Dans l’affaire de Villiers le Bel il faudrait que la justice effectue une analyse extrêmement précise des faits et permettent véritablement d’apporter une vision sereine de la réalité afin que les principes fondamentaux de la République soient respectés. Le problème dans le contexte actuel c’est que le doute reste encore entier et que plutôt que de revenir sur les faits initiaux on se focalise sur les désastreuses conséquences qu’ils ont eues. Comme d’habitude dans les événements des banlieues ont va traiter l’écume amère alors que l’on ne s’occupera toujours pas du bouillon qui continue dans le chaudron. L’objectif immédiat de l’Etat républicain est de disculper ses serviteurs sans se soucier réellement des conditions dans lesquelles ces derniers ont accompli la mission qui leur est confiée. Face au système organisé, solide, réactif de la police il n’existe absolument aucun bloc uni de contre pouvoir représentant les " autres ". Les syndicats représentant toutes les catégories de fonctionnaires des forces de l’ordre ont accès aux médias, aux Ministères et peuvent immédiatement monter au créneau pour noyer toutes présomptions d’erreur dans les rapports avec des citoyens comme les autres. Avec la complicité avérée de journalistes avides de conforter l’opinion dominante on étouffe dans l’œuf tous les ferments possibles de différenciation des positions sur des " accidents " relevant parfois d’une autre qualification pénale. Personne ne voit à redire dans ce système social qui, selon les circonstances, oublie les victimes les plus durement touchées pour se concentrer sur d’autres moins atteintes et qui l’ont été dans le cadre de leur action volontaire, professionnelle au service d’une mission qu’ils connaissent d’avance.
A Viliiers le Bel il faut admettre qu’il s’agit d’un " accident " mais pas comme l’affirme le directeur général de la police nationale (DGPN) Frédéric Péchenard qui a déclaré, dans un entretien au Monde daté de samedi, que " c'est un tragique et banal accident de la route". " Il n'y a pas eu de course poursuite", ajoute-t-il et " les policiers ne roulaient pas vite ". Circulez il n’y a plus rien à voir ou à trouver puisque la vérité judiciaire est établie. Même si c’est véritablement une collision malheureuse comme il en arrive chaque séjour en France entre un cyclomoteur et une automobile, celles ci aurait nécessité au minimum un brin de retenue de la part des responsables ministériels. Il leur aurait suffi d’effectuer des déclarations moins arrogantes comme le font souvent les gens peu certains de leur avenir : " je fais confiance en la justice de notre pays pour déterminer les causes de cet accident ! " Mais cette prise de position dénote quels sont les rapports actuels entre les policiers, sûrs de leur bon droit quoiqu’il advienne et des juges d’instruction toujours obligés de courir après les preuves que les policiers répugnent bien évidemment à leur fournir dans ce genre d’affaires.
PERDU D’AVANCE
En effet, d’après de multiples témoignages ce qui est en cause ce n’est pas l’accident en lui-même malgré un certain nombre d’interrogations légitimes sur ses circonstances purement techniques mais… ce qui s’est passé après la collision ! Des récits, des films amateurs vidéo, des relevés scientifiques qui auront été plus ou moins effectués attestent indubitablement d’une volonté d’éviter que soient véritablement examinées les indices pouvant donner à la justice une interprétation différente de " l’accident ".
Nul n’ose parler que ce sentiment d’injustice de traitement de la mort de deux jeunes ne fait que renforcer la haine qui s’est installée dans les banlieues. L'impression est épouvantable d'avoir à faire, avec TF1 ou France 2 à des courroies de transmission des enquêtes et des contre-enquêtes que la police mène… sur elle même et des conclusions qu'elle tire a été dévastatrice dans les banlieues alors qu’elle n’a pas ému le microcosme politique ayant la trouille de se mettre en inadéquation avec l’opinion dominante voulant que ‘peu importe les circonstances, la réaction devait être condamnée et surtout durement réprimée.
C'est la police qui enquête sur la police mais on ne s’en outrage pas. On baisse la tête car la peur est installée. On ne peut pas avoir de conflit avec les médias dès lors qu'ils font leur travail. Et leur travail c'est quoi? C'est mettre en opposition la présentation " officielle " des faits et le réel. La version de la police est certainement respectable, mais il faut la mettre en contradiction avec d'autres sources. Et ces sources, surtout leur donner le même temps d'exposition, le même impacte, la même crédibilité qu’aux autres. Il faut en toutes circonstances leur donner la même chance d'être entendus. Dans ce cas les journalistes feraient leur travail, parce qu'ils donneraient une possibilité de douter, simplement de douter. En voyant TF1, France 2, on a l'impression inverse, celle d'être en face de médias militants qui ne veulent surtout pas le reconnaître mais qui militent pour la victoire d'un seul point de vue : il est inévitable de condamner les émeutes sans se préoccuper outre mesure des racines de leur montée en puissance !
QUI PORTE LEUR PAROLE
Comment en serait-il autrement quand tout le monde constate que n’importe quel jeune attrapé morfle à la moindre incartade pour se retrouver en procédure de flagrant délit alors qu’il faudra des mois pour déboucher sur une décision courue d’avance pour les autres. Cette exaspération qui découle de ce constat facile à effectuer beaucoup de Françaises et de Français ne la comprennent pas et donc ne l’admettent pas car on les a conditionnés sur la base d’un concept martelé depuis des années : " banlieues = voyous et insécurité menaçante pour vous " ; il est d’ailleurs d’autant plus fort que l’on est éloigné des banlieues. Dans la France dite profonde on tremble, on sanctionne, on résiste à un phénomène que l'on ne vit pourtant absolument pas!.
Qui admet que, dans les quartiers ou certains villages, face aux structures sociales organisées, rodées, culturellement préparées, la plupart des gens dans la détresse ont la rage de ne jamais devenir audibles. Ils ne les ont que dans la violence. Qui parle en leur nom ? Qui exprime leur ressentiment ? Quels sont leur porte-parole ? Qui leur tend la main ? Les politiques ? Ceux qui devraient le faire font unanimement profil bas ou s’autocensurent " par la peur de se voir accusés de défendre des émeutiers ayant commis des actes inadmissibles ? Les journalistes ? Ils se contentent d’aller au sensationnel leur permettant de " capturer " sur le choc des images le plus grand auditoire possible ? Les associations ? Elles n’ont plus aucun volet d’éducation populaire dans les quartiers au nom de l’efficacité économique. Il ne reste parfois, et c’est là la grande faute de Nicolas Sarkozy, après les émeutes de 2005, les relais religieux qui sont les seuls à " récupérer " cette haine dans leurs structures de plus en plus efficaces et donc incontournables. Ils ont fait silence encore cette fois car ils savent que c’est de " l’or " pour elles !
On est en effet dans la reproduction d'un scénario sans cesse identique et exaspérant qui aboutit à des " homicides involontaires ", souvent qualifiés " d'accidents ". Les enquêtes de la police concluent systématiquement à des " accidents ", à des légitimes paniques, des légitimes défenses. Tout sauf une mise en cause réelle des agents de police. C'est toujours après des batailles âpres des familles ou des réseaux associatifs que certains cas ont été défendus, et les victimes reconnues comme telles. La plupart du temps, c'est tout le contraire dès lors que des policiers sont mis en cause. On les disculpe. On couvre les responsabilités à tous les niveaux. La justice intervient parfois grâce à la pugnacité exemplaire d’un magistrat plus hargneux que les autres.
UNE LIGNE FORTE DE FRACTURE
Dans le même temps, il y a un travail de " salissement constant ", de culpabilisation soutenue des victimes par des manipulations médiatiques immédiates et irréversibles pour la suite. On leur trouve des circonstances aggravantes - le fait de rouler sans casque, de voler un autoradio, de traîner au pied des immeubles, de vivre d’une économie parallèle, de s’installer dans la violence- : toutes choses qui ne méritent pas la mort... Le mensonge, l'outrage, l'insulte se greffent mais demeurent dans les faits impunis. Ces constats détruisent irrémédiablement les valeurs de la République en laquelle plus personne ne croît réellement dans certains quartiers. Que veulent dire liberté, égalité et fraternité dans ces espaces où l’on parle de sécurité, de répression et d’exclusion !
Ce qui a été aussi peu relevé par les politiques et les médias c’est la méthode utilisée pour Karchériser Villiers le Bel. Silence télé et radio sur le déferlement de matériel et de personnels pour la " militarisation " du mode d'intervention de la police. La systématisation et l'arrogance technologique des forces de l'ordre qui se déploient dans les quartiers atteignent des niveaux inégalés. Hélicoptères, drones, caméras infrarouges, camions blindés ont été de sortie. Sans parler de la quantité, de la masse des moyens engagés, les effectifs déployés qui renvoient à des états de siège comme ils ont existés, en d’autres temps dans des pays sud-américains . On passe des simples opérations de police à des opérations de type militaire. Cela renvoie à des événements vieux de plusieurs d'années, dans les anciennes colonies ou dans des contextes politiques particuliers.
On semble entrer dans une période de l'histoire de la société française, où la classe dominante ne doute plus un instant d'elle même (voir Dati ou Hortefeux). Il n'y a plus de contre-pouvoir réel et donc le rapport de force lui est favorable de manière écrasante dans tous les domaines – social, économique, culturel, philosophique, médiatique. Avec l'élection " Fouquet’s " de Sarkozy on va enfin percevoir la dureté de son projet pour nous tous. Mais il y a un aspect positif dans tous ça, c'est que les lignes de fracture, de division, s'éclaircissent. Les flous artistiques idéologiques n'ont plus besoin d 'être entretenus ils s’estompent face à la réalité des faits. Cela redevient presque bi-polaire mais sur les valeurs fondamentales de la République.
Aujourd'hui, on est Sarkozyste ou on est un voyou, un marginal, un profiteur. On est Sarkozyste ou on est un dangereux gauchiste, un ringard, un dépassé qui n'a rien compris à une modernité des idées d’extrême droite. Le réveil sera dur mais surtout tardif. Il serait à cet égard, très intéressant de comparer les discours et les événements de 1937 et de 2007 !