L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Si ce matin vous ouvrez votre ordinateur, c’est que réellement vous êtes accro ou que véritablement, le partage constitue la valeur sûre de votre vie. Il me faut lucidement saluer ce courage incontestable, cet attachement à la communication entre les êtres. Au pied du sapin, je ne peux pourtant que déposer une chronique de nuit de Noël qui est forcément aussi embrumée que te temps extérieur. Elle ressemble à une bouteille lancée sur l’océan d’Internet, du genre de celles à qui les naufragés confient leurs espoirs. Elle constitue un véhicule au cheminement improbable.
Hier, une lectrice m’adressait un message amical me prévenant que si je poursuivais mon initiative de L’AUTRE QUOTIDIEN, je risquais de " bousiller " toutes mes chances d’effectuer une carrière politique. Je l’assume et, mieux, je le revendique. Chaque fois que je clique sur la touche d’over blog " mettre en ligne " pour diffuser mon article quotidien, je ressemble en effet à Robinson Crusoë qui tente d’alerter âme qui vive. Je n’ai aucune certitude sur le fait qu’il arrivera sur le rivage d’un esprit, ou qu’un pêcheur, parcourant les plages des blogs, s’emparera de celui qui traîne par là. Il le regardera peut-être, il le considèrera avec curiosité ou avec dédain, et scellera son sort. Le glaneur des idées le rejettera probablement vers le large de l’oubli, ou l’invitera à entrer dans l’intimité de sa réflexion personnelle.
Il faut, chaque jour, chercher quel impact aura sur la toile le moucheron porteur de mes pensées. Le seul risque encouru est celui de ne jamais être lu. Le reste n’a guère d’importance, et je suis fier que certains se sentent "dérangés" par l'arrivée matinale d'une bouteille, dont ils ne connaissent jamais le contenu. Cet océan d’Internet s’étend en effet chaque jour. Rien n'est prévisible. Il faut donc désormais une âme de découvreur pour aller explorer toutes les latitudes et dénicher l’îlot minuscule où germe la plante originale.
En ce matin de Noël vous avez forcément l’âme de Christophe Colomb, persuadé qu’il finira bien par trouver le nouveau monde. Cette volonté de s’accrocher à un espoir de surprise ressemble étonnamment à ce qu’éprouvent les gamins en pyjamas, qui se sont présentés au pied du sapin. Ils attendaient à la fois la satisfaction de leurs espoirs, mais nourrissaient une appréhension particulière qu’il n’en soit point ainsi.
Je retrouve donc une âme de gamin en lançant quotidiennement la bouteille de mon blog, car j'épouve ces deux sentiments mélangés. J’attends que les ronds dans l’eau faits par ces chroniques me reviennent d’une manière ou d’une autre, et je crains qu'il n'y en ait pas. Ils n’ont pas encore déclenché de tsunami, mais ils ne se sont pas, non plus, perdus dans les flots de l’anonymat. C'est déjà un splendide cadeau!
VASTES ETENDUES
Le mystère essentiel pour moi, repose sur le fait que je ne connais pas les courants porteurs des messages. Ils appartiennent aux abysses de ces vastes étendues, dont on ne voit que la surface plus ou moins agitée. L'enfant poste sa lettre dans le vide d'un concept (celui du Père Noël). Moi-aussi...
Comment certains messages échappent-ils aux prédateurs peu regardants sur les proies susceptibles de les alimenter ? Comment surnagent-ils, alors que rien ne garantit formellement leur solidité, et que rien n’est étanche ? Comment arrivent-ils sur le sable blanc d’un écran habité, alors que peu d’entre eux sont ouverts sur le monde ? Comment attirent-ils l’attention du promeneur solitaire des claviers, alors qu’ils n’ont rien de tapageur ? Autant de questions qui, un matin de Noël, alors que tout contrôle antidopage mettrait en évidence un coupable surdosage de Citrate de Bétaïne, n’ont pas lieu d’être… Tout sur Internet se déroule à 20 000 lieues sous les blogs, avec des capitaines Némo possédant des longueurs d’avance sur le monde extérieur. En allant faire un tour sur le forum, on découvre vite que l’on est dépassé par la technicité de ces gens qui dominent les subtilités des modes d’emploi.
Peut-être qu’il y a quelques minutes, votre fils, votre fille, votre petit-fils ou votre petite-fille vous ont infligé une cuisante leçon d’efficacité en dominant sans coup férir le maniement d’un jouet sophistiqué ? Pour moi, c'est identique. J'offre, mais je suis inapte à assurer le service après vente !
Vous qui adoriez les jeux de construction, le mécano, les trains que vous pouviez faire arriver à l’heure que vous décidiez, le poupon muet et non incontinent de celluloïd, les petits chevaux qui n’amassaient pas des fortunes dans des tiercés, le jeu de l’oie où avancer et reculer vous formaient à votre future vie sociale…vous devenez brutalement aussi idiot que lorsque vous avez à décoder une notice de montage ou d’utilisation d’un objet en chinois ! Vous redevenez vite très humble.
Même si l’écriture n’était pas partagée par la totalité du pays, elle ne posait aucun véritable problème. Tremper une plume dans un encrier, ou se saisir habilement d’un stylo-bille permettait au plus grand nombre de dominer la technique indispensable à l’expression. Désormais, vous devenez tributaire d’alchimistes de plates- formes, de gestionnaires de réseaux, de manieurs de sigles pour initiés, de tripatouilleurs d’images…La forme a pris le pas sur le fond, et le mot n’existe qu’avec un habillage alléchant.
LE PAQUET CADEAU
Ce matin vous avez remarqué combien le paquet cadeau avait son importance. Le choix de l’emballage a au moins autant de poids que le contenu. On en songerait pas à offrir quelque chose, brut de décoffrage. Pour les blogs, le principe est identique. La coquille peut être vide, mais l’apparence doit donner le change. Ce n’est en définitive que le reflet d’un monde de la communication, où l’idée est éclipsée par les contraintes matérielles.
En lisant cette chronique d’un Noël plus tout à fait comme les autres, je sais que vous recherchez une autre approche des échanges, car autrement, vous n’auriez même pas ouvert votre PC.
Alors, merci pour le cadeau. Merci de me permettre de toujours croire à un Père Noël, dont la hotte serait pleine de poudre de tolérance, de dialogue, de courage, d’idéal… Il en déverserait une pincée dans chaque cheminée du monde, laissant aux parents le soin d’écumer les rayons des grandes surfaces, pour acquérir ces jouets dopés par la pub, et dont les enfants raffolent car c’est le plus facile ! Ensuite, il mettrait dans toutes les bouteilles expédiées sur les océans d’Internet le message de Tristan Bernard : " L'homme est un éternel enfant qui, pendant la partie médiane de sa vie, a la puérilité de jouer à l'adulte ".
Allez, joyeuse journée de Noël et rendez-vous dès demain, même si, en ce qui me concerne, je n’ai pas la prétention de jouer un jour dans la cour des grands !
Mais je déblogue…