L'AUTRE QUOTIDIEN de Jean-Marie DARMIAN, ancien journaliste, maire et conseiller général de Créon (33). La politique et la vie sociale sans langue de bois...au quotidien et contre l'opinion dominante
Le marathon des vœux a des effets totalement différents de celui que pratiquent les adeptes de la course pédestre sur route. Il ne provoque pas d’amélioration de ma ligne ou ne renforce pas ma résistance cardiaque. Il devrait, au contraire, sérieusement mécontenter mon médecin, car chaque ravitaillement ne sert pas à reconstituer mes forces défaillantes mais à aggraver mon surpoids potentiel. Les soirées se succèdent avec deux ou trois réceptions agréables, où l’amitié entre collègues et plus encore la rencontre avec des centaines de citoyens détendus, obligent à lever le coude et à chasser la fève !
En cette période de consommation effrénée de galettes des rois, un Ministre visionnaire avait institué samedi la journée de lutte contre l’obésité infantile. Son choix paraît judicieux après les fêtes, et au moment où l’on partage comme jamais les gâteaux sur les tables familiales. C’est vous dire si la mesure aura été efficace et aura mobilisé les foules. Elle est même probablement passée inaperçue, dans une société où tout est fait pour inciter à manger tout et n’importe quoi. Que… pèse une bonne intention sur un chemin pavé de tentations de plus en plus nombreuses ? Or, avec un zeste de lucidité, les parents devraient se préoccuper de la pire épidémie en vigueur en France : l’obésité. On pense que dans deux décennies, elle causera plus de décès que toutes les maladies actuelles. Le problème, c’est qu’elle ne se soigne pas par l’absorption d’un médicament, mais par un changement de comportement. Et on le sait, aucune loi, aucun texte officiel, aucune décision ministérielle, ne changent les mentalités !
La situation est grave, mais elle n’affole personne. On dénombre pourtant en France 8 millions d'obèses dont de 100 000 à 200 000 obésités massives. Sur le plan national, la " maladie " a augmenté d'environ 45 % entre 1987 et 1996.
50 % D’OBESES AVERES.-
L’année dernière, 61% des enfants dépistés lors de la première journée nationale, étaient en surpoids (dont 50% d’obèses avérés), et 11% présentaient une Prise de Poids Excessive (PPE), signal d’un début d’obésité. Parce qu’au début, ça ne se voit pas , aujourd’hui, en France, un enfant sur six est touché par l’obésité, soit deux fois plus qu’il y a une décennie. Elle apparaît souvent dès deux ans, les 7/12 ans étant la tranche la plus touchée, mais on ne devient pas ainsi du jour au lendemain : l’enfant se met à prendre du poids de façon excessive, souvent très progressivement, si bien que la plupart du temps les parents ne s’en rendent pas compte. Pourtant, il existe un outil de contrôle à la portée de tous : les courbes de corpulence intégrées au Carnet de Santé, mais elles sont peu souvent suivies par mes familles. Le repère historique essentiel traditionnel de la bonne santé d'un enfant c'est : " il mange bien! " ou aussi parfois la fameuse formule " il a toujours faim! " pour justifier un dérapage dangereux.
L'obésité est certes une maladie complexe, d'origine génétique parfois, mais cependant l'environnement, la culture, et les habitudes familiales, jouent un rôle déterminant. L'excès de graisses qui la caractérise résulte d'un déséquilibre entre la prise de calories alimentaires et leur utilisation. Chez une personne, si la dépense d'énergie (c'est à dire l'énergie utilisée par l'organisme pour fonctionner et maintenir la température corporelle) est égale à l'énergie contenue dans les aliments consommés, le stock de graisse est stable. C'est mathématique, les "apports" égalent les "dépenses". En revanche, si la prise d'aliments excède la dépense énergétique, un surplus d'énergie sera conservé sous forme de graisses corporelles. Le stockage d'énergie fait partie de la protection naturelle de l'organisme contre les famines et disettes qui se sont succédées tout au long de l'histoire de l'humanité, et il est indispensable à la survie, en cas de raréfaction des aliments. Toutefois, un tel phénomène répété quotidiennement se traduira par une obésité, souvent associée à une augmentation des risques pour la santé.
L’EPIDEMIE SE REPAND EN SILENCE.-
Or, désormais, l’essentiel des préoccupations familiales consiste à éviter tout effort aux enfants. Déplacement vers les écoles en automobile ou en transport collectif, goûters multiples, à consommer sans repère de temps dans la journée scolaire, encouragement à ne pas prendre correctement le petit-déjeuner, sous prétexte que le temps fait défaut, nourriture moderne trop riche, et inadaptée aux besoins réels de l’enfant… L’épidémie se répand en silence et sans réaction collective correcte.
L’un des sujets récurrents des rencontres entre élus locaux et parents des élèves, dans toutes les communes de France, concerne la restauration scolaire. Tous mes collègues vous le confirmeront, au minimum 15 à 20 % du temps consacré dans les conseils d’école ou les conseils d’administration sont consacrés au fonctionnement des " cantines ", comme si la réussite des élèves passait par le contenu des assiettes.
Tous les maires ont oublié la bonne cantinière d’antan, cuisinant sur les bases familiales d’une époque où l’essentiel était de donner suffisamment à manger à des enfants manquant parfois de tout. Désormais, il faut la preuve matérielle du viatique de la diététicienne, pour moins d’un repas sur 3 pris par les élèves hors de leur domicile. La préoccupation ne concerne que ceux là, car le soir, ou les jours non scolaires, les menus sont, c’est de notoriété publique, soigneusement équilibrés grâce aux connaissances des mères de familles en matière de calories ! Or, toutes les études le montrent : l’obésité se développe beaucoup plus rapidement dans les milieux paupérisés que dans ceux les plus aisés. Jamais le restaurant scolaire ne parviendra à changer la donne.
Il faut d’ailleurs une sacrée dose de patience pour expliquer sans cesse que toutes les tentatives faites pour présenter des légumes, des plats cuisinés originaux, des desserts lactés, se heurtent à des refus d’enfants habitués aux pâtes, aux frites, aux hamburgers, aux raviolis, au poisson pané, aux goûters vantés par la télé, et à des présentations culinaires ultra simples. A Créon, certains jours, plus de 30 % du volume de la nourriture préparée sur place, cuisinée sur la base d’un protocole sanitaire très strict, sont expédiés dans les poubelles… La mal bouffe gagne du terrain, génération après génération. Elle s’installe davantage dans les esprits que sur la table.
Une récente étude américaine vient de mettre en évidence le fait que l’obésité a réduit l’espérance de vie des américains de plusieurs mois. Si la progression de ce fléau continue, l’espérance chutera de deux à cinq ans d’ici 50 ans. Et dire que j’aurais dû effectuer encore une dizaine de cérémonies des vœux avec galette et Crémant. Vive le Chili !
Mais je déblogue…