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L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante

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DIEU LE VOEU !

Plus on approche du nouvel an et plus le courrier institutionnel se raréfie. Il est vrai que les administrations hibernent et que les circulaires, arrêtés et injonctions diverses ne sont plus fabriqués à la chaîne comme des jouets de Noël pour fonctionnaires sages. On attendra les " soldes " de janvier pour relancer la machine à fabriquer des textes inapplicables, et des lois venues d’on ne sait où pour on ne sait qui. Le Parlement sommeille. La Préfecture réveillonne. Les directions départementales diverses et variées cultivent leur déception des départs vers la retraite non remplacés.

Il arrive pourtant, ces jours ci, chaque matin, des dizaines de lettres, toutes différentes les unes des autres, qui s’amoncellent sur la table où je continue à dépouiller des nouvelles fraîches. Leur format reflète par avance un contenu plus ou moins original. Il va du sur mesure intégral au standard le plus commun. Il traduit un souci poussé d’originalité ou une industrialisation de l’opération. Chacune des missives à son poids, trahissant les moyens financiers de celui qui l’a expédiée. La couleur donne une sensation inhabituelle de fantaisie non administrative au tas que la préposée au courrier étale sur la table. Le nombre constitue également un gage de notoriété pour celui à qui ces envois sont destinés.

Avec un zeste d’habitude, avant de manier l’ouvre lettre, il est amusant de tenter d’en deviner l’expéditeur. Le jeu est beaucoup plus motivant que la routine quotidienne, consistant à ouvrir des enveloppes banales pourtant porteuses d’appels désespérés de chercheuses de l’or des emplois publics.

La société des vœux pieux ne s’est jamais aussi bien portée. Elle illustre le passage du contact direct à celui de l’apparence démonstrative. Point de cartes glacées : point de reconnaissance officielle.

LES ENVOIS INDUSTRIALISES

Pour la très grande majorité on trouve donc, dans le tas, les envois industrialisés. L’indice majeur de cette dissémination généraliste de la bonne année repose sur l’étiquette autocollante. Elle trahit un fichier de centaines de destinataires, auxquels on adresse des formules incantatoires aseptisées. Le vœu est anonyme, sans d’ailleurs, la plupart du temps, aucune adresse d’origine. Il devient publicitaire et consiste surtout à témoigner d’une présence possible sur le marché économique ou politique.

Les premiers à dégainer sont les Parlementaires, qui depuis leur bureau parisien et avant leurs vacances sur le terrain utilisent le service postal gratuit de l’Assemblée ou du Sénat pour arroser leur territoire. Leurs souhaits de " bonne et heureuse année " arrivent bien avant Noël…

Ils sont suivis, dans l’ordre, par ceux du Conseil Régional, du Conseil Général et de la Communauté Urbaine de Bordeaux, absolument égalitaires (même carte pour tout le monde) pour les élus concernés. Le Conseil régional fait depuis des années dans le compliqué (dépliant très lourd nécessitant un timbrage onéreux), alors que le Conseil général a choisi en 2006 la simplicité et même l’austérité avec une carte légère portant photo en noir et blanc. Parfois les lettres arrivent, identiques, à la queue leu leu, avec des doublons peu rassurants sur l’intérêt porté à leur contenu par l’expéditeur étourdi. Le cumul des mandats fait aussi que des messages similaires sont déclinés sous trois ou… quatre formes différentes par la même personne. Les vœux à répétition !

Les entreprises, elles, automatisent les envois avec une différence notable : elles ont pour la plupart acquis des cartes auprès d’organismes humanitaires, pour que l’opération ait un caractère moins publicitaire. Elles donnent ainsi une dimension sociale à leur démarche, démontrant leur souci de partager les malheurs du monde. En général, on peut apprécier le dynamisme de la société à la rapidité avec laquelle elle transmet ses souhaits de prospérité. Les plus organisées le font avant le 31 décembre, car elles ont déjà les outils nécessaires. Les autres traînent jusqu’aux derniers jours de janvier, tentant de se rattraper en ayant vu leur concurrents battre la campagne.

Dans l’immédiat, et sous réserve d’un arrivage exceptionnel, le prix de l’originalité ira en 2006, dans ce secteur très fourni, au Centre d’Information Jeunesse d’Aquitaine (CIJA), dont le Directeur, Pascal Jarty, déniche toujours une idée décapante. Celui de la banalité absolue pourrait échoir à la grotte Célestine, dont le sénateur maire de Rauzan écoule les stocks depuis deux ou trois ans !

LES ENVOIS ARTISANAUX

Une adresse manuscrite traduit déjà une autre démarche. Elle incite à ouvrir avec curiosité l’envoi personnalisé. On y trouve souvent un signe d’amitié bien différent des autres. Le choix du support prend toute sa valeur. Les vœux ne sentent pas le " prêt à écrire " mais ils portent une intention déjà beaucoup plus proche. Tout se trouve dans le petit mot qui a été ajouté au bas de la formule rituelle.

Ces vœux sont la synthèse de la proximité affective, et des impératifs du nombre. Un clin d’œil, l’évocation d’un souvenir, un engagement discret, une citation mise en exergue brisent en effet la monotonie des autres messages.

En général, cette catégorie ne représente que 10 à 15 % des arrivages quotidiens. L’artisanat a le défaut dangereux de ne pas couvrir tout le marché potentiel, et de faire, donc, des mécontents potentiels. Dans ce domaine, celui qui creuse assidûment, depuis des décennies, les carrières de bonnes phrases pour y dénicher la " pépite ", n’est autre que Marcel Berthomé, Maire de Saint Seurin sur l’Isle. Chaque année, son exergue donne le ton de l’année qui s’ouvre : revendicatif, conciliant, admiratif, moralisateur, conquérant, déprimé ou enthousiaste … Mais toujours aussi " direct " que celui qui l’a sorti de l’anonymat d’un bouquin plus ou moins connu pour le diffuser.

Plus beaucoup de monde ne se risque désormais à cette sélection qui peut vous faire classer dans un camp politique, après analyse de votre sentencieuse affirmation. En choisissant Péguy ou Jaurés, Hugo ou Chateaubriand, Ronsard ou Pascal Jardin, vous ne donnez pas nécessairement l’image correspondant à la réalité de votre pensée.

LES ENVOIS DU CŒUR

Les plus précieux envois concernent le courrier du cœur. Celui que vous n’attendez pas car il émane d’une citoyenne ou d’un citoyen qui a déposé sur une petite carte blanche du bristol le plus simple, avec des mots de tous les jours, un remerciement, un encouragement, un engagement sincères. C’est inexplicable, mais ça sent l’amitié ou l’estime, transpirant dans des mots qui ne se veulent ni trop ampoulés, ni trop convenus.

Je les classe à part, comme l’on mettait autrefois entre des buvards des fleurs séchées pour les jours où le soleil manquait. Ils effacent le rituel. Ils redonnent un sens aux vœux qui n’ont comme intérêt que la sincérité de ceux qui les formulent.

J’avoue que parfois, ces envois me manquent, comme le radeau fait défaut au naufragé quand il doute de l’avenir.

Ce matin, j’en suis certain…j’aurai au moins une de ces enveloppes d’un autre temps. Et je croirai dans les autres vœux !

Mais je déblogue…

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G
Dans cette classique période voeux, il y a une chose qui agace et qui me pousse à livrer ce commentaire ; D'où vient cette violence dans le débat politique ? Ces derniers temps, la qualité du débat politique s'est dégradée de manière préoccupante en France. Une dérive certes habituelle dans la tension des dernières heures de campagne électorale, mais qui, en l'espèce, a de quoi inquiéter étant donné qu'un an et demi sépare encore l'Hexagone des présidentielles de 2007. Nicolas Sarkozy n'est pas seul en cause. L'ont amplement et successivement illustré les noms d'oiseaux qui ont émaillé toute la campagne socialiste pour le référendum européen du 29 mai, les tirades anti-turques des souverainistes avant ce scrutin, ou les couplets xénophobes plus récents de pontes de la majorité contre la polygamie et les mariages mixtes. Sans oublier les saillies d'un machisme effarant qui ont suivi la révélation des velléités présidentielles de Ségolène Royal. Ou cette dernière sortie, inouïe, de l'ex-ministre RPR, Eric Raoult, pour qui la ville de Clichy-sous-Bois, berceau des récentes violences urbaines, «fait honte» à la France.
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