Quand j’étais au collège j’adorais certaines formules arithmétiques car elles me réconciliaient par leur clarté avec la logique pure qui sied aux mathématiques dont je n'ai pas toujours perçu l'importance. Ainsi, en cinquième, j’adorais entendre parler de PGCD et le PPCM car il y avait, derrière ces sigles, une part de mystère semblable la parabole de la multiplication des pains et des poissons. Il me semble que le Parti socialiste actuel me ramène en cette époque bénie où j’avais l’impression que j’étais une sorte d’horloger de principes mécaniques simples.
Le Plus Petit Commun Multiple et le Plus Grand Commun Diviseur sont en effet devenus deux valeurs sûres de la vie politique. On les trouve à tous les niveaux et dans toutes les instances comme des règles immuables servant à améliorer ou à détruire de l’intérieur le système en place. Tout le monde connaît un PGCD qui s’efforce chaque jour, d’effectuer de grandes démonstrations devant les auditoires les plus variés et notamment devant micros et caméras. Il sait fort bien que son travail consiste à diviser pour régner par une vérité présentée comme irréfutable. Actuellement l’exercice est à la mode parmi les socialistes puisqu’il suffit de réunir des... diviseurs variés pour arriver à constituer le " bloc " maximum et parvenir au résultat attendu : prendre le pouvoir ou la place.
La technique est bien connue : aller chercher des " diviseurs " réduits pour, en les cumulant, leur donner une force inattendue. C’est ainsi que des " ennemis " irréductibles peuvent se regrouper pour finir par imposer leur volonté par la division. Pour mettre un nom sur celle ou celui qui conduit à cette référence il suffit de vous rafraîchir la mémoire : le PGCD de deux entiers relatifs est le plus grand entier naturel qui divise simultanément ces deux entiers. A chaque situation de base on trouve le PGCD idéal, celui qu’adore les médias car il construit peu à peu son statut par touches successives. Le problème c’est que derrière un excellent PGCD il faut ensuite trouver un excellent PPCM. Et si les socialistes ont de nombreux volontaires pour la première situation ils ont moins de vocations, actuellement pour ce qui concerne le second. Mieux ils cherchent désespérément quel sera ce " multiple commun " qui pourrait les ramener solidairement vers le succès.
LE PGCD PARISIEN
Deux théories s’affrontent dont celle du PPCM qui consisterait, après s’être laissé imposer par les prochaines échéances un " leader " minimum, à se raccrocher à lui sans admettre que les " multiples " tendances puissent s’exprimer. Cette " présidentialisation " du PS va opposer, c’est une certitude, très vite Ségolène Royal et Bertrand Delanoé qui veulent devenir les PPCM autour desquels tourneront ces " nombres premiers " que sont les militants. Pour eux c’est réglé d’avance : s’ils sont " gonflés " par l’opinion publique et si le résultat est là ils deviendront des leaders incontournables. Ils le savent et ils s’y préparent avec d’autres qui sont encore loin derrière.
Sur France 5, Bertrand Delanoë a déclaré que, dans le processus de constitution des listes à Paris, il était " intervenu pour des personnes qui sont en faveur de Ségolène Royal, pour d'autres qui sont plutôt cataloguées proches de Dominique Strauss-Kahn ou de Fabius, etc. " Ces divisions : " tout cela m'est strictement égal et je n'ai pas de courant ", a-t-il ajouté. Il est vrai que dans le même laps de temps sa rivale faisait le maximum pour éviter l’anéantissement des ses troupes pourtant si puissantes sur Paris.
" Il faudra que ça s'arrange un peu quand même parce qu'il faut aussi de la tolérance, de l'ouverture et faire en sorte que tout le monde s'y retrouve ",
a déclaré Ségolène Royal.
" Il ne s'agit pas de régler des comptes ", a-t-elle ajouté alors que ces tensions pour les municipales préfigurent pour certains un duel entre Ségolène Royal et Bertrand Delanoë pour la direction du PS. On parle donc bel et bien d’arithmétique entre les deux PPCM du socialisme français.
ARITHMETIQUE SOCIALISTE
" J'entends émerger cette hypothèse d'une confrontation entre moi et le maire de Paris. D'abord, je lui souhaite très vivement d'être réélu maire de Paris ",
Elle a estimé que les listes ne pouvaient être élaborées " avec une règle à calcul ". Mais, précisant que Ségolène Royal avait réalisé 47 % des voix à Paris lors de la primaire de désignation du candidat PS à l'Elysée (le maire de Paris n'était pas candidat), elle a revendiqué qu'il y ait " globalement une prise en compte de ce que représentent " les partisans de Ségolène Royal. Rien ne relève de l’arithmétique au PS mais enfin… presque puisqu’il s’agit désormais d’apparaître comme le plus grand commun multiplicateur et en percevoir les dividendes.
UN EVENTAIL TRES LARGE
Ségolène Royal a donc plaidé pour la constitution d'une coalition allant de François Bayrou à… José Bové pour permettre à la gauche de l'emporter en 2012. Elle a poursuivi pendant une heure son offensive en annonçant : " La question des alliances, c'est une question majeure. Que ce soit en Amérique du sud, ou dans les pays d'Europe, plus aucun socialiste ne gouverne seul. Tous les socialistes, travaillistes et sociaux-démocrates sont dans des coalitions".
L'ex-candidate a plaidé pour une coalition de François Bayrou à José Bové. " Il faut prendre dans chaque courant de pensée ce qu'il y a de meilleur: la radicalité, l'altermondialisme, le centre ", a-t-elle estimé, en s'inscrivant dans la tradition de François Mitterrand et du congrès d'Epinay. On retrouve la volonté de construire une majorité politique pouvant déboucher sur une majorité sociale.
Celle qui révèle dans son livre avoir proposé entre les deux tours à François Bayrou de devenir son Premier ministre a affirmé ne pas avoir " improvisé " mais " regardé ce qu'ont dit les Français dans les urnes " au premier tour. Et certifié qu'elle aurait été élue si le centriste avait accepté la proposition.
Ségolène Royal a estimé que cette question des alliances se posera lorsque le PS, inaudible depuis sept mois, aura retrouvé sa place de " force centrale " de la gauche. " Il faut maintenant se remettre au travail pour réussir à rénover le PS ", a expliqué celle visera la tête du parti en 2008 avec l’espoir de ne plus être le PGCD mais bel et bien le PGCM. Un rêve que caresse tous les prétendants aux fonctions les plus élevées, un jour ou l’autre. Le problème c’est que la politique et l’arithmétique n’ont jamais fait bon ménage.
Le système des courants internes est pourtant irremplaçable afin d’éviter le monolithisme et surtout pour maintenir encore un brin de débat en une période où la parole divine repose sur le culte de l’opinion dominante beaucoup plus une et indivisible que la République.
Mais je déblogue…
a répondu Ségolène Royal, histoire de rappeler que son rival n’a pas encore gagné la première partie de sa triple candidature successive : municipales, parti et présidentielle.
" Je n'ai à affronter personne, je ne suis candidate contre personne. Si je sens que je peux être utile à ce moment-là je prendrai mes responsabilités ", a ajouté la présidente de la région Poitou-Charentes. A Paris ses amis comptent et recomptent : Dominique Bertinotti, maire du IVe arrondissement de Paris et ancienne trésorière de Désirs d'avenir, a réclamé " des correctifs " aux listes PS en préparation pour les municipales de mars à Paris, pour prendre davantage en compte l'influence des partisans de Ségolène Royal. Le maire de la capitale Bertrand Delanoë a déclaré qu'il ne faisait
" pas des listes conglomérats de courants " mais
" des listes pour les Parisiens ". Lui ne divise pas mais rassemble !
Dominique Bertinotti, trésorière de l'association nationale Désirs d'avenir fondée par Ségolène Royal avant la campagne présidentielle, a souligné d'emblée qu'elle et ses amis étaient
" dans une démarche de soutien à Bertrand Delanoë " et qu'ils entendaient " faire en sorte que la victoire soit la plus large possible ". Pour cela, a-t-elle ajouté, il faut
" le rassemblement et la diversité ". Or, a-t-elle affirmé
, " dans à peu près un arrondissement sur deux, nous avons le sentiment que la diversité n'est pas forcément bien prise en compte et donc, il est souhaitable d'apporter des correctifs ".