Il est certain qu’il y a des votes qui sont valorisés et d’autres soigneusement oubliés. Les urnes ont ainsi livré leur verdict : 75% des salariés de l'usine Continental de Sarreguemines ont majoritairement décidé d’un retour aux 40 heures hebdomadaires. Derrière les résultats nets et sans bavures - 89% de participation, 96% pour le oui chez les cadres, 69% chez les ouvriers -, de ce référendum, la réalité semble toutefois nuancée. Ils ont pourtant étaient subtilement présentés, grâce à des approximations et plus encore à cette éternel manque de pédagogie citoyenne comme une condamnation par des ouvriers de la mesure sur les 35 heures. En fait, une fois encore, le raccourci sert la cause idéologique de la Droite alors que le résultat n’a pas du tout cette signification. Mais il est vrai que ce résultat tombe à pic pour un Nicolas Sarkozy qui dit tout et son contraire depuis des semaines sur le sujet de la durée du travail ! Il faudrait d’abord mieux présenter le contexte du vote qui ne présentait pas un libre choix puisque sans allongement de la durée du travail hebdomadaire, la direction avait indiqué qu’elle irait vers une fermeture du site. On ferait mieux de dire ou d’écrire que le vote proposé se résumait ainsi : les ASSEDIC ou les 40 heurs ! Choisissez et après on parlera du reste. Impossible de considérer que cette situation délicate n’a pas énormément pesé sur le résultat ! La compétitivité de l'entreprise dans un secteur concurrentiel était en cause." Ce projet permettra une hausse nette de 6% du revenu moyen dans l'entreprise, a expliqué sans se cacher François Gérard, le directeur de l'usine, en rappelant que les usines allemandes du groupe étaient repassées depuis 2006 aux 40 heures… sans contrepartie salariale. Il s'agit (...) d'améliorer la productivité du site en travaillant 331 jours dans l'année - contre 325 actuellement - et de produire 200.000 pneus de plus à partir d'avril prochain. " Avec quelles promesses? 50 emplois en plus si un accord avec les syndicats est signé.
" Nous n'avions pas le choix ",
NOMBRE DE JOURS TRAVAILLES EN PLUS
Il est donc totalement faux de ressasser ou de titrer sur un retour net aux 40 heures ? Indirectement peut-être mais la durée du travail reste pourtant la même. Le personnel n’a pas été appelé à se prononcer sur cet acquis social mais sur un rachat de deux à dix jours de RTT et sur des heures supplémentaires à effectuer ( dans le cadre de " la loi travail, emploi et pouvoir d'achat " ).Des propositions de la direction qui finiront par permettre un retour aux 40 heures hebdomadaires dans l'usine sur la base d’une acceptation de la perte de journées de repos. Il aurait été plus honnête de parler de rachat des RTT par le patron ou même de leur transformation en heures supplémentaires ! Le plan de la direction, baptisé "donnant-gagnant", visait en effet à " allonger le temps d'utilisation de l'outil de production " de sept jours par an. Pour effectuer ces journées de travail supplémentaires, les salariés devront renoncer à des jours fériés et à des jours de RTT. Ces jours supplémentaires travaillés seront rémunérés à 125 % en semaine et à 200 % le dimanche.
" L'augmentation des revenus annuels nets sera de 6 % ", affirme la direction qui oublie de dire que pour certains les impôts sur le revenu s’empareront d’une bonne part de cette augmentation via le fameux effet de seuil des tranches. Il a été hâtivement prétendu que cette usine abandonnait les 35 heures alors que concrètement, pour les ouvriers travaillant en équipe la semaine, la durée hebdomadaire moyenne de travail passera des 37,5 heures actuellement en vigueur… à 40 heures. Le symbole s’effondre dès que l’on examine plus précisément le contexte mais, peu importe, le mal est fait : on a franchi ce qui est présenté comme le mur des 35 heures !
Cette situation, présentée comme extraordinaire, n'est absolument pas inédite. Dans l'Aisne, l'usine Le Creuset de Fresnoy-le-Grand était déjà revenue aux 40 heures suite à l'augmentation de ses commandes sans soulever autant d’enthousiasme médiatique. Nicolas Sarkozy avait effectué une visite de cette " usine modèle " le 25 janvier 2007. Il était alors candidat UMP à l'élections présidentielle. Et rappelait: " Mon truc à moi, c'est le travail. " et il avait applaudi à cet enthousiasme des salariés à travailler plus pour gagner pas encore réellement autant qu’ils le mériteraient. Le seul problème c’est qu’il faut aussi avoir l’activité pour procurer du travail aux autres et rien ne remplacera les commandes !
UNE PRIME QUI S’ENVOLE
Il a également été omis de préciser que cet accord doit encore être négocié d'ici à la fin 2008 avec les quatre syndicats de l'entreprise (CGT, CFDT, CFTC et FO) qui ont immédiatement émis des réserves. " Le vote nous a montré que les gens étaient prêts à revenir sur des acquis sociaux ", a commenté Christian Eyen, responsable de la CFTC. Il a dénoncé " un chantage à l'emploi ". Pour Richard Fleischauer, délégué CFDT, " ces propositions aboutiront à augmenter le temps de travail de 7% tandis que la rémunération totale n'augmentera que de 4% ". Autant préciser que rien n’est encore définitif et que l’usine connaîtra probablement d’autres périodes difficiles.
La direction estime que les syndicats doivent suivre les salariés. " Leur mission première est de représenter le personnel et le personnel s'est clairement prononcé ", a commenté triomphalement à Reuters François Gérard, le directeur du site. " Notre premier objectif est de gagner en compétitivité. Nous sommes la dernière usine du groupe à travailler aussi peu ", a-t-il ajouté.
L'intersyndicale CGT, CFDT, CFTC est sonnée mais pas K.O. et doit se réunir pour faire connaître sa position. " La CGT a pris acte du résultat. La suite sera de monter un dossier de négociations ", a répondu Daniel Bordommé, délégué CGT. " Le minimum syndical, c'est le paiement de la prime dite de groupe de 600 €, normalement versée en février ", a-t-il ajouté. Or cette prime a été refusée par la direction du groupe en raison des performances jugées insuffisantes du site. Les salariés perdraient donc en 2008 ce qu’ils peuvent espérer gagner en travaillant plus longtemps moins de deux mois après avoir fait le choix de 2,5 heures supplémentaires ! En définitive il faudrait vérifier au bout d’une année qu’elle est réellement le résultat du " travailler plus pour gagner plus " si les impôts passent par là, si la famille voit ses prestations sociales diminuer, si la prime de groupe est supprimée. Je serai curieux de faire les calculs et de voir la marge dégagée finalement par l’entreprise !
UNE ISSUE INELUCTABLE
La véritable bénéficiaire de ce scrutin sera l’Ump qui exulte d’avoir réussi à faire croire, grâce aux médias que dans une usine mal en point on voulait enfin se débarrasser de ce carcan économique que sont les 35 heures. Maintenant on va clouer le bec à ces opposants débiles ne comprenant rien à la vie sociale ! " Voilà un résultat plus qu'intéressant, qui montre que lorsqu'on pose directement la question aux salariés, ils répondent clairement 'oui nous sommes intéressés par le paiement des RTT ", a évidemment déclaré Xavier Bertrand, le ministre du Travail, en marge du débat sur le projet de loi sur le pouvoir d'achat. Il avait le sourire radieux de ceux qui viennent de réaliser un bon coup ! " C'est la meilleure réponse à tous les Cassandre qui ne manquent pas d'intervenir sur ce sujet ", a ajouté le ministre. " Je note avec satisfaction, avec bonheur, que certaines entreprises, lorsque l'on questionne à bulletin secret leurs salariés sur la durée du travail, préfèrent travailler davantage, produire davantage, avoir davantage de salaire net ", a déclaré Bernard Accoyer, président Ump de l'Assemblée nationale. On ne tardera pas à entendre le Président de la République s’extasier sur ces salariés lucides et patriotes qui font confiance aux propositions gouvernementales avec un revolver sur la tempe !
Ils oublient de vous dire que depuis quelques jours les bâtiments de Continental à Angers ont été rachetés, ainsi qu'une partie de l'activité qui emploie 80 salariés, sur les 330. Le site angevin doit tout de même fermer fin… 2008. La dramatique nouvelle était tombée voici presque un an, alors que le groupe allemand venait de racheter le site angevin à Motorala. Désarroi et colère des 330 salariés : " Il y a du travail. Nous n'arrêtons pas de faire des heures supplémentaires. L'entreprise dégage des bénéfices. Alors pourquoi ? ", s'interrogeaient-ils.
L'usine fabrique des produits de haute technologie, comme des régulateurs de vitesse, des calculateurs de moteur, des navigateurs électroniques, etc. Mais certains produits se trouvent en fin de vie. Le groupe voulait se restructurer. Et délocaliser une partie de ses productions en Chine et dans les pays de l'Est. Les ouvriers avaient pourtant accepté tous les sacrifices demandés par la direction de Continental. Les voici pourtant arrivés au point prévu : 35 heures ou plus de boulot. Tant que les profits se réguleront par le facteur " emploi " tous les efforts serviront à rien car la délocalisation reste inéluctable. Seul l’avenir permettra de savoir si les salariés de Sarreguemines n’ont pas de toutes manières scié la branche sur laquelle ils étaient assis.
Mais je déblogue…
souligne d’ailleurs le directeur en faisant référence à la pression exercée par le groupe allemand Continental pour que la durée du travail soit allongée à Sarreguemines. On constate les effets pervers de l’Europe en la matière. Quand on souligne que le nivellement social s’effectue par le bas dans une UE uniquement soucieuse des profits financiers on a une illustration de ce qui attend dans les prochains mois tous les salariés des groupes internationaux. En fait ce sont des journées de " congés ou de RTT " qui disparaîtront et qui ne seront payés en heures supplémentaires défiscalisées mais les 35 heures ne sont pas remises en cause !