Overblog Tous les blogs Top blogs Économie, Finance & Droit Tous les blogs Économie, Finance & Droit
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU

L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

Publicité

FRUITS DE GREFFE

Si j’en crois les médias, la France aurait actuellement les meilleurs chirurgiens du monde. Leurs prouesses spectaculaires font envie à tous les gens qui souffrent dans les pays les plus riches de la planète. Greffe des mains, greffe du visage, séparation d’enfants " siamois "… Chaque jour ou presque parvient une nouvelle réussite, heureusement sensationnelle, des virtuoses hexagonaux du bistouri. Ces actes médicaux, soumis au code de la déontologie, prennent une dimension mondiale, grâce à l’intrusion des médias jusque dans les salles d’opération .

Paris-Match achète ainsi à prix d’or des photos exclusives de la " femme aux deux visages ". Dans quelques jours nous verront apparaître les clichés de ces deux frères, âgés de 15 mois, reliés par la colonne vertébrale. Mohamed et Souleymane, nés grands prématurés à 26 semaines, ont été opérés avec succès à Marseille. La famille n’aura peut-être pas le courage de résister à des offres mirobolantes.

Il faut reconnaître que ce phénomène n’est pas récent. Dans les foires, autrefois, on exposait, à la curiosité populaire, les anomalies de la nature, et dans les années cinquante les journaux s’emparaient, avec la même avidité que maintenant, des sextuplés ou des quintuplés, pour vanter les mérites de laits ou de farines encore peu usités. Le système n’a guère varié, et il a même pris une tournure encore plus contestable,: on expose les "réparés" de la cruauté naturelle.

LE SOMMET DE LA GREFFE.-
Ce matin, sera ainsi organisé, le sommet de la " greffe " avec, à l'hôpital Edouard-Herriot de Lyon, le " face à face " entre Denis Chatelier le premier bénéficiaire du " remplacement " de ses deux mains, et Isabelle, la patiente qui a reçu la première greffe partielle de visage. Cette dernière, âgée de 38 ans, gravement défigurée en mai par son chien, a bénéficié le 27 novembre dernier de la première greffe de la face (triangle nez-lèvres-menton) réalisée par l'équipe du professeur Bernard Devauchelle, spécialiste de chirurgie maxillo-faciale au CHU d'Amiens, en étroite collaboration avec celle du célèbre professeur Jean-Michel Dubernard. Elle aurait sollicité cette " confrontation " pour être rassurée sur les suites de son opération : traitement anti-rejet, choc psychologique. Il y a fort à parier qu’une caméra, et un ou plusieurs appareils photos, immortaliseront la scène…pour la postérité et pour quelques comptes en banque !

Il est vrai que, la célébrité acquise par le Dr Christiaan Barnard, qui avait osé, le 3 décembre 1967,tenter la première greffe cardiaque à l'hôpital "Groote Schuur"  du Cap, a ouvert des perspectives aux audacieux de la " réparation " humaine. Pour avoir prélevé le premier cœur humain battant, c'est-à-dire sur un cadavre en état de mort cérébrale, maintenu artificiellement en vie, il avait levé un tabou : faire admettre une définition de la mort en terme de fonction cérébrale, alors qu'elle se basait légalement sur l'arrêt du cœur et de la circulation sanguine. Le décès du " receveur " ne modifiera pas son objectif.

Le 2 janvier 1968, Barnard tentera donc la deuxième transplantation sur un dentiste du Cap, âgé de 58 ans . Il rentre chez lui deux mois après l'opération. Les médias ont suivi, jour après jour, le bulletin de santé de la preuve vivante du succès de la greffe. Même si ce second patient décède huit mois plus tard, le départ de la transplantation d'un cœur humain à un receveur humain était donné : une centaine de transplantations cardiaques seront réalisées dans le monde au cours de l'année 1968 avec de piètres résultats en terme de survie des patients (le plus souvent de quelques jours à quelques mois !).

Désormais on n’attend que des… donneurs, car la technique est acquise et l’espoir de " survivre " grâce à la solidarité volontaire (ou trop souvent involontaire) d’un autre, n’est plus vain. Plus aucun quotidien ne fait sa une sur une greffe cardiaque, rénale, pulmonaire, osseuse ou de moelle épinière, sur des prothèses de hanches, de genoux. Ce sont des acquis du progrès !

VERITABLES EXPLOITS.- 
Il faut sans cesse aller plus loin pour assurer l’immortalité de l’Homme. Le sentiment parcourt les esprits, il se renforce sous l ‘influence de ces véritables exploits dont les médias s’emparent avec délectation. Le médecin de campagne ou de ville le plus humble, qui reçoit ou visite (c’est maintenant très rare) une clientèle quotidienne soucieuse de diminuer ses maux, devient de plus en plus soumis à " l’obligation de guérison ". Le patient dont la sinusite, l’angine, l'otite ne seront pas guéries dans des délais raisonnables se retournera contre le toubib qui n’aura pas rempli sa mission.

La médecine, science forcément " humaine ", malgré l’inflation exceptionnelle des moyens techniques mis à sa disposition, entre de plus en plus dans la cour des miracles permanents. Elle devient redevable d’une " éternité " que même les religions ne promettent pas sur terre. Bien plus que " réparatrice " elle doit être maintenant " prolongatrice " d’une vie, qui durant des siècles, n’avait été placée que sous la férule des fantaisies du destin. Il leur faut assumer l’échec que représente la mort, comme une forme d’impuissance à résoudre l’énigme fondamentale de notre existence et de notre disparition. Un poids moral considérable pèse sur ce secteur social, auquel on ne pardonne plus de ne pas savoir…guérir ! Le patient va d’un cabinet à l’autre, malgré les contraintes légales nouvelles. Mieux, il veut obtenir l’avis du " spécialiste ", homme clé du système, puisque détenteur de la vérité sur une parcelle fragile du corps.

Les chirurgiens de l’impossible, en modifiant les " apparences " physiques les plus dévastatrices, ont introduit une nouvelle dimension : ils effacent maintenant le malheur accidentel ou naturel. Ils peuvent à tout moment aller plus loin dans le spectacle. Ainsi, leur capacité de " bien faire " ne suffit plus, ils doivent, par tous les moyens, le faire savoir. " Nous n'avons pas fait un coup. Cette greffe est un espoir immense pour toutes les personnes défigurées, à qui on pourra redonner une vie normale ", a assuré Jean-Michel Dubernard, l’un des auteurs de la greffe du visage, accessoirement, à ses moments perdus … député UMP de Lyon, dans Paris Match !

Quelle chance a eu Isabelle de passer en de si bonnes mains. Au moins, elle, je lui souhaite ardemment, toute sa vie, en se regardant dans la glace, chaque matin, de ne pas penser aux Présidentielles ! Même si Mireille Dumas ou Delarue se battent pour, un jour, la recevoir sur leur plateau, en compagnie... du Pr Dubernard!

Mais je déblogue…

Publicité
Retour à l'accueil
Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
P
La presidence de Groundland vous souhaite un joyeux noel
Répondre