C’est désormais officiel je serai candidat aux élections cantonales et je demanderai aux habitants de Créon de me renouveler leur confiance. Je me lance donc dans deux campagnes simultanées sur guère plus de deux mois. J’essaie donc de mettre en place une organisation reposant sur le dialogue avec le maximum d’électrices et d’électeurs conformément à ma vision de la démocratie. Déjà une bonne trentaine de réunions diverses est programmée dans les 28 communes du canton (le plus grand de France pour son nombre de communes). Il y en aura bien d’autres… J’ai pourtant beaucoup de mal à persuader mon entourage de l’utilité de ces rendez-vous dont on m’a prédit l’inutilité absolue puisque l’on y voit que des convaincus et encore en nombre limité. Les tracts sont noyés avec la publicité. L'accessibilité aux médias devient très limitée car les rédacteurs confondent objectivité et… chasse aux élus. Les marchés ne rapportent plus guère en raison du tort fait pas des apparitions électoralistes de dernière minute… On ne sait plus comment convaincre ! Il ne reste qu’un seul moyen efficace pour se tailler une part de notoriété : la pipolisation ! La politique se délecte depuis quelques années maintenant de l’eau de rose. Elle ne survit qu’avec des secrets d’alcôve, des révélations croustillantes, des photos volées, des amis connus qui passent à la télé… car les débats d’idées n’intéressent plus guère le peuple ayant remplacé le triptyque " liberté, égalité, fraternité " par un autre plus " reposant " : " maison, gazon, télévision ! ".
Comme je suis toujours marié avec la même femme depuis près de 4 décennies, comme je n’ai pas de maîtresse, comme je ne fréquente pas la "jet set", comme mes amis sont ouvriers, employés, artisans ou retraités, comme je ne suis jamais allé à Disneyland, comme je ne serai jamais invité de TF1 ou du Grand journal, je ne serai jamais pris au sérieux ! La campagne électorale va être bien triste car je vais m’épuiser à parler de développement durable, d’éducation, d’infrastructures, de vie culturelle ou sportive, d’aménagement du territoire ou de développement économique via le tourisme, d’emploi ou de fiscalité locale. Je le sens d’autant plus que je ne peux pas espérer accueillir en Créonnais un " dictateur " fortuné mais infréquentable venant dépenser ses pétrodollars pour acheter du vin de l’Entre Deux Mers ou des barriques chez Demptos ! Il me reste à trouver le moyen de faire la une d’un magazine comme " Paris Match Pravda " ou " Point de vue images de Créon ". Peut-être qu’en entrant dans les salles des fêtes communales avec des danseuses nues ou en demandant à Marcel Amont, Pierre Perret ou Annie Cordy de faire un gala en ma faveur j’aurais une audience accrue. Je cherche…
LE QUINE DU TROISIEME AGE
Je vais donc essayer durant la campagne de me promener avec mon épouse pour rassurer la frange bien pensante de l’électorat. La rumeur trouvera bien matière à interpréter ses présences ou ses absences et, comme j’ai une suppléante, la rumeur se chargera de valoriser mon activité politique ! D’ailleurs pour commencer au plus vite à déployer mes arguments idéologiques je suis allé, avec ma femme, au quine du club du troisième âge dimanche après-midi. Vous me direz que ce n’est pas dans ce type de manifestation que je vais croiser des photographes de presse prompts à obtenir le cliché " rentable "… Aucune chance de me retrouver à la une de " Closer " avec mes grains de maïs dans une main et mon carton de loto dans l’autre ! J’ai une seule chance : entamer une grève de la faim pour dénoncer l’utilisation de maïs OGM dans les quines ou partir délivrer les poulardes ou les chapons pris en otages dans une basse cour pour servir l’appétit des réveillonneurs ! Enfin il me faut une idée " politique " forte !
Depuis hier on a oublié en effet l’ignominie la danse du ventre faite devant le " guide Libyen " pour plonger dans la lune de miel à la mode américaine. C’est cousu de fil (matrimonial) blanc. Et ça marche. Il me faut donc vite trouver un parc d’attraction pour que la politique reprenne ses droits. Il y a bien sur le canton, la ferme parc " Oh! Légumes oubliés " de mon ami d’enfance Bernard Lafon mais je ne trouverai plus aucune " cage d’amour " ( physalis) : ce n’est plus la saison ! Il resterait quelques cucurbitacées oubliées mais ce ne serait guère valorisant ! Il va me falloir rechercher un autre cadre pour exploiter le filon people pour épater le citoyen !
Remarquez que je ne fais guère d’illusions même s'il me reste de mon passage dans le monde du journalisme quelques connaissances parmi les photographes aimant l’originalité ils ne se déplaceront pas pour un cliché avec une citrouille sauf si elle se transforme devant leur objectif en carrosse.
" Je ne peux pas vous dire qui nous a prévenus, mais seulement que les photographes n'ont pas été convoqués. Leur présence a simplement été tolérée, pas autorisée (…). Cette sortie (…) a eu lieu dans un endroit extrêmement public, c'est la raison pour laquelle nous nous sommes autorisés à publier ces photos. Mais s'il existait une volonté délibérée de la présidence de rendre publique cette histoire, je pense que les photographes auraient été conviés et qu'ils auraient été bien plus nombreux. "
LA PRINCIPAUTE DE L’ELYSEE
déclarerait ensuite innocemment Laurence Pieau, rédactrice en chef de Closer dans un entretien avec Solène Cordier sur nouvelobs.com. Il faut donc le faire savoir tout en laissant croire à chacun qu’il va faire une exclusivité. Pourtant si ça marchait j’aurais tout à gagner d’une telle aventure puisque, grâce à moi, la Maison de la presse et le magasin Temps Presse feraient sur Créon des recettes miraculeuses et seraient enchantés par mon initiative. L'eurodéputé socialiste, Benoît Hamon, qui s'exprimait au nom du PS, a, de son côté, ironiserait sur "l'épisode supplémentaire des aventures de la principauté de l’Elysée. C'est le choix du président de la République de mettre en scène avec la même intensité ses choix politiques comme ses choix privés, nous ne partageons pas cette conception du rôle du président", a-t-il commenté. On voit bien que ce brave garçon n’a rien compris à la politique alors que, comme je le sais, il va être papa d’un jour à l’autre ! il pourrait négocier les photos de sa compagne à la maternité au lieu de critiquer les aventures " princières " du Président ! C’est comme ce malheureux François Hollande qui n’a toujours pas digéré que ses aventures extra conjugales, pourtant tellement décisives sur le résultat des élections présidentielles, pourquoi n’a-t-il pas fait autant de tintouin autour de son aventure qui n’était même pas extra conjugale ?. Sa côte de popularité n’a en effet pas varié d’un iota ! Il n’a tiré aucun bénéfice de sa séparation et pire il a refusé que l’on dévoile les… dessous de sa vie amoureuse. Il aurait pourtant atténué la mauvaise image d’un conseil national du PS en allant au Flore à Saint Germain des Prés se laisser photographier devant un café fumant avec sa nouvelle compagne et Ségolène aurait pu faire prévenir discrètement les paparazzi quand elle campait sous les fenêtres de François Bayrou. Le Parti Socialiste s’en porterait mieux.
Que valent leurs positions sur le pouvoir d’achat, la carte judiciaire, les franchises médicales, les régimes spéciaux de retraite, la pantalonnade libyenne, la faillite de l’Etat quand on sait que les ventes des magazines " people " confèrent avec quelques images une notoriété sans pareille ? La seule fois que Hollande s’y est risqué c’était pour sa fameuse photo à Neuilly avec Sarkozy qui lui a valu que des déboires ! De quoi vous dégoûter des clichés de complaisance.
Ce qui efface tout le reste et relativise les problèmes énoncés ci-dessus tient dans un petit détail remarqué en tout cas hier par tous les photographes qui couvrent ses activités publiques : Nicolas Sarkozy ne portait plus son alliance, jusque là conservée depuis son divorce. L’avenir de la France, à la veille des fêtes va en être bouleversé ! Imaginez un peu l’importance pour le quotidien des 7 100 000 pauvres qui vivent en France ? Mais le journalisme a ses nécessités alimentaires que certains ne refusent pas d’exploiter !
LA POLITQIUE SE FAIT CHEZ MICKEY
En fait je suis mal en point en écrivant ces lignes car je vois bien que je n’ai pas une vision très décalée de la vie sociale. Je n’ai pas encore mesuré le retard que j’ai accumulé en matière d’appropriation par les citoyens des…nouvelles vertus républicaines. Il fut une époque où l’on clamait, à gauche, son indignation parce que la politique se faisait à la corbeille, symbole du capitalisme exploiteur. Désormais elle se construit chez Mickey ! En fait Sarkozy a transformé la vie politique en feuilleton télévisé que les scénaristes en grève à Hollywood n’auraient même pas osé envisager. A quelques jours de fêtes de fin d’année il vient de livrer dans le décor de Cendrillon, le conte de fées idéal. Le " prince " du Fouquet’s, du yacht, des vacances américaines, malmené par un visiteur n’ayant rien d’un roi mage est passé en un dimanche d’hiver de l’ombre à la lumière sublimé par l’amour de la Belle ! Un love story qui va droit au cœur des midinettes, des retraitées, des familles rêvant de découvrir Disneyland, des fans admiratifs…
Une dépolitisation généralisée de la vie française est en marche. Elle va lentement remplacer par des narrations sans cesse plus proches du scénario maîtrisé écrit au jour le jour que de la réalité détestable. L’Elysée construit chaque jour une actualité en donnant en pâture aux médias ce qu’ils attendent. Il n’y a plus aucun horizon idéologique car on remplace tous les concepts par des images qui se succèdent pour construire une " histoire " sur des impressions successives. On offre un épisode quotidien aussi bref que possible afin que se construise ce feuilleton dont on attend impatiemment la suite. Vont-ils se marier ? Les supputations vont meubler la fin de 2007 et effaceront toutes les autres préoccupations. Comment va réagir Cécilia ? On attendra le énième livre sur la superficialité de sa vie afin de noyer l’essentiel. Qu’en pense la reine mère ? On guettera un signe. Les affaires de cour ont toujours fait rêver. Autant en profiter !
Quand j’étais gamin, il y a des lunes, la télé ne vivait que par des feuilletons qui tenaient en haleine les familles. " Le temps des copains ", " Thierry la Fronde ", " Belle et Sébastien ", " L’Homme du Picardie " … avaient largement occupé les esprits durant des semaines " gaullistes " et avaient renoué avec un style que des écrivains prolixes avaient érigé en art utile à la survie des journaux écrits. Il faut se préparer à ce que durant cinq ans, la France vive au rythme des épisodes écrits pour les producteurs élyséens. Ils déclineront des aventures plus ou moins féeriques ou des promesses de lendemains qui chantent.
" Fortune " fut le premier axe, " gloire " le second et " amour " le troisième, " beauté " arrive… " Politique " n’est pas prévu parmi les titres. Nous venons de passer en quelques mois de la " lutte des classes " à la " galerie des glaces ", miroir aux alouettes pour citoyens devenus des consommateurs fascinés par ce monde opposé au leur. Mais dans le fond je n’ai qu’à en faire autant !
Mais je déblogue…