L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
La soirée que j’ai toujours préférée, dans l’année, demeure celle du réveillon de Noël. Je ne lui accorde aucune symbolique religieuse, mais je lui confère le bénéfice de permettre les moments les plus précieux, ceux du partage familial. J’aime ces heures où l’on se retrouve dans le cocon discret et douillet de la fête, où les générations se mêlent pour quelques heures autour d’une certaine tendresse. Les yeux parlent parfois beaucoup plus que les gestes. Ils traduisent l’impatience des plus jeunes, ou les regrets nostalgiques des plus âgés. Plus, d’ailleurs, il fait froid et mauvais dehors, plus la chaleur intérieure paraît précieuse.
J’ai le sentiment que cette sensation est égoïste. J’en conviens. Je devrais, en effet, si j’en crois l’opinion dominante penser à toutes celles et tous ceux qui peinent, qui souffrent, qui grelottent, qui ont faim, mais parfois, je me prends en flagrant délit d’individualisme primaire. Je m’accorde la précieuse liberté de ne m’intéresser, pour une fois, qu’à celles et ceux qui me sont chers. Je ne savoure, en effet, jamais avec assez d’intensité, cette proximité de la vie qui constitue la véritable richesse de la famille.
L’Italie, qui coule dans mes artères, me prédispose à ressentir cette nécessité absolue de rassembler autant que faire se peut les générations. La dérive sociale actuelle ne mène guère à ce seul objectif car, comme dans la majorité des grands rendez-vous, le virus de la consommation a dénaturé le " produit " d’origine. Les marchands sont entrés dans le temple depuis belle lurette. Le Père Noël est devenu le meilleur allié du Ministre de l’Economie et des Finances.
Ce soir, pensez donc surtout que le fond est plus important que la forme. Si vous avez la chance d’être entouré(e) regardez, simplement mais intensément, vivre les autres autour de vous. Essayez de détecter les parcelles de bonheur sincère. Faites attention à tous ces minuscules détails que vous n’avez jamais le temps de percevoir. Oubliez la télé, pour rechercher la vérité du dialogue. Mettez surtout au menu le plaisir simple de vous retrouver autour d’une table. N’insistez pas nécessairement sur le reste, car vous en oublierez vite les apparences, pour ne garder, j’en suis certain, que ces instantanés que vous aurez volés à un quotidien oppressant. Noël n’a pas besoin d’un Père pour exister. Il se construit matériellement, dans le regard que l’on porte autour de soi. Souvent, il faut bien avoir le courage de le reconnaître, la recherche de l’extraordinaire, du surnaturel, occulte tous les autres sentiments. Ce n’est pas pour rien que son existence a fini par éclipser le repère religieux de l’arrivée du Christ. Tout n’est, depuis l’origine, qu’une affaire de marketing.
FILS DE PUB .-
Probablement que cette histoire devenue banale, de la naissance d’un Messie, n’était pas assez " marchande ". D’ailleurs peu de laudateurs du " brave homme ", venu du Pôle Nord, connaissent véritablement le cheminement de son avènement. Je vais vous faire une révélation : petit papa Noël n’est pas descendu du Ciel, mais il est passé, en revanche, par chez Coca Cola ! Il n’est qu’un fils de pub !
Tout le monde sait que son Homo Sapiens aurait été identifié, sous le nom de Saint Nicolas. On retrouve en effet dans sa représentation, toute la symbolique de cet évêque " italien " (barbe blanche, manteau rouge...) qui voyageait, lui (question de climat), à dos d' âne. Victime de l’austérité protestante qui supprima sa fête en Europe, sa propension à distribuer des... jouets aux enfants, fut sauvée par les Hollandais, qui gardèrent leur " Sinter Klaas ". Lorsque certains d’entre eux s'installèrent aux États-Unis, Sinter Klass devint Santa Claus, sans connaître une notoriété exceptionnelle. Clément Clarke Moore écrivit en 1821 un conte pour ses enfants, intitulé " La nuit d'avant Noël ", dans lequel le " Père Noël " fit sa toute première apparition sur son traîneau, tiré par des rennes.
Ce même auteur rédigea un texte intitulé "la visite de St Nicolas ", qui parut dans un quotidien de New York le 23 décembre 1823. Ce texte inédit parlait de lutins, qui distribuaient des cadeaux aux enfants par la cheminée, et se déplaçaient dans une carriole tirée par 8 rennes. Un neuvième fut rajouté en 1939 : Rudolf (heureusement on ne le baptisa pas à cette époque Adolf !) qui fut chargé d'éclairer le chemin, grâce à son " nez rouge lumineux ". Le récit fut traduit en plusieurs langues et diffusé dans le monde entier. Il restait le déclic pour en faire une vedette planétaire.
La firme Américaine Coca Cola (déjà !) a eu alors le génie de demander à Haddon Sundblom de dessiner ce vieux bonhomme, en train de boire du Coca Cola pour reprendre des forces, pendant la distribution des jouets. Ainsi les enfants seraient incités à en consommer durant l'hiver… période durant laquelle les ventes baissaient.Le dessinateur l'habilla habilement aux couleurs de la célèbre bouteille : rouge et blanc. Ce nouveau look, et la renommée que lui valut la publicité, firent du vieux bonhomme le repère incontournable de la nuit de Noël… A star was born ! Ne racontez pas trop cette naissance à vos enfants, car les dégâts seraient à la hauteur de leurs illusions.
CROIRE EN LA LEGENDE.-
Demain en vous levant, faites donc semblant de croire en la légende. Mettez vous dans la tête que vous avez, quel que soit votre âge, une âme de gamin(e). Vous verrez que ce n’est pas si facile, tant la vie vous a sans cesse ramené aux réalités, a porté des angoisses, a engendré des regrets. Vous verrez peut-être ces sensations passer dans les yeux de votre fils, de votre fille, quand ils ouvriront leurs cadeaux. Ne bougez pas!
Mais faites tout de même l’effort, car il vous sera profitable. Le secret de la réussite réside en effet dans la capacité que l’on a de…croire au Père Noël, ou tout au moins de faire semblant d’y croire. Comme on ne peut pas vivre sans espoir, sans projet, sans attente de lendemains qui chantent, il faut se convaincre que quelqu’un, quelque part, durant quelques brèves minutes, vous rassurera, en vous offrant ce que vous avez demandé.
Nous sommes devenus tellement matérialistes que nous pensons à l’argent, à la propriété, à la fortune, alors qu’autour du sapin on peut trouver tellement d’autres bonheurs. Mais attention ceux-là, comme le plaisir d’amour, ne durent qu’un moment !
Mais je déblogue…