Spécialisé dans les questions de renseignement, animateur du site geopolitique.com, Guillaume Dasquié avait proposé son enquête au Monde sous forme d’une pige. La publication de ces documents avait alors fait l’objet d’une " démarche éditoriale raisonnée, longuement discutée avec le Monde ". A la DGSE, on juge " très rare un tel cas de fuite. Nos documents circulent et il arrive que des journalistes puissent les lire et s’en servir pour leurs articles. Mais là, c’est différent. Ce qui lui est reproché, c’est d’avoir détenu et rendu public des documents secrets. Cette affaire est très pénalisante pour nous ", ajoute la DGSE, si l’on se réfère à un article publié par liberation.fr Pour les enquêteurs de la DST, le problème était avant tout d’identifier le ou les fonctionnaires qui avaient délibérément remis à un journaliste des documents concernant la traque des islamistes. " J’ai tenu bon pour protéger ma source directe, c’est-à-dire la personne qui m’a remis les documents en main propre, mais je n’ai pas pu protéger l’ensemble des gens qui ont permis que ce dossier me soit communiqué ", reconnaît Guillaume Dasquié, qui avoue " avoir pleuré en regagnant sa cellule ". Cette réalité le conduit a être mis en examen pour " détention et divulgation au public de renseignement ayant le caractère d’un secret de la défense nationale ", une infraction passible de cinq ans de prison et de 75 000 euros d’amende. On a été moins sévère avec les fuites del’affaire Clearstream !
Heureusement il reste un semblant de droit… socialiste. La loi du 4 janvier 1993, dite loi Vauzelle, a en effet introduit un alinéa 2 à l'article 109 du Code de procédure pénale, qui dispose que " tout journaliste, entendu comme témoin sur des informations recueillies dans l'exercice de son activité, est libre de ne pas en révéler l'origine ". On le voit, le droit français n’assure pas le secret absolu des sources au journaliste. En effet, les moyens de tourner la loi Vauzelle ne manquent pas.
A l’échelle européenne c’est beaucoup plus net : " la protection des sources journalistiques est l'une des pierres angulaires de la liberté de la presse, comme cela ressort des lois et codes déontologiques en vigueur dans nombre d'Etats contractants et comme l'affirment en outre plusieurs instruments internationaux sur les libertés journalistiques (...). L'absence d'une telle protection pourrait dissuader les sources journalistiques d'aider la presse à informer le public sur des questions d'intérêt général… ". Il faudra probablement que Guillaume Dasquié aille jusqu’à la cour européenne de justice pour faire entendre raison à la DST et d’ailleurs il y a fort à parier que c’est son seul espoir !
LES J.O. OUBLIES
Difficile de ne pas se sentir mal à l’aise quand on sait aussi que certains veulent aller jusqu’au boycott des Jeux olympiques de Pékin pour tenter de modérer la Chine au moins durant quelques temps sur le problème des Droits de l’Homme, et que le face à face avec les dirigeants de ce pays ont été édulcorés pour éviter tous risques de renonciation aux contrats commerciaux. Amnesty International a pourtant accusé, pas plus tard que vendredi, la Chine de ne pas tenir ses promesses en matière de respect des droits de l'Homme, à neuf mois du coup d'envoi des jeux Olympiques de Pékin.
" La Chine s'était engagée en 2001, lorsqu'elle était candidate à l'organisation des jeux, à améliorer la situation des droits de l'Homme et elle avait promis moins de censure ",
Dommage que le Président français ne soit pas parti avec ces consignes et que sa mère, qui a passionné les Chinois, n’ait pas eu un mémoire à remettre sur ce thème à Hu Jintao... Mais ça ne saurait tarder !
Voici maintenant que l’on va recevoir lundi Mammouar Kadhafi pour 5 jours ! Là encore, Amnesty International a souligné hier que la normalisation des relations avec la Libye ne devait " pas occulter les violations graves des droits humains " dans ce pays, dirigé par un " dictateur ".
Rappelant que le colonel Kadhafi avait jugé à Lisbonne qu'il était " normal que les faibles aient recours au terrorisme ", l'organisation de défense des droits de l'Homme a jugé que " ces propos inacceptables, révélateurs de l'état d'esprit du dictateur, doivent être dénoncés vigoureusement par le président Sarkozy ". On verra si, au moment des toasts, tant à l’Elysée que sous la tente de bédouin installée dans les jardins de l’Hôtel de Marigny, on évoque par exemple, parmi d'autres, le cas de Fatih el-Jammi, opposant " arrêté une première fois en 2002 et réincarcéré depuis mars 2004 pour avoir critiqué le président Kadhafi et appelé à des réformes politiques ".
PRISES D'OTAGES JUDICIAIRES
Robert Badinter a été on ne peut plus net et a rappelé sur RTL l’épisode des infirmières bulgares et du médecin palestinien qu'il qualifie de " prise d'otages judiciaire " et souligné le passif du dirigeant libyen. " Il faut bien le dire, le colonel Kadhafi, c'est un terroriste, c'est un homme qui s'est inscrit dans l'Histoire comme responsable d'un nombre important d'attentats terroristes ", a-t-il dit. Il ne sera pas invité aux réceptions républicaines données en l’honneur de celui qui va effectuer, grâce à la France, son grand retour sur la scène internationale. " C'est indigne", a aussi jugé le chef du MoDem François Bayrou, "très choquant", pour Ségolène Royal.
Ce rendez-vous entre la France et un autre dictateur intervient après l’épisode des félicitations chaleureuses à Poutine, le mouchoir mis sur les déclarations antisémites du ministre algérien des anciens combattants, les déclarations va-t-en-guerre de Kouchner suivant Bush sur un Iran que les services secrets américains dédouanent maintenant sur le nucléaire, les ratés avec Chavez sur Ingrid Betancourt… et tant d’autres renoncements qui ne grandissent pas nécessairement la position de notre pays. Le montant des contrats libyens attendus peuvent satisfaire… Serge Dassault pourrait en définitive récupérer la pactole de la vente d’une douzaine de "Rafale" malgré l’accident malencontreux survenu il y a 48 heures en Corrèze. Un signe du destin ? Non simplement un acte de real politik à la Française.
Mais je déblogue…
a rappelé la secrétaire générale de l'antenne allemande d'Amnesty, Barbara Lochbihler, lors d'une conférence de presse à Berlin. " Mais jusqu'à présent, elle ne s'y est que peu tenue ", a-t-elle regretté, à l'occasion du lancement de la campagne internationale " De l'or pour les droits de l'Homme " qui vise justement à dénoncer les graves atteintes à la liberté avant les JO.
" Nous devons si nécessaire réfléchir à un boycott des jeux Olympiques ", a souligné de son côté Biao Teng, un avocat chinois défenseur des droits de l'Homme et qui enseigne actuellement à l'université de Yale (Etats-Unis). " La Chine a fait des promesses qu'elle n'a pas tenues " et " nous devons faire pression pour faire en sorte qu'au moins les droits les plus fondamentaux des personnes soient respectés ", a assuré M. Teng, qui a notamment défendu des membres du Falun Gong, le mouvement spirituel interdit en Chine sous l'accusation d'être une secte dangereuse.