Dans le journalisme il faut se méfier énormément de la hiérarchie de l’information que l’on effectue car il y a parfois des rapprochements pour le moins dérangeants. En fait le véritable rôle des médias c’est justement d’offrir aux citoyens un ordre d’importance aux faits qu’ils doivent connaître. Ce sens critique qui n’a jamais eu autant d’importance dans le flot des dépêches qui tombe a constitué le fondement d’un métier que j’ai aimé. J’ai des dizaines de souvenirs sur des débats agités relatifs au choix des titres ou des photos. Mais hier, en regardant la une des journaux du Web j’ai été scotché par le Nouvelobs.com, auquel je me réfère souvent. En effet, on trouvait à la une, bien évidemment, l’annonce de l’assassinat de Benazir Bhutto dont on peut évaluer aisément l’importance et juste dessous (donc considéré comme au même niveau par le professionnel de permanence) : " Sarkozy et Bruni sont arrivés à Charm-el-Cheick ". Une hiérarchie de l’info qui peut laisser pantois et un rapprochement de deux faits qui me révolte profondément car il illustre cet abêtissement des masses qui va conduire notre démocratie vers le gouffre. En fait c’est l’illustration parfaite, souhaitée par le pouvoir actuel, de l’organisation permanente de la perte des repères fondamentaux de la vie collective. Mettre en parallèle le voyage ostentatoire d’un couple étalant sa lune de miel fastueuse avec force détails et la mort d’une femme ayant tout sacrifié pour défendre son opposition aux extrémistes religieux c’est tout bonnement scandaleux. Quel décalage entre ces deux faits traités au même niveau ! Quelle indécence que l’étalement de cette vie privée de sens face au combat d’une vie publique remplie de sens ! Quel manque de respect pour un métier qui nécessite un minimum de clairvoyance ! Quelle injure faite aux lectrices et aux lecteurs !
Hier (voir ci-dessous) j’attirais l’attention sur les dangers terribles des récentes déclarations présidentielles sur la laïcité. Je ne pensais pas avoir raison 24 heures plus tard. Les religions, toutes les religions génèrent leurs fanatiques plus ou moins visibles. Le Pakistan, comme certains pays occidentaux sont en passe de sombrer dans le chaos pour ne pas avoir su faire respecter une liberté de croyance n’altérant pas la liberté de conscience des autres. Chaque fois que la laïcité recule ce n’est que sous le coup de boutoir du fanatisme organisé.
On a vu hier jusqu’où cette volonté d’imposer des règles inspirées par un extrémisme pouvait aller. Benazir Bhutto n’avait de cesse de rappeler qu’elle ne tolérerait plus cette alternative entre la main mise de l’armée ou des religieux sur son pays. Verdict sans pitié : la mort infligée par les uns avec la neutralité bienveillante des autres !
LA MORT A SUPPLANTE L’AMOUR
Certes nous en sommes pas encore là mais nous avançons lentement vers la dictature du profit triomphant, vers la peopolisation outrancière, vers des religions de pouvoir, vers la fin de la loi de 1905 que ce brave Raffarin se voit déjà en train d’amender ! Lentement mais sûrement les médias font basculer l’opinion dans cette vision sociale allant contre la Raison et ce, dans l’indifférence quasi générale. Le NouvelObs.com en fournit une éclatante preuve alors que TF1 qui a bien compris le danger de révolte qui germe dans les esprits n’a même pas osé parler (pour ne pas être désagréable avec Nicolas Sarkozy dont les frasques égyptiennes altèrent dans le fond sa cote de popularité) de ces retrouvailles hors du temps entre le Ministre des Affaires étrangères et son Président dans une villa prêtée par un Cheik pour le moins généreux ! On s’est donc attardé dans les Jités sur la mort plus vendeuse l’espace d’un soir que l’amour, sur la gloire plus productive que la beauté !
L'ex-Premier ministre pakistanais a reçu une balle dans le cou tirée par le kamikaze avant l'attentat suicide qui l'a visée. Elle a succombé à ses blessures à l'hôpital, mais les enquêteurs n'ont pu encore savoir si elle est morte de sa blessure au cou ou des suites de l'explosion. La police précise que le kamikaze a tiré plusieurs coups de feu en direction de Bhutto au moment où celle-ci quittait la réunion organisée dans un parc public. L'homme s'est ensuite fait exploser. Ce drame est le dernier d'une série record d'attentats suicide dans l'histoire du Pakistan, qui ont fait plus de 780 morts en 2007. Le plus meurtrier, pour l'heure, avait déjà visé une manifestation du parti de Benazir Bhutto : le 18 octobre, deux kamikazes avaient tué 139 personnes dans un gigantesque défilé de sympathisants qui célébraient, à Karachi, la grande ville du sud, son retour de six années d'exil.
L'ex-Premier ministre avait échappé aux kamikazes parce qu'elle se trouvait à l'intérieur d'un camion blindé en tête du défilé. Ils avaient annoncé son exécution et ils ont tenu… leur promesse. " Je sais exactement qui veut me tuer ", confiait Benazir au lendemain d'un premier attentat qui avait fait 133 victimes à Karachi le 18 d'octobre. " Ce sont les dignitaires de l'ancien régime du général Mohamad Zia qui sont aujourd'hui derrière l'extrémisme et le fanatisme. " Le père de Benazir Bhutto, avait été déposé par le général Zia en 1997, avant d'être exécuté. Décédé dans un accident d'avion, Zia garde de fervents supporters au sein de l'armée pakistanaise…et notamment dans les services de renseignements. Selon eux, trois groupes proches d'Al-Qaeda ou des Taliban avaient menacé l'ex-Premier ministre
EXPLOITATION DE LA RELIGION
Une chose est certaine, si Benazir Bhutto comptait beaucoup de supporters au Pakistan, elle y avait également beaucoup d'ennemis. Outre les nostalgiques de Zia, elle était également la bête noire des intégristes, qui l'accusaient d'être une marionnette de l'Amérique. " Que cela soit dû au fait que les dirigeants comme le général Zia ont manipulé et exploité la religion pour servir leurs propres objectifs politiques, ou au fait que la dictature suscite par elle-même des sentiments de dépossession et de désespoir, il demeure que l'extrémisme représente aujourd'hui une menace pour mon pays, pour la région et pour le monde. " avait-elle affirme. A rapprocher des propos du chanoine Sarkozy tenus lors de virée papale qui conduiront tout droit au même résultat dans queleus décennies !
Le jour où Benazir Bhutto payait de sa vie d’avoir tenté de vaincre par la parole les intégristes religieux de tous bords, la cour élyséenne se déplaçait de Louqsor vers Charm-el-Cheick. Un événement qui venait après une série époustouflante d’exploits politiques susceptibles de changer le quotidien de la Nation. Le couple a, selon les journalistes expédiés sur les lieux pour suivre ce qui restera l’événement de l’année 2007, profité de la dernière matinée à Louxor, ancienne capitale de l'Egypte pharaonique, pour visiter la Vallée des Reines, site des sépultures des épouses de pharaons, après avoir parcouru celles des Rois mercredi.
Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, épaule contre épaule comme depuis le début de leurs vacances, sont descendus dans deux tombes. Celle de Néfertari, l'épouse préférée de Ramsès II, qui a régné 67 ans, et dont le couple a visité la veille le temple érigé à sa gloire, a été exceptionnellement ouverte. "Notre guide nous a dit qu'il fallait débourser 150 euros par personne pour pouvoir la visiter", a expliqué à la presse une touriste française comme si cette mauvaise citoyenne avait à se plaindre de son pouvoir d’achat insuffisant. "Il nous a dit qu'il allait demander à ce qu'elle reste ouverte pour qu'on puisse la visiter nous aussi", a-t-elle ajouté. Pauvreté de notre comportement que celui qui consiste à toujours vouloir se placer dans le sillage des nantis et de s’ériger en profiteurs de leurs passe-droits.
DEUX VOYAGES DIFFERENTS
Le président de la République, en chemise kaki, s'était une fois de plus prêté facilement au jeu des photos avec les touristes, acceptant même de poser avec Carla Bruni, chemisette noire près du corps, pour des Egyptiens travaillant sur le site archéologique. La dizaine de photographes professionnels en ont profité pour ajouter un cliché aux centaines qu'ils ont déjà pris depuis mardi sans trop… de difficultés. Ils ne pouvaient pas penser, ces professionnels aux aguets, heureux de saisir une fausse intimité vendue aux vautours de la peopolisation, que cette pauvre Benazir Bhutto allait leur ravir la une des journaux de fin d’année. Son voyage à elle aura été d’une toute autre nature.
Sa dépouille a en effet été transportée de l'hôpital vers une… base militaire d'où elle est partie pour son village familial de Larkana, dans le sud du Pakistan. Le parcours fut extrêmement chaotique à la sortie de l'hôpital, des centaines de personnes se massant autour du cercueil en bois tout simple où une petite vitre en plastique sur le couvercle laissait apercevoir le corps, enveloppé dans un linceul blanc.
Une multitude de sympathisants tentaient de toucher le cercueil, rendant très difficile la progression des hommes qui le portaient pour descendre les escaliers de l'hôpital général de Rawalpindi, la grande ville de la banlieue d'Islamabad, où a été perpétré l'attentat qui a tué également 20 autres personnes. Ses funérailles auraient lieu dès vendredi, le plus rapidement possible comme le veut la coutume musulmane, dans le mausolée familial à Larkana, aux côtés de son père.
Vite, vite la République va affréter un avion présidentiel pour que notre Président fasse un saut aux obsèques… abrégeant ainsi ses séances de bronzage avec Christine et Bernard ! Il sera de retour dimanche matin pour son voyage officiel en Egypte avec ses… 200 invités arrivés pour réveillonner au Caire pour certains d’entre eux qui n'eiront pas au Fouquet's. Il aura ainsi une chance d’être en images dans le 20 heures de ce soir sur TF1. Et si par hasard le 31 décembre il peut faire une allusion à Benazir Bhutto martyre de la laïcité ce ne serait qu’excellent pour les sondages ! Il promettra aussi qu'Ingrid Bettencourt sera libéré... pour Noël mais sans dire l'année car les FARC n'ont pas besoin de centrale nucléaire!
Mais je déblogue…