer dans un gant percé de velours, il n’y ait pas eu au bas de l’écran un défilement de ce merveilleux texte de référence. 60 ANS ET 35 HEURES
Laurent Fabius a qui, bien des députés socialistes doivent leur élection pour avoir arraché la première mesure négative prévue par Borloo sur la TVA sociale, a bien senti la faiblesse. Il prédit que les mesures annoncées par Nicolas Sarkozy pour améliorer le pouvoir d'achat vont provoquer la déception des Français qui attendaient " des espèces sonnantes et trébuchantes." Je crois qu'il va y avoir une certaine déception parce que le verbe de M. Sarkozy est haut mais le pouvoir d'achat restera bas ", a-t-il déclaré. " Les gens attendaient des espèces sonnantes et trébuchantes et Nicolas Sarkozy dit 'il n'y a plus de grain à moudre'. S'il n'y a plus de grain à moudre à l'automne, c'est parce qu'on a vidé le silo en juin ", a-t-il ironisé.
" Les gens vont être déçus, ils attendaient des mesures sur le coût du carburant, il n'y a rien. Ils attendaient des mesures sur la prime pour l'emploi, sur la négociation salariale et le Smic et il n'y a rien ", a déploré le député PS, pointant également la… situation des retraités. Dommage que tout le monde n’ait pas un discours aussi net, clair et synthétique chez les caciques socialistes alors que la cacophonie générale rend toutes les positions inaudibles.
UNE FORME PRINCIERE
Si sur le fond les retraités ont été fortement déçus, ils ont par contre été rassurés sur la forme. Le Président qui se veut innovant et iconoclaste politiquement leur a fait une prestation d’un classicisme désarmant. Il avait convié les deux plus grands cire pompes de la télé, chez lui, avec tous les attributs du pouvoir. Sur son blog, le journaliste politique Jean Michel Apathie regrette ce conformisme : " Le candidat Sarkozy promettait innovation dans la communication et conférence de presse dans ses promesses de générosité. Le président Sarkozy " formolise " ses interventions en conviant les mêmes au même endroit ". Pour le journaliste de RTL, Nicolas Sarkozy est ainsi transformé par sa fonction : " Les rites s'installent, et parmi ceux ci, le plus frappant, cette manière de rester dans le cadre où s'exerce le pouvoir, cette façon de ne pas en sortir, de faire sortir la parole du lieu symbolique où niche l'autorité ". A l'image des sportifs qui jouent " à l'extérieur ou à domicile ", l'intervieweur de RTL explique qu'une " démarche contemporaine " serait donc de voir le président se déplacer à l'extérieur, chez les journalistes. Faut pas rêver mon vieux : il est chez lui partout à l’Elysée, à TF1 ou sur France 2, sur Europe 1. Pour le mettre en difficulté il faudrait chercher vainement un média que ne contrôlent pas ses proches et ça relèverait de la prouesse pure et simple. Sur n’importe quel fauteuil il est dans son salon.
En fait cet entretien condensait la technique Sarkozy : envahir l’espace médiatique de telle manière que la place pour les autres soit inexistante. Peu importe s’il n’y a rien de concret à proposer. Il sait que le premier qui " cause " fait de l’effet et oblige tous les autres à réagir avec un temps de retard avec des voix discordantes.
Le système permet ainsi aisément de diminuer toute forme d’opposition car quand dans le premier cas 19 millions de personnes sont au rendez-vous et ils n’entendront jamais tous les réactions.
Les retraités eux, c’est certain, n’ont rien entendu… Ils savent que, tôt ou tard leur mémoire flanchera si ce n’est pas déjà fait. Dommage que ce mal frappe aussi bien à droite qu’à gauche après les élections ! En tous cas Sarkozy c’est une certitude pour les citoyens lucides, la maladie d’Alzheimer a déjà touché celui qui ne se rappelle des 53 % qu’il a obtenus mais qui a oublié une bonne part du reste.
Mais je déblogue…
Il était allé beaucoup plus loin dans son engagement social puisque l’on trouve encore ces morceaux de bravitude électorale : " Le droit à la retraite à 60 ans doit demeurer (sic), de même que les 35 heures continueront d’être la durée hebdomadaire légale du travail (sic). Que ce soit un minimum, cela me va très bien. Ce que je n’accepte pas est que cela soit aussi un maximum. Quelle drôle d'idée que d'interdire aux Français de travailler plus pour gagner plus. (...) La retraite, ce n’est pas un problème d’épargne mais de travail. Si cela vous intéresse de travailler jusqu’à 70 ans et de partir ensuite en vacances plutôt qu’acheter un appartement pour vos petits-enfants, c’est votre droit. Mais en travaillant davantage, vous contribuez à résoudre le problème de l’équilibre des retraites ". C’est à vous couper le souffle tellement c’est beau comme engagement solennel vis à vis de l’électorat. Or la premier de ceux que Nicolas Sarkozy a demandé à son gouvernement c’est celui de " casser " les régimes spéciaux avec un argument décisif : " oyez, oyez, braves gens, je fais ce que je dis contrairement aux autres ". Le malheur c’est qu’il ne fait que ce qui lui permet d’exister mais pas nécessairement ce qui permet aux autres de vivre.